Guerres Mondiales
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Première guerre mondiale
Le déclenchement de la guerre.
Passions nationales et journalisme : L'affaire Caillaux
Benoît XV condamne la guerre de 14 et y voit une conséquence du laïcisme Plus sur l'Encyclique.
Génocide des chrétiens de Turquie : les télégrammes de Talaat Pacha
Souffrances dans les tranchées. et leurs horreurs variées.
Eloges de la barbarie des combats : Rosalie, la gentille baillonnette. Esprit de résistance de Pétain à Verdun
Mars 18 La politique de Clemenceau : la victoire à tout prix, jusqu'au dernier quart d'heure.
Difficultés de ravitaillement dans les zones occupées par les empires centraux
Les conséquences de la faim en Allemagne
Mutineries de 1917
La chanson de Craonne
L'ordre du jour de la victoire de 1918 et les commentaires officiels sur la fin de la guerre....
Seconde guerre mondiale
1940
Le colonel de Gaulle analyse la tactique allemande pendant la bataille de France 22 mai 1940, 25 mai : Weygand annonce la défaite au gouvernement, 4 juin Churchill : Never surrender, 10 juin Mussolini entre en guerre, 15 juin Mandel n'ose pas agir, 17 juin :Le Maréchal Pétain annonce sa demande d'armistice, 18 juin : L'appel du Général de Gaulle, Les raisons de l'appel du 18 juin : une bataille est perdue, mais pas la guerre, il reste l'empire et l'industrie américaine
8 juillet, Laval annonce aux députés les principaux éléments du régime de l'Etat français. Plus textes longs sur la défaite de 40
Collaboration
Document les liens entre nazisme et communisme dans l'oeuvre de Vassili Grossmann, Vie et Destin
Avant la lettre officielle de responsables communistes aux occupants 25 juin 1940 pour republier "l'humanité", les communistes français soulignent leur alliance avec les nationaux socialistes, avec un soutien puis une rétractation de Moscou
Une acceptation publique de la collaboration après la rencontre de Montoire : 30 oct 40
Rafle de juifs du Vel d'hiv, le 16 juillet 42 et réactions hostiles de l'opinion.
Résistance
Motivations d'une entrée dans la résistance Dernières lettres de jeunes résistants : Idéal, Patrie, Famille, Témoignage de Jacqueline Péry d'Alincourt. Après la débâcle, l'entraînement dans la résistance, ses gestes humbles et ses risques immenses.
Les Justes des Nations : des hommes ordinaires pour sauver des juifs du génocide nazi. Plus sur les justes et les dernières lettres de résistants
Des chrétiens protestent contre la persécution des juifs (en utilisant le moyen Age) Pie XII approuve les protestations des évêques allemands contre le nazisme
La Rose blanche : des étudiants protestent contre le nazisme en 1943 : pour sauver l'honneur et la liberté de l'esprit , chasser des criminels démasqués et déconsidérés après Stalingrad
Génocides nazis

L'aktion T4, euthanasie "miséricordieuse" de 250 000 handicapés et asociaux et banc d'essai des chambres à gaz
Les méthodes du génocide : chambres à gaz et wagons de la mort dans une émission de radio des français libres du 8 juillet 43.Des prêtres massacrés dans les camps de la mort, "Nous n'avions plus de larmes" : survivre et mourir en camp de concentration
L'action des Einsatzgruppen traumatise même ceux qui l'organisent.
, Le contexte du massacre de l'Erntefest (fête des moissons) en novembre 1943, Témoignages de policiers du 101e bataillon de réserve de la police : comment tirer proprement une balle dans la nuque , Massacre de l'Erntefest* en novembre 1943 : Tués et jetés tout de suite dans des fosses communes , Pourquoi sont ils devenus des boureaux ordinaires?. Plus sur le livre de Christopher Browning
Pourquoi sont ils devenus des boureaux ordinaires?
Explications de la participation de ces hommes ordinaires (80 à 90 % des policiers du bataillon ont tué) :
- très peu ont connu la guerre, pourtant ils se sont montré de plus en plus brutaux
- contexte de la guerre et de déshumanisation de l'adversaire joue un rôle : il renforce les préjugés raciaux
- phénomène de distenciation qui se retrouve chez les bureaucrates de la Solution finale ; ces hommes ont cependant vécu l'horreur des massacres (cf premier extrait)
- ces hommes n'ont pas été sélectionnés : on a pris les disponibles
- après la guerre, ont parlé de contraintes mais aucun cas de mauvais traitement voire mort pour ceux qui ont refusé
- conformisme de groupe. Refuser, signifie laisser le " sale boulot " aux camarades, ne pas prendre sa part dans une pénible obligation collective
CH. BROWNING, Des hommes ordinaires, Les Belles Lettres, 1994.
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Le contexte du massacre de l'Erntefest (fête des moissons) en novembre 1943 :
42 000 victimes dans le district de Lublin. Dépasse le massacre de Babi Yar près de Kiev et ses 33 000 victimes juives ; le maximum étant atteint par les Roumains à Odessa en octobre 1941 avec 50 000 victimes.
Contexte de révolte des Juifs qui n'ont plus d'espoir : résistances à Varsovie en avril, Treblinka en juillet, Bialystok en août, Sobibor en octobre. Espoir des Juifs : salut par le travail car les Nazis ont besoin de main d'œuvre. Pour éviter la révolte, Himmler décide d'anéantir les camps de travail de la région en une fois.
CH. BROWNING, Des hommes ordinaires, Les Belles Lettres, 1994.
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Massacre de l'Erntefest* en novembre 1943 : Tués et jetés tout de suite dans des fosses communes
" Moi-même et mon groupe étions de garde juste en face de la fosse commune. C'était une série de grosses tranchées disposées en zigzag, larges d'environ trois mètres et profondes de trois à quatre mètres. De mon poste je pouvais voir comment les Juifs étaient forcés à se déshabiller dans les dernières baraques et remettre tout ce qu'ils avaient sur eux, puis étaient menés à travers notre haie vers les tranchées. Les hommes de la SD* poussaient les Juifs vers les lieux de l'exécution, où d'autres policiers de la SD, armés de mitraillettes, leur tiraient dessus du bord de la tranchée. Comme j'étais chef d'escouade, je pouvais me déplacer plus librement que les autres. Une fois je suis allé sur le site de l'exécution et j'ai vu comment les Juifs nouvellement arrivés devaient s'étendre sur les corps de ceux qui avaient déjà été fusillés. Ils étaient alors criblés à leur tour de balles de mitraillette. Les hommes de la SD prenaient soin de tirer sur les Juifs de telle manière que les tas de cadavres épousent la forme de la tranchée, permettant ainsi aux nouveaux de se coucher sur des piles de corps hautes de trois mètres... C'était là le spectacle le plus horrible auquel j'ai assisté de ma vie ; des Juifs seulement blessés étaient plus ou moins enterrés vivants sous le poids des cadavres des derniers fusillés, sans que ces blessés aient reçu ce qu'on appelle le coup de grâce. Je me souviens que de la pile de cadavres montait la voix des blessés qui maudissaient les SS. "
* Fête des moissons. *Sicherheits Dienst : service de sécurité.
CH. BROWNING, Des hommes ordinaires, Les Belles Lettres, 1994.
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Témoignages de policiers du 101e bataillon de réserve de la police : comment tirer proprement une balle dans la nuque
Sur la manière de tuer : " Nous avons commencé par tirer à vue. Lorsque l'un d'entre nous visait trop haut, le crâne tout entier explosait, et des morceaux de cervelle et d'os volaient partout. Alors, on nous a dit de placer la pointe de la baïonnette sur la nuque. … A tirer ainsi à bout portant, la balle frappait la tête de la victime sur une trajectoire telle que souvent le crâne tout entier, ou du moins l'arrière de la boîte crânienne, était emporté ; du sang, des éclats d'os et des morceaux de cervelle se répandaient partout et éclaboussaient les tireurs. "
CH. BROWNING, Des hommes ordinaires, Les Belles Lettres, 1994.
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Les mille horreurs des tranchées
Mes chers parents,
Je suis encore vivant et en bonne santé, pas même blessé alors que tous mes camarades sont tombés morts ou blessés aux mains des boches qui nous ont fait souffrir les mille horreurs, liquides enflammés, gaz lacrymogènes, gaz suffocants-asphyxiants, attaques...
Je suis redescendu de première ligne ce matin. Je ne suis qu'un bloc de boue et j'ai dû faire racler mes vêtements avec un couteau car je ne pouvais plus me traîner. ... Demain, les autos emmènent le reste de mon régiment pour le reformer à l'arrière, je ne sais encore où. ... J'ai sommeil, je suis plein de poux, je pue la charogne des macchabées.
Georges, Verdun, 15 juillet 1916
Paroles de Poilus, lettres et carnets du front, 1914-1918, Librio
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Lettre de responsables du journal "L'Humanité" demandant aux autorités allemandes l'autorisation de reparaître le 25 juin 1940 pour défendre la pacification européenne et la pacte germano-soviétique
Lettre adressée au Colonel Boemelburg de la Gestapo. Paris, le 25 juin 1940.
Monsieur,
Comme suite à la conversation que nous avons eue ce matin, nous tenons à vous préciser les préoccupations oui sont nôtres, dans les moments difficiles que nous traversons.
Laissez-moi vous rappeler tout d'abord que nous, communistes, devant la guillotine ou le poteau d'exécution, nous avons été les seuls à nous dresser contre la guerre, à demander la paix à une heure où il y avait quelque danger à le faire.
Si on nous avait écoutés, dans les milieux dirigeants français, notre pays ne connaîtrait pas les difficultés qu'il connaît aujourd'hui. La France n'aurait pas connu la guerre. Mais au lieu de nous écouter, on a jeté nos militants en prison, on s'est livré contre nous aux pires persécutions. Ces braves, chacun le sait, ce sont les communistes, et quand, par exemple, les journaux comme "Le Matin" ou "Paris-Soir", qui se sont rendus libres par leurs mensonges, viennent maintenant parler au peuple, qui donc pourrait avoir confiance en eux ?
Il y a un journal qui est capable d'inspirer confiance au peuple, parce qu'il a été interdit par le Gouvernement des fauteurs de guerre. Ce journal, c'est "L'Humanité", bien connu comme organe central du Parti communiste français.
C'est pourquoi nous pensons que dans les circonstances actuelles, le journal "L'Humanité" peut rendre d'immenses services au peuple de France, à condition qu'on n'essaye pas de lui dissimuler son véritable caractère, faute de quoi il apparaîtrait comme une contrefaçon sans aucune espèce d'intérêt.
Nous demandons donc l'autorisation de publier "L'Humanité" sous la forme dans laquelle elle se présentait à ses lecteurs avant l'interdiction par Daladier, au lendemain de la signature du Pacte gerrnano-soviétique.
"L'Humanité" publiée par nous se fixerait pour tâche d'oeuvrer au redressement économique du pays, en exaltant la mission créatrice des travailleurs, en s'efforçant de développer l'effort de production dans tous les domaines, tant dans l'agriculture que dans l'industrie.
"L'Humanité" publiée par nous se fixerait pour tâche de dénoncer les agissements de l'impérialisme britannique qui veulent entraîner les colonies françaises dans la guerre et d'appeler les peuples coloniaux à lutter pour leur indépendance contre les oppresseurs impérialistes.
"L'Humanité" publiée par nous se fixerait pour tâche de poursuivre une politique de pacification européenne et de défendre la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique, qui serait le complément du pacte germano-soviétique et ainsi créerait les conditions du paix durable.
P.S - Afin que "L'Humanité"puisse remplir sa tâche de défenseur et conseiller du peuple, il faut
1 ° que soient libérés les militants communistes emprisonnés ou internés dans des camps de concentration [par la IIIe république];
2 ° que soient rétablis dans leurs fonctions et droits de représentants du peuple tous les élus arbitrairement déchus de leur mandat et qui ont, envers et contre tous, défendu le pacte germano-soviétique (sénateurs, députés, maires, conseillers généraux, conseilleurs d'arrondissement, conseillers municipaux).
TREAND Maurice du Comité central Du Parti Communiste Français
FOISSIN Robert, Avocat à la Cour de Paris (signé)
CATELAS Jean, Député - du Comité central du Parti Communiste Français
Lettre de responsables du journal "L'Humanité" au Colonel Boemelburg de la Gestapo. Paris, le 25 juin 1940.
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Les projets constitutionnels de l'Etat Français : contre le régime parlementaire, une organisation politique autoritaire et une société organisée
" … Le régime électoral représentatif; majoritaire, parlementaire, qui vient d'être détruit par la défaite, était condamné depuis longtemps par l'évolution accélérée des esprits et des faits dans la plupart des pays d'Europe et par l'impossibilité de se réformer … L'inconscience en matière de politique étrangère ajoutait à ces signes un présage de catastrophe. Cette catastrophe est, une conclusion, nous sommes dans l'obligation de reconstruire ... Le premier [problème] consiste à remplacer " le peuple souverain " exerçant des droits absolus, dans l'irresponsabilité totale, par un peuple dont les droits dérivent de ses devoirs.
Un peuple n'est pas un nombre déterminé d'individus ... Un peuple est une hiérarchie de familles, de professions, de communes, de responsabilités administratives, de familles spirituelles. articulées et fédérées pour former une patrie … une hiérarchie des hommes qui se sélectionnent par les services rendus à la communauté, dont un petit nombre conseille, quelques-uns commandent, et, au sommet, un chef qui gouverne …
Extraits du discours du Maréchal Pétain du 28 juin 1941 sur sa vision de la future constitution qui ne sera jamais réalisée
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L'aktion T4, euthanasie "miséricordieuse" de 250 000 handicapés et asociaux et banc d'essai des chambres à gaz
A l'automne 1939, la Chancellerie met discrètement en place le programme aktion T4. Officiellement, T4 consiste à accorder une "mort miséricordieuse" à des patients incurables
Des listes de patients à éliminer sont établies, l'organisation est implacable. Rien n'est laissé au hasard. Trois groupes de patients sont constitués afin d'organiser les priorités : Le Groupe 1 est constitué des patients souffrant de Schizophrénie, d'épilepsie, de troubles mentaux, de syphilis... Le Groupe 2 compte tous les patients internés depuis 5 ans sans discontinuité. Le Groupe 3 inclus les patients ayant un passé criminel, les étrangers et tous ceux qui tombent sous le coup des lois de Nuremberg, y compris bien sur les juifs. Les premières "campagnes de désinfections" commencent dès la chute de la Pologne, en Poméranie et aussi en Prusse Orientale. Rien que pour les dernières semaines de l'année 39, le bureau de l'aktion T4 annonce dans un note confidentielle au führer le "règlement définitif de 8.765 cas"... …
Les "sujets" sont gazés par du Monoxyde de Carbone puis leurs corps brûlés (voir les témoignages des SS Oberführer Brack et SS Obersturmbannführer August Becker). … Avec l'indignation de la population, les plaintes du clergé (le Cardinal Clemens Von Galen qualifiera le 03 août 1941 à Müntser de "meurtre" le programme T4) et celles d'officiers de haut rang, dont l'as de la Luftwaffe Werner Mölders, la Chancellerie décide officiellement le 23 août 1941 de mettre fin à l'aktion T4. … mais encouragés dans leurs actions ! Les responsables de l'aktion T4 poursuivent clandestinement leur liquidation. La partie du programme portant sur les nouveaux nés et les enfants de moins de 3 ans, est quant à elle totalement maintenue. …
Le bilan de l'aktion T4 est lourd, très lourd : de décembre 1939 à 1945, environ 250.000 patients dont environ 5.000 enfants, sont assassinés, par le gaz, les privations alimentaires ou des injections mortelles.
Source : www.1939-45.org
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"Nous n'avions plus de larmes" : survivre et mourir en camp de concentration
Il y a eu un avant : ce jeune homme bravache et courageux à sa manière, policé et ironique, tellement inconscient et adolescent que j'étais en ce matin de septembre où j'ai franchi les trois porches successifs du camp de Buchenwald. Il y a eu un après : ces peaux rasées, ces mains fouillant dans les poches à la recherche de miettes de pain absentes, ces petits pas hésitants, ces visages prématurément ridés, les regards de bêtes affolées… j'ai eu un moment de recul et d'effroi
Avant mon séjour dans les camps de concentration, je pensais que le pire venait d'ailleurs. J'ai trouvé le pire chez les autres, mais aussi en moi. Ce n'est pas l'abandon des siens qui est le plus dure à vivre, mais la déchéance de l'homme en soi. C'est la tristesse des déportés.
Nous n'avions plus de larmes. Les appels au secours dans la nuit restaient sans réponse. L'agonie et les cauchemars, le sifflement des poumons à bout de course, les excréments vidés dans les gamelles ou à même les châlits, tant certains étaient exténués, les corps purulents sans le moindre pansement faisaient partie de notre quotidien. Nous étions des sacs d'os prononçant à peine dix mots par jour.
La pendaison, dans l'imagerie SS, représentait l'exemplarité, l'ordre implacable. La sentence était toujours exécutée avec solennité, devant tous les pyjamas rayés. Plus les SS étaient démonstratifs et moins nous étions impressionnés. Cela ne me faisait même plus d'effet. Arrivé à un tel stade, on ne pense plus. " Je vis encore cet instant ", me disais-je, et puis cet autre. Ne pas avoir peur de la mort était le premier commandement du déporté. Sinon, il trébuchait aussitôt tant elle planait autour de nous. " Un pendu, me disais-je, et puis cet autre ".
Un homme nu, battu, humilié, reste un homme s'il garde sa propre dignité. Vivre, ce n'est pas exister à n'importe quel prix. Personne ne peut voler l'âme d'autrui si la victime n'y consent pas. La déportation m'a appris ce que pouvait être le sens d'une vie humaine : combattre pour sauvegarder ce filet d'esprit que nous recevons en naissant et que nous rendons en mourant.
Hélie de Saint Marc, Toute une vie. Editions Les arènes,
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Après la débâcle, l'entraînement dans la résistance, ses gestes humbles et ses risques immenses.
La société bien établie de ma jeunesse, avec ses institutions, ses notables, son gouvernement et son armée la plus puissante du monde s'est brutalement effondrée, comme un château de cartes. Deux mois ont suffi pour que nos yeux de jeunes hommes humiliés découvrent le triste spectacle des députés affolés, des ministres en fuite, des débris d'un monde qui s'était cru invincible.
Ma résistance a grandi en chemin. Au départ, c'était un jeu, un défi, de passer la ligne de démarcation en fraude. Cela donnait un petit prestige à l'élève sans éclat que j'étais alors. Lorsque j'ai été recruté comme passeur, j'ai mis toute la fierté et le sens du secret dont est capable un adolescent de dix-neuf ans. C'est en résistant que je suis devenu résistant. En discutant avec mon chef de réseau, le colonel Arnould, j'ai pris conscience que mon rejet de l'occupant participait à un mouvement plus vaste, que c'était une attitude de vie, une éthique qui marquerait toute ma vie.
La Résistance était vraiment le parti de l'ombre. Je voudrais insister sur l'humilité des résistants, aujourd'hui oubliée au profit des morceaux de bravoure ou des jeux d'appareil. Un acte aussi banal que celui d'accueillir une boîte aux lettres clandestine n'avait rien de glorieux en soi. Un réseau demandait peu de choses à ses correspondants : cacher trois levées par mois au fond d'un tiroir, prêter de temps en temps un bout de garage… Mais une fois découvert, ce presque rien prenait une autre dimension, qui était celle de l'héroïsme. Les anonymes pouvaient être arrêtés, torturés et déportés.
La guerre de l'ombre me pesait. Je voulais lutter, moi aussi, les armes à la main. Le colonel Arnould refusa de m'aider. Il avait besoin d'agents en France. Des amis me parlèrent d'une filière du côté de Perpignan. Sur un coup de tête, je décidai de me joindre à eux.
Le passeur se faisait appeler Monsieur Guy. Nous avons embarqué dans un camion bâché, à la tombée de la nuit. Notre équipée se termina en traquenard. Des camions allemands, tous phares allumés, nous attendaient tranquillement sur un chemin de vignes. Pour nous, la guerre allait se poursuivre d'une autre manière, dans la nuit et le brouillard.
Hélie de Saint Marc, Toute une vie. Editions Les arènes,
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Avant le 20 juin 1940 : les communistes français soulignent leur alliance avec les nationaux socialistes
1°) Vous avez laissé paraître journaux communistes dans autres pays Danemark, Norvège, Belgique
Sommes venus normalement demander autorisation
2°) Sommes communistes avons appliqué ligne PC sous Daladier, Reynaud, juif Mandel*
Juif Mandel après Daladier nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nationale.
Sommes PC français pas eu peur
3°) Pas cédé face dictature juif Mandel et du défenseur des intérêts capitalistes anglais Reynaud
courage ouvriers français ouvriers parisiens et quand ce sont des ouvriers français ou parisiens c'est le PCF
4°) Sommes une force, ... nous représentons une force qui dépasse les frontières françaises, vous comprenez, derrière nous l'URSS/c'est une force l'URSS/vous en avez tenu compte/pacte germano-soviétique le prouve. On ne fait pas un pacte avec des faibles mais avec des hommes forts ...
Notre défense du pacte Cela vous a avantagé
Pour l'URSS nous avons bien travaillé par conséquent par ricochet pour vous
5°) ... En interdisant L'Huma vous montrez que vous voulez combattre les masses ouvrières et petites-bourgeoises de France, que vous voulez combattre l'URSS à Paris ...
6°) ... Nous voulons tout pour que les masses ne subissent pas événements douloureux, voulons les aider avec votre collaboration si vous voulez : réfugiés, enfants nous ne ferons rien pour vous mais rien contre vous ..."
notes saisie par la police française sur une militante communiste, Denise Ginollin, arrêtée, le 20 juin 1940
* ministre de l'intérieur du gouvernement Paul Reynaud de mars à juin 1940

22 juin 1940 : le soutien de Moscou

"Utilisez moindre possibilité favorable pour faire sortir journaux syndicaux, locaux, éventuellement L'Humanité, en veillant (à ce) que ces journaux... ne donnent aucune impression de solidarité avec envahisseurs ou leur approbation."
Télégramme clandestin signé à Moscou par Georgi Dimitrov, secrétaire général de l'IC, et de Maurice Thorez le 22 juin 1940

20 juillet 1940 : Moscou désavoue les entretiens avec Abetz, représentant des nationaux socialistes à Paris

"Considérons juste ligne générale. Indispensable redoubler vigilance contre manoeuvre des occupants. Etait juste entreprendre démarches pour obtenir presse légale, mais entrevue Abetz est une faute, car danger compromettre parti et militant"
Télégramme clandestin signé à Moscou par Georgi Dimitrov, secrétaire général de l'IC, et de Maurice Thorez le 20 juillet 1940 in. Claude Pennetier et Jean-Pierre Besse, Juin 40, la négociation secrète, Les éditions de l'Atelier, 2006
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Des prêtres massacrés dans les camps de la mort
OSWIECIM (Pologne), 21 mai 2006 (AFP) - A Auschwitz, les nazis martyrisaient aussi les prêtres
Plus de soixante ans après, Wladyslaw Lewkowicz se souvient encore très bien, malgré ses 86 ans, de la cruauté particulière des nazis d'Auschwitz non seulement envers les juifs mais aussi les prêtres catholiques.
Ce rescapé du plus grand camp de la mort du régime d'Adolf Hitler durant la Seconde guerre mondiale entend encore l'appel des SS: "Juifs et curetons, trois pas en avant".
"Les SS les envoyaient aux travaux le plus durs", par exemple à la construction de routes aux alentours, douze heures par jour, raconte-t-il à l'AFP.
"Quand un prêtre tombait d'épuisement, les SS le battaient, souvent à mort", se rappelle Lewkowicz.
Ils aimaient aussi les humilier. "Ils leur mettaient sur la tête des couronnes de fil de fer barbelé, imitant ainsi la couronne d'épines du Christ".
Dès l'arrivée au camp, les prêtres savaient qu'ils avaient très peu de chances de survie.
"Vous êtes ici dans un camp de travail allemand et non pas dans une station balnéaire. La seule sortie est par la cheminée. Les prêtres peuvent survivre ici pas plus deux semaines, les juifs pas plus d'une semaine, les autres peut-être trois mois", c'est ainsi que les SS ont accueilli les premiers prisonniers en 1940, selon un témoignage recueilli par le musée d'Auschwitz (sud-ouest).
Selon Teresa Wontor-Cichy, une historienne du musée, près de 500 religieux ont été déportés à Auschwitz, des prêtres et des moines ainsi qu'une trentaine de religieuses. Près de 40% d'entre eux y sont morts. La plupart des autres ont été été transférés au camp de Dachau près de Munich (Allemagne du sud).
Les prêtres étaient perçus comme les représentants les plus patriotiques de la société polonaise. Ils ont donc été particulièrement visés par le plan d'extermination de l'intelligentsia polonaise, explique Mme Wontor-Cichy.
Le père Zdzislaw Gardocki, 89 ans, qui vit aujourd'hui au monastère des capucins à Rywalt Krolewski (nord-ouest de la Pologne), a été détenu dans les deux camps, d'abord 9 mois à Auschwitz. Puis, près de 4 ans à Dachau.
Il ne veut pas en parler. "C'est bien trop difficile. Il a vécu l'enfer. Quand il est sorti de Dachau, il pesait à peine 40 kilos, il faut le laisser tranquille", explique le supérieur du monastère.
Environ 2.800 prêtres de différents pays d'Europe ont péri à Dachau, où les religieux prisonniers ont été regroupés pendant la guerre. 60% étaient polonais.
A Auschwitz, les prêtres étaient dépouillés à leur arrivée de tout objet religieux. "A l'arrivée, on nous a tout enlevé. Le SS ne m'a même pas laissé ma petite médaille", se souvient le cardinal Adam Kozlowiecki, matricule 1006. "Cela aide à mieux comprendre ce qu'a ressenti le Christ lors de son chemin de croix", a écrit dans ses mémoires le cardinal polonais, qui vit aujourd'hui en Zambie.
Malgré le risque d'être envoyé tout de suite à la mort, les prisonniers se confectionnaient de petites croix et des chapelets avec de la mie du pain, bien que le pain manquât terriblement.
Le père Jozef Kowalski sur qui les SS ont trouvé un chapelet a été noyé dans un tonneau d'excréments après avoir refusé de piétiner son chapelet.
Malgré l'interdiction, les prêtres célébraient des messes en cachette, confessaient ou donnaient l'extrême-onction aux mourants.
Wladyslaw Lewkowicz a été plusieurs fois confessé par le père Maksymilian Kolbe. En 1941, ce moine franciscain polonais a offert sa vie pour sauver celle d'un jeune père de famille condamné à mort. Il fut envoyé dans un bunker avec neuf autres hommes pour y mourir de faim.
Kolbe est décédé le dernier. Après deux semaines sans eau ni nourriture, il donnait encore des signes de vie, un SS lui a injecté du phénol dans le coeur. L'homme qu'il a sauvé a survécu. Il est décédé il a quelques années.
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L'action des Einsatzgruppen traumatise même ceux qui l'organisent
" Confirmant et complétant par la présente la communication téléphonique d'hier, j'ai l'honneur de vous présenter le rapport intérimaire suivant au sujet du SS-Obergruppenführer don dem Bach .
Une fois les suites opératoires immédiates surmontées, ainsi qu'il a été signalé, et le processus normal de cicatrisation entamé, le rétablissement des fonctions intestinales normales a présenté quelques difficultés au cours des 8 derniers jours.
De plus, l'état d'épuisement général et plus particulièrement nerveux très marqué dans lequel le patient se trouvait lors du traitement, intervient.
Le traitement psychique du patient n'étant pas facile - il souffre en particulier d'hallucinations provoquées par des fusillades de juifs qu'il a lui-même organisées et autres événements pénibles survenus dans l'Est Il -je suis personnellement intervenu dans le traitement et m'efforce chaque; jour de rétablir l'équilibre moral du patient, ainsi que d'assurer le confort de Mme von dem Bach que j'ai autorisée, sur sa demande, à s'installer dans l'hôpital pour soigner elle-même son mari. "
Lettre à Himmler, chef des SS
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Les méthodes du génocide : chambres à gaz et wagons de la mort dans une émission de radio des français libres du 8 juillet 43
Un témoignaged'un directeur de camp de la mort

" Les victimes sont conduites dans le vestiaire où elles doivent se déshabiller. Puis, elles sont menées dans la chambre à gaz carrelée, sans fenêtre, équipée de douches. Deux SS ferment alors la porte en fer, tandis que d'autres, protégés par des masques à gaz, versent par des ouvertures des cristaux de Zyklon B. Les cris qu'on entend sont effrayants, mais au bout de quelques instants, un silence complet règne. Quinze minutes plus tard, un SS constate par le regard situé dans la porte qu'aucune victime ne bouge plus et met en marche le ventilateur pour aspirer les gaz vers l'extérieur. Il ordonne de porter les cadavres vers le crématorium et des dentistes SS extraient les dents en or des victimes. "
Témoignage de M.ROTH, directeur du camp de Mauthausen, lors de son procès.
L'émission les Français parlent aux Français, 8 juillet 1943
L'homme qui a écrit ce document est un Polonais, un Polonais qui était en liaison permanente avec tous les groupes de Résistance de son pays et qui a assisté, dans des circonstances qui vous seront exposées, au massacre systématique de milliers de juifs polonais.
Si nous croyons devoir vous faire connaitre ces atrocités sans exemple, ce n'est pas seulement parce qu'elles constituent un des plus terribles chefs d'accusation qui puissent, après la guerre, être portés contre ceux qui les ont organisées ou accomplies.
Mais c'est aussi parce que nous espérons que leur publicité rendra plus conscients encore de leur responsabilité les fonctionnaires chargés du recensement des juifs en France et ailleurs. On leur demande, en somme, de participer à un crime, il faut qu'ils sachent quel est exactement ce crime. …
L'auteur du document nous rappelle alors sommairement le processus de la déportation et de la concentration des victimes. Les juifs venant de toutes les parties de l'Europe asservie sont peu à peu rassemblés et envoyés dans les ghettos de Varsovie, de Lvow ; ils y demeurent pendant un certain temps ; de là, ils partent " vers l'Est ", selon l'expression officielle, c'est-à-dire, qu'en fait, ils partent pour des camps d'extermination, à Belzec, Treblinka, Sobibor, etc. Et, là, ils sont massacrés par groupe de mille à six mille, de différentes façons: asphyxiés aux gaz, brûlés vifs par de la vapeur ou électrocutés. L'auteur du document a lui-même assisté à une de ces exécutions massives et voici ce qu'il a vu. Ecoutez :
Speaker: J'ai assisté, un jour, à une exécution en masse au camp de Belzec. …
J'arrivai au camp, un jour de juillet 1942. II s 'y trouvait alors près de 6 000 juifs des deux sexes et de tous âges. ils étaient arrivés quelques jours auparavant du ghetto de Varsovie. Ils ignoraient le sort qui les attendait. On leur avait dit, comme à tous ceux qui quittent le ghetto, qu'ils allaient travailler dans les champs et creuser des tranchées. …
Le camp est situé à 15 kilomètres au sud de la ville de Belzec. Il est entouré d'une clôture qui longe une voie ferrée à une distance d'environ 10 mètres. Un étroit passage, de moins d'un mètre de large, mène de l'entrée du camp à la voie ferrée. Ce passage est formé par deux palissades de bois, Vers 10 heures du matin, un train de marchandises s'arrêta le long du camp. Au même moment, les gardiens qui se trouvaient à l'extrémité opposée du camp se mirent à tirer en l'air et a ordonner aux juifs de monter dans le train.
Ils créèrent ainsi la panique chez les prisonniers, pour empêcher toute hésitation ou toute résistance de leur part. Les juifs, poussés vers l'étroit passage dont j'ai parlé, se précipitèrent en se bousculant dans le premier wagon de marchandises arrêté au bout du passage. C'était un wagon ordinaire, de ceux qui portent l' indication " 6 chevaux ou 36 hommes ". Le plancher était couvert d'une couche de chaux vive de 5 cm d'épaisseur ; mais les juifs, dans leur hâte et leur emoi, ne la voyaient pas. Il en monta ainsi une centaine dans le wagon jusqu'à ce qu'il fût matériellement impossible d'en faire entrer d'autres. Dans le wagon, ils se tenaient tous debout, serrés les uns contre les autres. Les gardiens, saisissant alors des juifs à bras le corps, se mirent à les lancer dans le wagon sur la tête des autres ; leur tâche était rendue facile par la terreur des prisonniers affolés par les coups qu' on leur tirait dans le dos. Les bourreaux en jetèrent ainsi une trentaine de plus dans le wagon, hommes et femmes ; c'était un spectacle horrible; plusieurs femmes eurent le cou brisé. On imagine l'horreur de cette scène. 130 personnes furent ainsi poussées ou jetées dans ce premier wagon, je les ai comptées moi- même. Les portes à coulisse furent ensuite fermées et verrouillées. Le train avança légèrement.
Le wagon suivant vint se mettre en place et la même scène se répéta. Je comptais en tout 51 wagons dans lesquels on entassa les 6 000 prisonniers du camp. Seulement une trentaine d' entre eux étaient tombés sous les balles des gardiens au cours de la ruée vers le train. Une fois le camp vidé et les wagons remplis, le train se mit en marche. J'appris la fin de l'histoire de la bouche de mes soi-disant " camarades ", les bourreaux du camp qui faisaient ce travail depuis plusieurs mois, expédiant de un à deux trains par semaine. …
Le train s'arrête dans un champ, en pleine campagne, à environ 40 kilomètres du camp. Les wagons restent là, hermétiquement fermés, pendant six ou sept jours. Lorsque l'escouade des fossoyeurs ouvre enfin les portes les occupants sont tous morts et souvent dans un état avancé de décomposition. Ils meurent asphyxiés. Une des propriétés de la chaux vive est, en effet, de dégager des vapeurs de chlore lorsqu'elle se trouve en contact avec de l'eau. Les gens entassés dans les wagons doivent évidemment se soulager. Il en résulte immédiatement une réaction chimique. Les juifs sont donc lentement asphyxiés par les vapeurs de chlore, tandis que la chaux vive ronge leurs pieds jusqu'aux os. Comme je l'ai déjà dit, près de 6000 juifs meurent ainsi chaque fois.
Cité dans Jean-Louis Crémieux-Brilhac (dir.), Ici Londres... Les voix de la liberté 1940-1944, La Documentation française, 1975.
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Motivations d'une entrée dans la résistance : Témoignage de Jacqueline Péry d'Alincourt.
" J'ai vingt-deux ans au printemps 1942, dans Paris occupé. Des hommes, des femmes, des enfants disparaissent tous les jours. Comment accepter de courber la tête ? Je comprends que je préfère mourir. Ce choc détermine en moi une résolution que rien ne pourra détruire. Je m'engage totalement -d'abord comme membre du BOA1, puis comme membre du secrétariat de la délégation générale- pour combattre avec eux un ennemi qui incarne le mal absolu, pour sauver l'honneur de l'Homme. Il faut assurer le logement, organiser la vie matérielle -papiers d'identité, tickets d'alimentation, couvertures professionnelles- des agents venus de Londres. Il faut trouver les "boîtes aux lettres" (pour collecter les courriers clandestins envoyés de toute la France). Il faut trouver des appartements. L'alerte est permanente. C'est dangereux. Le 24 septembre 1943, la Gestapo m'attend chez moi. "
1) : BOA : Bureau des opérations aériennes.
Evelyne Morin-Rotureau (dir.), 39-45 : combats de femmes. Françaises et Allemandes, les oubliées de la guerre, Autrement, 2001.
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La Rose blanche : des étudiants protestent contre le nazisme en 1943 : pour sauver l'honneur et la liberté de l'esprit , chasser des criminels démasqués et déconsidérés après Stalingrad
"Rien n'est plus indigne pour un peuple civilisé, que de se laisser, sans résistance, régir par l'obscur bon plaisir d'une clique de despotes. Est-ce que chaque Allemand honnête n'a pas honte aujourd'hui de son gouvernement ?
Qui d'entre nous ne pressent quelle somme d'ignominie pèsera sur nous et nos enfants quand le bandeau, qui maintenant nous aveugle, sera tombé et qu'on découvrira l'atrocité extrême de ces crimes ?
Nos yeux ont été ouverts par les horreurs des dernières années, il est grand temps d'en finir avec cette bande de fantoches. Jusqu'à la déclaration de guerre, beaucoup d'entre nous étaient encore abusés. Les nazis cachaient leur vrai visage. Maintenant, ils se sont démasqués et le seul, le plus beau, le plus sain devoir de chaque Allemand doit être l'extermination de ces brutes. "
Extraits d'un tract de la Rose Blanche, mouvement de Hans et Sophie Scholl, distribué le 18 février 1943
"Etudiants! Etudiantes! ... La défaite de Stalingrad a jeté notre peuple dans la stupeur. La vie de trois cent mille Allemands, voilà ce qu'a coûté la stratégie géniale de ce soldat de deuxième classe promu général des armées. Führer, nous te remercions!
Le peuple allemand s'inquiète : allons-nous continuer de confier le sort de nos troupes à un dilettante ? Allons-nous sacrifier les dernières forces vives du pays aux plus bas instincts d'hégémonie d'une clique d'hommes de parti ? Jamais plus!
Le jour est venu de demander des comptes à la plus exécrable tyrannie que ce peuple ait jamais endurée. ...
Quittons les rangs de ce parti nazi, où l'on veut empêcher toute expression de notre pensée politique. Désertons les amphithéâtres où paradent les chefs et les sous-chefs S.S., les flagorneurs et les arrivistes. Nous réclamons une science non truquée, et la liberté authentique de l'esprit.
Aucune menace ne peut nous faire peur, ...
Etudiants, Etudiantes! Le peuple allemand a les yeux fixés sur nous! Il attend de nous comme en 1813, le renversement de Napoléon, en 1943, celui de la terreur nazie. ...
Nous nous dressons contre l'asservissement de l'Europe par le National-Socialisme, dans une affirmation nouvelle de liberté et d'honneur."

Extrait de Inge Scholl (la petite soeur de Sophie), "La rose blanche : six Allemands contre le nazisme", Paris, éd. de Minuit, 1995 (rééd. de 1955)

Hans et Sophie Scholl furent décapités par les Nazis le 22 février 1943.

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Les raisons de l'appel du 18 juin : une bataille est perdue, mais pas la guerre, il reste l'empire et l'industrie américaine
" Oui, nous avons subi une grande défaite. Un système militaire mauvais, les fautes commises dans la conduite des opérations, l'esprit d'abandon du gouvernement pendant ces derniers combats nous ont fait perdre la bataille de France. Mais il nous reste un vaste empire, une flotte intacte, beaucoup d'or. Il nous reste des Alliés dont les ressources sont communes et qui dominent les mers. Il nous reste les gigantesques possibilités de l'industrie américaine. Les mêmes conditions de la guerre qui nous ont fait battre par 5 000 avions et 6 000 chars peuvent donner demain la victoire par 20 000 chars et 20 000 avions.
Déclaration radiophonique du 22 juin 1940
À TOUS LES FRANÇAIS. La France a perdu une bataille ! Mais la France n'a pas perdu la guerre ! Des gouvernants de rencontre ont pu capituler, cédant à la panique, oubliant l'honneur, livrant le pays à la servitude. Cependant, rien n'est perdu Rien n'est perdu, parce que cette guerre est une guerre mondiale. Dans l'univers libre, des forces immenses n'ont pas encore donné. Un jour, ces forces écraseront l'ennemi. Il faut que la France, ce jour-là, soit présente à la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur. Tel est mon but, mon seul but ! Voilà pourquoi je convie tous les Français, où qu'ils se trouvent, à s'unir à moi dans l'action, dans le sacrifice et dans l'espé-rance. Notre patrie est en péril de mort. Luttons tous pour la sauver ! Vive la France !
Général de Gaulle, affiche, juillet 1940
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Le colonel de Gaulle analyse la tactique allemande pendant la bataille de France 22 mai 1940
" C'est la guerre mécanique qui a commencé le 10 mai. En l'air et sur terre, l'engin mécanique - avion ou char - est l'élément principal de la force. L'ennemi a remporté sur nous un avantage initial ; pourquoi ? Uniquement parce qu'il a, plus tôt et plus complètement que nous, mis à profit cette vérité. Ses succès lui viennent de ses divisions blindées et de son aviation de bombardement, pas d'autre chose, Eh bien ! nos succès de demain et notre victoire - oui ! notre victoire - nous viendront un jour de nos divisions cuirassées et de notre aviation d'attaque. Il y a des signes précurseurs de cette victoire mécanique de la France
déclaration enregistrée le 22 mai, sur champ de bataille et diffusée le 2 juin 1940 ...
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Le général Pétain mène la résistance de Verdun
Le 9 avril est une journée glorieuse pour nos armes. Les assauts furieux des soldats du Kronprinz ont été partout brisés, fantassins, artilleurs, sapeurs, aviateurs de la 11' armée ont rivalisé d'héroïsme. Honneur à tous ! Les Allemands attaqueront sans doute encore, que chacun travaille et veille pour obtenir le méme succès qu'hier. Courage... On les aura
Général Pétain, ordre du jour du 10 avril 1916
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Eloges de la barbarie des combats : rosalie, la gentille baillonnette
Sa place n'est pas dans les salons. Elle sort du peuple, cette petite Rosalie ....
Le bide, c'est l'objectif de Rosalie. Elle ne pense qu'au bide.
Dans son langage de fille assez voyou, la baïonnette désigne de cette façon le ventre de l'adversaire.
Un coup de baïonnette dans l' bide :., ainsi s'exprime cette petite personne.
Elle est si gentille, si enfant terrible, si française enfin, que ses victimes ne peuvent lui en vouloir très longtemps.
Pierre Mac Orlan
Source Les mots de l'histoire
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Les francais parlent de leur victoire
L'ordre du jour de la victoire de 1918

Soldats des armées alliées, après avoir résolument arrêté l'ennemi, vous l'avez pendant des mois, avec une foi et une éner-gie inlassables, attaqué sans répit. Vous avez gagné la plus grande bataille de l'Histoire et sauvé la cause la plus sacrée, la liberté du monde. Soyez fiers. D'une gloire immortelle, vous avez paré vos drapeaux. La postérité vous garde sa reconnaissance.
Foch, novembre 18
Volonté française d'accepter rapidement un armistice allemand

Je ne fais pas la guerre pour faire la guerre, mais pour des résul-tats. Si les Allemands signent un armistice aux conditions recon-nues nécessaires pour garantir ces résultats, je suis satisfait. Nul n'a le droit de prolonger plus longtemps l'effusion de sang.
Maréchal Foch
Communiqué français à propos de l'armistice

11 novembre, 23 heures. Au cinquante-deuxième mois d'une guerre sans précédent dans l'Histoire, l'armée française avec l'aide de ses alliés a consommé la défaite de l'ennemi. Nos troupes animées du plus pur esprit de sacrifice, donnant, pendant quatre années de combats ininterrompus, l'exemple d'une sublime endurance et d'un héroïsme quotidien, ont rempli la tache que leur avait confiée la patrie. Tantôt supportant avec une énergie indomptable les assauts de l'ennemi, tantôt attaquant elles-mêmes et forçant la victoire, elles ont, après une offensive décisive de quatre mois, bousculé, battu et jeté hors de France la puissante armée allemande et l'ont contrainte à demander la paix. Toutes les conditions exigées pour la suspension des hostilités ayant été acceptées par l'ennemi, l'armistice est entré en vigueur, aujourd'hui à Il heures.
Clémenceau commente la victoire devant la chambre des députés
Nous pouvons dire qu'avant tout armistice, la France a été libé-rée par la puissance de ses armes (applaudissements prolongés), et quand nos vivants, de retour sur nos boulevards, passeront devant nous, en marche vers l'Arc de Triomphe, nous les accla-merons, qu'ils soient salués d'avance pour la grande ouvre de reconstruction sociale (vifs applaudissements). Grâce à eux, la France, hier soldat de Dieu, aujourd'hui soldat de l'Huma-nité, sera toujours le soldat de l'Idéal.
G. Clémenceau le 11 novembre 1918
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Pie XII approuve les évêques allemands qui protestent contre le nazisme et prépare les chemins de l'après guerre
la lettre pastorale du 22 mars 1942, dont il a été donné lecture, presque partout en même temps, en Allemagne ... , et la lettre pastorale pour l'Avent, qui a été lue par vous ... . Les deux appels reçoivent notre pleine approbation parce qu'ils défendent avec un grand courage les droits de l'Église, de la famille et des individus.
L'unité de destin qui lie la dignité humaine, la famille et l'Église s'est rarement manifestée, et peut-être jamais comme aujourd'hui, de façon aussi tangible dans l'histoire moderne de l'Église. C'est pour nous une consolation chaque fois que nous apprenons qu'un évêque allemand ou l'épiscopat allemand s'est exprimé de façon claire et courageuse. ... ont en quelque sorte préparé chez vous le terrain à notre Message de Noël du 24 décembre 1942. ... tu as établi que le contenu du Message serait traité dans les conférences des doyens [prêtres coordinateurs d'un ensemble de paroisses].
Il n'y avait pas sous nos messages, surtout sous les messages de Noël à partir de 1939, l'idée que l'on pouvait, à travers eux, influencer dans une mesure déterminante les événements belliqueux en eux-mêmes. Nous avons seulement, ... accompli notre devoir, celui d'aplanir la route au droit naturel et à la loi du Christ ... et celui de protéger les fidèles contre le danger ... d'un nationalisme exaspéré, et, ... de préparer et d'indiquer ... la solution des tâches énormes et difficiles qui, en conscience, devront être affrontées avec la fin de la guerre.... Haut de page
La politique de Clemenceau : la victoire à tout prix, jusqu'au dernier quart d'heure
"Toute ma politique ne vise qu'un seul but: le maintien du moral français à travers une crise comme notre pays n'en a jamais connue ... . Vous voulez la paix? Moi aussi. Il serait criminel d'avoir une autre pensée. Mais ce n'est pas en bêlant la paix qu'on fait taire le militarisme prussien. Ma formule est la même partout. Politique intérieure? je fais la guerre. Politique étrangère? je fais la guerre. Je fais toujours la guerre.
Je cherche à me maintenir en confiance avec nos alliés. La Russie nous trahit? Je continue à faire la guerre. La malheureuse Roumanie est obligée de capituler? Je continue à faire la guerre et je continuerai jusqu'au dernier quart d'heure, car c'est nous qui aurons le dernier quart d'heure. "
Georges Clemenceau, discours à la Chambre du 8 mars 1918.
Manuel Belin
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Mai 40
25 mai 1940 : une réunion du Comité de guerre a lieu à l'Élysée ... Le général Weygand commence par faire l'historique des opération depuis le 10 mai jusqu'à l'encerclement du G.A. 1 ... "La ligne tenue par les troupes françaises comprend la ligne Maginot, ... l'Aisne, ... et la Somme jusqu'à la mer. ... Devant nous, nous avons 130 à 150 divisions allemandes, dont 9 divisions blindées. Nous sommes donc appelés à lutter à un contre trois. ... Nos disponibilités en chasse et en avions de bombardement sont appelées à se réduire rapidement au cours des semaines à venir, puisque, actuellement, la bataille consomme 30 à 40 avions par jour." ...
Le mot fatidique " d'armistice " tombe pour la première fois. Et celui qui le prononce est le Président du Conseil. M. Paul Reynaud est en effet d'avis qu'il va falloir engager la négociation avec les Allemands. Mais à quel moment conviendra-t-il d'entamer les pourparlers ? ... Haut de page
4 Juin 1940 / Chruchill
le salut de notre armée ne doit pas nous dissimuler un fait : ce qui s'est passé en France et en Belgique constitue un immense désastre militaire.
Mais quoi qu'il arrive, ... nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur les aérodromes, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons sur les collines, nous ne nous rendrons jamais. ... Et même si ... notre île ou une grande partie de notre île devait être submergée et affamée, alors, notre Empire au-delà des mers, armé et gardé par la flotte britannique, continuerait le combat, jusqu'à ce qu'un jour, à l'heure que Dieu choisira, le Nouveau Monde, de toute sa force et sa puissance, s'avance pour secourir et libérer l'Ancien. ... Haut de page
15 juin 1940 / Mandel n'ose pas imposer la poursuite de la guerre
Pourquoi vous et vos amis politiques n'allez-vous pas de l'avant, jusqu'au coup d'Etat, s'il le faut ? lui demande avec fougue le ministre des Affaires étrangères polonais.
- Ah ! réplique M. Mandel, rien ne m'arrêterait d'agir de la sorte. Mais il ne faut pas oublier que je suis Juif. ... Des gens me surveillent déjà étroitement ... . Je n'hésiterais pas un instant si, parmi les politiciens et nos chefs militaires, j'avais la certitude de rallier un nombre suffisant d'hommes sûrs et résolus.
Malheureusement, je ne peux rien faire. Mais il ne faut pas désespérer... Je vais m'opposer à ce que la décision soit prise aujourd'hui. Si je réussis, les délibérations prendront peut-être demain un tour plus favorable. (Benoist-Méchin) ... Haut de page
8 Juillet 1940 / Laval présente et explique aux sénateurs le projet de loi qui accorde les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain pour négocier la paix, établir un régime autoritaire, national et social et préparer une nouvelle constitution.
"Il faut tirer la leçon dès batailles perdues. ... C'est dans la défaite militaire et dans le désordre intérieur que d'autres pays ont puisé la force de revivre et de se transformer. .... la France doit comprendre et accepter la nécessité d'une Révolution nationale. ... il y faut un entier don de soi, une confiance sans arrière-pensée, une foi ardente, cet élan collectif qui donne seul son sens à la vie individuelle. ...
Le gouvernement demande donc au Parlement, réuni en assemblée nationale, de faire confiance au Maréchal Pétain, Président du Conseil pour promulguer sous sa signature et sa responsabilité, les lois fondamentales de l'État français. ...
J'appartiens au Parlement depuis 1914, et je n'oublie pas que je sors du peuple. Mais puisque la démocratie parlementaire a perdu la partie, un régime nouveau, audacieux, autoritaire, social, national, doit lui être substitué. Vous me demandez de préciser en quoi il consistera ? Je vais vous le dire.
Les humbles, les travailleurs, doivent être défendus et mieux protégés. L'intelligence doit avoir, dans la cité nouvelle, la place, toute la place qui lui revient de droit. Le capitalisme, dans ce qu'il a d'abject doit disparaître. C'est sous le triple signe du travail, de la famille et de la Patrie que nous devons aller vers l'ordre nouveau. ...
Nous étions toujours à la remorque de l'Angleterre, déclare-t-il. rien n'était plus humiliant que de voir nos hommes politiques aller à Londres chercher la permission d'être ministre français. Chez nous on prenait, vis-à-vis de certains pays, des engagements inconsidérés... On faisait tout pour amener la guerre et on ne négligeait rien pour la perdre. ... Nous n'avons pas d'autre chemin à suivre que celui d'une collaboration loyale avec l'Allemagne et l'Italie. ... Une interminable ovation salue la fin de ce discours.
Documents extraits de Benoist-Méchin, soixante jours qui ébranlèrent l'occident, Albin Michel 1956, Robert Laffont / Bouquins 1981
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Les conséquences de la faim en Allemagne
Ma mère parlait du " blocus1 sauvage ". Les rations ont diminué rapidement. Je sais que des permissionnaires, rentrant chez eux, étaient épouvantés par l'aspect physique de leur famille. La faim faisait maudire l'Angleterre; la mortalité infantile s'accrut, ma mère et moi-même avons enterré plusieurs de nos camarades d'école. Et ceci explique en grande partie la violence des grèves de 1917; l'ouvrier allemand avait faim et il se désespérait de ne pouvoir nourrir sa famille. Lorsque la guerre se termina, nous étions le champ d'action idéal pour la grippe espagnole2 qui fit des ravages en Allemagne.
Cité dans Gambiez et Suire, Histoire de la Première Guerre mondiale, t. 2, Fayard, 1968.
1. Blocus: les Anglais empêchent tout commerce par la mer entre l'Allemagne et le reste du monde.
2. Grippe-espagnole : maladie ayant entraîné une très forte mortalité en 1918 parmi les populations déjà affaiblies.
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Le Maréchal Pétain annonce sa demande d'armistice
Discours du Maréchal Pétain
" Français !
J'assume à partir d'aujourd'hui la direction du gouvernement de la France. Sûr de l'affection de notre admirable armée, qui lutte avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires, contre un ennemi supérieur en nombre et en armes ; sûr que par sa magnifique résistance, elle a rempli ses devoirs vis-à-vis de nos alliés ; sûr de l'appui des anciens combattants que j'ai eu la fierté de commander, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur. En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. ...
C'est le coeur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à l'adversaire, pour lui demander s'il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l'honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités.
Que tous les Français se groupent autour du gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n'écouter que leur foi dans le destin de la patrie.
17 juin 1940.
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L'appel du Général de Gaulle
L'Appel du 18 juin 1940
" Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat. Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique terrestre et aérienne de l'ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils sont aujourd'hui.
Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! Croyez-moi, moi qui vous en parle en connaissance de cause et qui vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.
Car la France n'est pas seule. Elle n'est pas seule. Elle a un vaste empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limite l'im-mense industrie des États-Unis. Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays ....
Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver ... , j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi. Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la radio de Londres. "
Discours du général de Gaulle
radiodiffusé par la BBC.
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Une acceptation publique après la rencontre de Montoire : 30 oct 40
Français ! C'est librement que je me suis rendu à l'invitation du Führer. Je n'ai subi, de sa part, aucune pression. Une collaboration a été envisagée entre nos deux pays. J'en ai accepté le principe. ... C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française, une unité de dix siècles, dans le cadre d'une activité constructive du nouvel ordre européen, que j'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration. ...
Extrait du message radiodiffusé du maréchal Pétain, 30 octobre 1940.
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Rafle de juifs du 16 juillet 42 et réactions hostiles de l'opinion. 16 juillet 1942
A 7h30 : la police municipale signale 10 cars arrivés au Vél'd'Hiv.
A 8h00 : l'Etat major téléphone.
L'opération contre les Juifs est commencée depuis ce matin à 4h00. ... Dans le 20e et 11e arrondissements où il y a plusieurs milliers de Juifs, l'opération est lente.
A 9h00 : 4044 arrestations.
17 juillet 1942
Les mesures prises à l'encontre des Juifs ont profondément troublé l'opinion publique.
Bien que la population française soit dans l'ensemble et d'une manière générale antisémite, elle n'en juge pas moins sévèrement ces mesures qu'elle qualifie d'inhumaines : la séparation des enfants de leurs parents provoque des réactions qui se traduisent par des critiques sévères à l'égard du gouvernement et des autorités occupantes.
Extraits de rapports de la préfecture de police sur la ratte du Vél'd'Hiv( vélodrome d'hiver) à Paris
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Souffrances dans les tranchées
Lettre à sa famille de Christian Bordeching, 23 ans. Tué sur le front onze mois plus tard.
21 mai 1916
À gauche se dessine " l'Homme mort " et à droite la " colline 304 "1. ... La position de batteries allemandes se situe avant l'étang de Forges, où commence, derrière, l'enfer de 304. Je ne dis pas enfer à tort car c'est ici que commence le royaume des tirs de barrage. Des odeurs de cadavres qui n'ont pas encore pu être enterrés s'élèvent des anciennes tranchées françaises ravagées. Du matériel de grande valeur a été laissé à l'abandon sur tout le chemin, des armes, des munitions, de la nourriture, des masques à gaz, du barbelé, des grenades et autres machines de guerre. Les dernières étendues d'herbe sont déjà bien loin derrière nous, on ne voit plus qu'un désert entièrement et violemment labouré par les grenades. Les cratères les uns contre les autres témoignent de l'horreur des tirs d'artillerie allemands qui nous ont précédés et des actuels tirs de barrage français. ...
Nous sommes en alerte pour être prêts à nous défendre ou à avancer. Pour ce qui en est de dormir ou de manger, ce n'est pas la peine d'y songer. Il faut supporter les privations. La colline elle-même était à l'origine en partie boisée et ne laisse plus paraître que quelques troncs noirs, il n'y a plus aucune feuille verte ni brin d'herbe. ...
Quand vient le vent du nord avec son épouvantable odeur de putréfaction ou avec la puanteur des grenades de soufre et de phosphore et quand le feu de batterie reprend, nos nerfs sont mis à rude épreuve, ce qui nous déclenche des états de désespoir. Les moments les plus tendus sont à la tombée de la nuit où l'on redoute le plus une attaque. Le 18 août, tôt le matin, les Français ont attaqué le régiment voisin mais n'ont pas été vainqueurs. ... Au soir, nous avons attaqué nos adversaires pour améliorer notre position. ...
1. L'Homme mort, la colline 304 : collines sur le front de Verdun.
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Difficultés de ravitaillement dans les zones occupées par les empires centraux
Journal de D. Birsch, en région occupée par les Allemands
1916 - Vendredi 23 juin. Ce matin nous avons acheté dix kilos de pommes de terre à un franc soixante le kilo (environ 15 fois le prix normal), les oeufs 16 sous.
1916 - Mardi 16 août. Nous ne mangeons plus du tout de viande, de temps à autre un peu de jambon ou de saucisse de veau.
1917 - Lundi 29 janvier. ... La pénurie de charbon, le pain noir, les pommes de terre très chères, font une grande misère partout. Pour économiser, les gens se réunissent dans une maison de l'un d'eux, à tour de rôle, pour n'avoir qu'un feu.
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Dernières lettres de jeunes résistants : Idéal, Patrie, Famille
Guy Möquet, Arrêté comme militant communiste en 1940, fusillé le 22 octobre 1941, avec 26 autres prisonniers du camp, en représailles au meurtre d'un officier allemand
"17 ans et demi, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. ... Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d'enfant. Courage !
Votre Guy qui vous aime.
Guy
Dernières pensées : vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !"
Honoré d'Estienne d'Orves, Lieutenant de Vaisseau,
Lettre adressée en 1940 à son supérieur, pour lui annoncer son entrée en résistance
Sans me permettre de juger le Département, je ne puis me croire qualifié pour reconstruire la France ainsi qu'on nous le propose.
Tant qu'il y aura une lueur d'espoir je combattrai pour débarrasser mon pays de l'emprise de cet homme qui veut détruire nos familles et nos traditions.
... à la suite de l'affaire d'Oran, je n'eusse voulu à aucun prix servir dans la Marine britannique.
Il m'a fallu trouver un chef français indépendant. Je l'ai trouvé hier et vais me ranger sous ses ordres.
Lettre adressée à sa sœur, la veille de son exécution :
" Maintenant, je vais dormir un peu. Demain matin nous aurons la messe. Que personne ne songe à me venger. Je ne désire que la paix dans la grandeur retrouvée de la France. Dites bien à tous que je meurs pour elle, pour sa liberté entière, et que j'espère que mon sacrifice lui servira. Je vous embrasse tous avec mon infinie tendresse. Honoré "
Agnès de La Barre de Nanteuil, guide de France à Vannes, résistante, torturée, morte pour la France le 13 août 1944.
"Je donne ma vie pour mon Dieu et ma patrie (...) j'ai été dénoncée, mais j'ai pardonné".
Joël Angles d'Auriac
, routier scout de France, victime du STO, il a été décapité par la Gestapo le 6 décembre 1944. pour "résistance et esprit contraire à la conscience" nationale-socialiste.
A ses parents :
" Ne soyez pas tristes. Soyez certains que j'accepte l'épreuve presque avec joie et je l'offre pour vous tous… Le Seigneur est avec moi et je vais certainement le voir de plus près. … Ma dernière prière : " Vivez avec le Seigneur. Il est la vie. Adieu… "
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Les Justes des Nations : des hommes ordinaires pour sauver des juifs du génocide nazi
Extraits de Sous la direction de Israel Gutman, Le Dictionnaire des Justes de France (titres décernés de 1962 à 1999, Fayard, Mémorial de Yad Vashem.
Odette Androt était secrétaire de mairie à Prissac (Indre). Pendant l'Occupation, une vingtaine de familles juives vinrent se réfugier là, ... Odette Androt leur donna à tous des cartes d'identité et des cartes d'alimentation ne portant pas le tampon " Juif ", pourtant obligatoire. Durant l'année 1943, le maire de la ville, vichyste notoire, ordonna à la secrétaire d'établir une liste de juifs de Prissac. Lorsqu'il eut paraphé cette liste, Odette la détruisit en secret au lieu de la transmettre au ministère de l'Intérieur.
Dictionnaire des Justes de France, op.cit, p. 48
Roger Belbeoch, un jeune policier de vingt et un ans affecté au XIIe arrondissement de Paris, ... il distribuait les tracts de la Résistance au nez et à la Barbe de la police de Vichy et recueillait des informations la nuit. Il fabriquait aussi de faux papiers d'identité qu'il remettait notamment à des juifs persécutés.... Dénoncé par un collègue, le jeune policier fut arrêté par les services de police du Commissariat aux Affaires Juives (CGQJ). Torturé pour lui faire avouer qui lui avait fourni les faux papiers, il garda le silence. Une intervention de la Résistance au plus haut niveau le fit relâcher avant que les forces d'occupation aient pu le récupérer.
Dictionnaire des Justes de France, op.cit., p. 79.
Augustin et Jeanne Devaux habitaient près de Condé-sur-Huisne, à Villeray dans l'Orne, en zone occupée. Pendant l'Occupation, ils cachèrent le petit Herman Przedborski, né en 1932. ... Les Devaux donnèrent également asile à son cousin, Lazare Lewin, s'occupant des deux enfants comme s'ils étaient les leurs
Dictionnaire des Justes de France, op.cit., p. 215.
Le pasteur Idebert Exbrayat, ... vivait avec sa femme Yvonne à Rodez dans l'Aveyron, ... . Vers la fin du mois d'août 1942, fut réveillé en pleine nuit par des coups frappés à la porte. C'était son voisin le rabbin avec sa femme et leurs cinq enfants, .... , fuyant la police venue les arrêter. Le pasteur ouvrit grand la porte pour faire entrer les fugitifs.
Dictionnaire des Justes de France, op.cit., pp. 245 - 246.
Le père Marie Amédée Folliet était le curé de la paroisse de Saint-Joseph-des-Fins à Annecy en Haute-Savoie. ... deux réfugiés juifs allemands, Elisabeth et Albert Bach, ... soulignent encore que le prêtre professait l'amour de la Bible et des Juifs. ... il fut arrêté. Déporté dans un camp de concentration en Allemagne.
Dictionnaire des Justes de France, op.cit., p. 256 - 257.
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Le déclenchement de la guerre
LE DECLENCHEMENT DE LA GUERRE.

Le 28 juin 1914,1'archiduc héritier d'Autriche, François-Ferdinand et son épouse, en visite à Sarajevo sont assassinés ; on arrête le meurtrier et ses complices. En Autriche-Hongrie la disparition de l'héritier suscite peu de regrets mais on voit dans l'incident le prétexte qui va permettre de se débarrasser de la Serbie.
Le 5 juillet, l'Empereur allemand assure l'Autriche de son appui. Le 23 juillet l'Autriche envoie un ultimatum à la Serbie. La Serbie accepte de mettre fin chez elle à la propagande anti-autrichienne, mais refuse d'accepter des contrôleurs autrichiens.
Le 28 juillet, l'Autriche déclare la guerre à la Serbie.
Le gouvernement russe [se sachant soutenu par la France .ndlr] commence à mobiliser le 29. Le 31 juillet, l'Allemagne adresse à la Russie un ultimatum lui enjoignant d'arrêter ses préparatifs.
Le 1er août, la mobilisation générale est décrétée en France et en Allemagne. L'Allemagne déclare la guerre à la Russie. Le 3 août elle déclare la guerre à la France. L'Italie annonce qu'elle restera neutre. Le 4 août, l'Allemagne ayant violé la neutralité de la Belgique pour faire passer ces troupes en France, la Grande Bretagne entre alors en guerre.
C. AMBROSI, L'apogée de l'Europe, 1996.
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Passions nationales et journalisme : L'affaire Caillaux
"Je l'ai tué pour lui apprendre à vivre"
Paris, 20 juillet 1914
Malgré les menaces de guerre, l'ouverture du procès d'Henriette Caillaux, épouse du chef du parti radical et ancien président du Conseil Joseph Caillaux, retient l'attention générale, et pour cause elle comparaît pour avoir assassiné, devant témoin, Gaston Calmette, directeur du Figaro, qui venait de publier une première lettre privée où Caillaux affichait librement son cynisme politique. La défense théâtrale de l'accusée, " qui voulait défendre l'honneur de son mari ", charme le public. La partie civile plaide le crime politique téléguidé par Caillaux; il avait notamment tenté de protéger Rochette, banquier véreux qui trempa dans l'affaire de Panama dont les fonds permirent de financer ses campagnes électorales. Le procès rebondira avec l'affaire des " télégrammes allemands ", qui prouvent que Caillaux a dissimulé au gouvernement certaines promesses faites aux Allemands. Mais la défense sait que ces pièces ne peu-vent être divulguées. Caillaux devient intouchable. Dès que l'acquit-tement de Mme Caillaux est connu, des manifestations opposent dans la rue ses partisans à des étudiants de l'Action française
Source
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Génocide des chrétiens de Turquie : les télégrammes de Talaat Pacha
Télegramme adressé par Tallat Pacha, ministre de l'intérieur du gouvernement Jeunes Turcs le 15 septembre 1915 à la préfecture d'Alep :
" Il a été précédemment communiqué que le gouvernement, sur l'ordre du Djemiet (autre appellation de l'Ittihad ), a décidé d'exterminer tous les arméniens habitant en Turquie. Ceux qui s'opposeraient à cet ordre et à cette mission ne pourraient faire partie de la formation gouvernementale. Sans égard pour les femmes, les enfants et les infirmes, quelques tragiques que puissent être les moyens de l'extermination, sans écouter les sentiments de la conscience, il faut mettre fin à leur existence. "
Télégramme adressé par Talaat Pacha le 18 novembre 1915 à la préfecture d'Alep
" Par la démarche que, sur l'instruction de son gouvernement, l'ambassade américaine fit dernièrement auprès de nous, il apparaît que les consuls américains se procurent des nouvelles par des moyens secrets. Bien qu'il leur fut répondu que la déportation s'effectue d'une manière sûre et confortable, cette affirmation n'étant pas suffisante pour les convaincre, tachez que, lors de la sortie des arméniens des villes, des bourgs et des centres, des faits pouvant attirer l'attention ne se produisent pas.
Au point de vue de la politique actuelle, il est d'une importance capitale que les étrangers qui circulent par là soient convaincus que cette déportation ne se fait que dans un but de changement de séjour. Pour ce motif, il est provisoirement important d'étaler pour la frime une conduite délicate et de m'employer les moyens connus que dans les endroits propices .
Télégramme du 23 janvier 1916 :
" A une époque où des milliers d'émigrés musulmans et de veuves de martyrs ont besoins de protection et de nourriture, il est inadmissible de faire des frais pour nourrir des enfants de personnes connues qui à l'avenir ne serviront pas à autre chose qu'à être dangereux…
Le 7 mars 1916 :
" Prétextant qu'ils seront soignés par l'administration des déportés, sans éveiller les soupçons, prendre et exterminer en masse les enfants des personnes connues, ramassés et soignés, sur ordre du ministère de la guerre, par les stations militaires. Nous aviser. "
Après la reconnaissance du génocide "arménien" par le parlement français en 1998.
" Je condamne l'adoption de cette proposition qui aura absolument des effets néfastes sur les relations turco françaises " a déclaré son ministre des Affaires Etrangères Ismail Cem. Pour lui, cette reconnaissance " ne fera qu'encourager le terrorisme arménien auquel la Turquie n'a pas cédé et ne cédera jamais ".
Lors du débat, parlementaire, P Devedjian , seul député français d'origine arménien, avait rappelé par avance à Ankara " qu'on ne se délivre du passé qu'en le regardant en face "
OUEST France : 30-31 mai et 1er juin 1998
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Benoît XV condamne la guerre de 14 et y voit une conséquence du laïcisme

Lettre encyclique de Benoît XV contre la guerre de 14, vue comme une conséquence du laïcisme

[Condamnation de la guerre]

De tous côtés domine la triste image de la guerre, et il n'y a pour ainsi dire pas d'autre pensée, qui occupe les esprits. Des nations - les plus puissantes et les plus considérables - sont aux prises : ... munis d'engins épouvantables, ... elles visent pour ainsi dire à s'entre-détruire avec des raffinements de barbarie ?
À voir ces peuples armés les uns contre les autres, se douterait-on qu'ils descendent d'un même Père ...
Nous avons donc adressé d'instantes prières aux Princes et aux gouvernants, afin que, ... ils se hâtent de rendre à leurs peuples les précieux avantages de la paix. ... I1 y a, sans nul doute, ... d'autres moyens, qui permettraient de réparer les droits, s'il y en a eu de lésés.
[La fraternité sans Dieu multiplie haines et jalousies]
Jamais peut-être, plus que maintenant, on n'a parlé de fraternité humaine : on n'hésite même pas à laisser de côté les enseignements de l'Évangile, l'œuvre de Jésus-Christ et de l'Église, et à prétendre, quand même, que ce zèle pour la fraternité est un des fruits les plus précieux de la civilisation moderne. Cependant, à dire vrai, jamais la fraternité n'a été moins pratiquée que de nos jours. Les haines de race sont portées au paroxysme ; les peuples sont divisés par leurs rancunes encore plus que par leurs frontières ; au sein d'une même nation et dans les murs d'une même cité, les différentes classes de citoyens se jalousent mutuellement, et chez les individus tout est réglé par l'égoïsme devenu la loi suprême. ... les déshérités de la fortune brûlent de jalousie à l'égard de ceux qui en sont favorisés, ... il y a lutte entre les différentes classes de citoyens, par l'effort des uns pour atteindre à tout prix et enlever ce qui leur manque, et par la résistance des autres pour retenir ce qu'ils possèdent et même pour l'accroître.
Si nous voulons vraiment être heureux, nous devons plutôt nous priver pour l'amour de Dieu de tous ces faux biens :
[demande de recréation d'un Etat pontifical]
Tous ceux en effet qui, de près ou de loin, se proclament les fils du Pontife Romain, ont pleinement le droit d'exiger que, sans aucun doute possible, leur Père commun soit réellement, et même apparaisse manifestement, affranchi de tout pouvoir humain dans l'administration de sa charge apostolique.

Donné à Rome, près saint-Pierre, en la fête de Tous les Saints, ce 1er Novembre 1914, de Notre Pontificat la première année.
BENEDICTUS PP. XV
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Mutineries de 1917 : La chanson de Craonne
La Chanson de Craonne

Quand au bout d'huit jours, le r'pos terminé,
On va r'prendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c'est bien fini, on en a assez,
Personn' ne veut plus marcher,
Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s'en va là-haut en baissant la tête.

Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes.
C'est bien fini, c'est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C'est à Craonne, sur le plateau,
Qu'on doit laisser sa peau,
Car nous sommes tous condamnés,
Nous sommes les sacrifiés.

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève,
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu'un qui s'avance :
C'est un officier des chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l'ombre, sous la pluie qui tombe,
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

C'est malheureux d'voir sur les grands boul'vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c'est pas la mêm' chose.
Au lieu de s'cacher, tous ces embusqués,
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendr' leurs biens, car nous n'avons rien,
Nous autr's, les pauvr's purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr' les biens de ces messieurs-là.

Ceux qu'ont l'pognon, ceux-là r'viendront,
Car c'est pour eux qu'on crève.
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s'ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l'plateau,
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la d'votre peau !
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