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.Liberté de la raison
L'esprit des Lumières : Lutter
contre les préjugés pour défendre la tolérance
et l'humanité
« Il se forma bientôt en Europe une classe d'hommes [...]
qui, se dévouant à poursuivre les préjugés
dans les asiles où le clergé, les écoles, les gouvernements,
les corporations anciennes les avaient recueillis et protégés,
mirent leur gloire à détruire les erreurs populaires. [...]
En France, Bayle, Fontenelle, Voltaire, Montesquieu combattirent en faveur
de la raison[...], toujours unis pour faire regarder l'indépendance
de la raison, la liberté d'écrire comme le droit, comme
le salut du genre humain ; s'élevant avec une infatigable énergie,
contre tous les crimes du fanatisme et de la tyrannie ; poursuivant dans
la religion, dans l'administration, dans les moeurs, dans les lois tout
ce qui portait le caractère de l'oppression, de la dureté,
de la barbarie [...]; prenant enfin pour cri de guerre, raison, tolérance,
humanité. »
Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit
humain, 1793.... retour chapitre / retour
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Défense de la liberté
de raisonner au nom de la Tolérance
" Lorsque le chevalier de La Barre, jeune homme de beaucoup d'esprit,
mais ayant toute l'étourderie d'une jeunesse effrénée,
fut convaincu d'avoir chanté des chansons impies et même
d'avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté
son chapeau, les juges d'Abbeville ordonnèrent non seulement qu'on
lui arrachât la langue, qu'on lui coupât la main et qu'on
brûlât son corps à petit feu ; mais ils l'appliquèrent
encore à la torture pour savoir précisément combien
de chansons il avait chantées, et combien de processions il avait
vues passer, le chapeau sur la tête. "
Voltaire. Dictionnaire philosophique, 1764 (article "Torture")....
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Principe
de tolérance entre frêres
" Ce n'est donc plus aux hommes que je m'adresse, c'est à
toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps...
Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr et des mains
pour nous égorger... Puissent tous les hommes se souvenir qu'ils
sont frères ! "
Voltaire. Traité de tolérance. ...
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Inégale répartition
de la raison
Voltaire
: la raison n'est donnée qu'à un très petit nombre
d'hommes
" La multitude des bêtes brutes appelées hommes, estime
Voltaire, comparée avec le petit nombre de ceux qui pensent, est
au moins dans la proportion de cent à un chez beaucoup de nations
",
(8) Voltaire, Dictionnaire philosophique (1764), article " Homme
", Oeuvres complètes..., Paris, t. 19, 1879, p. 383 Xavier
Martin, Nature Humaine et Révolution française, DMM,
2002 p.274
Diderot
: Trop grande générosité des femmes
Méfiez-vous de la chaleur de votre tête, qui sans cela vous
mènera souvent trop loin; et du premier mouvement de votre coeur
facile, qui vous conseillera de bonnes actions indiscrètes "
Diderot, Correspondance, 16 vol., op. cita, t. 9, Paris, 1963, p. 41,
lettre du 24 mars 1769. Xavier Martin, Mythologie du Code Napoléon,
DMM; 2003 p. 273 ...
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Humanisme paradoxal
G.
Gusdorf : Aimer les hommes en général pour ne pas avoir
à les aimer en particulier
" L'intellectuel des Lumières, observe-t-il, a une vocation
de vieux garçon, comme Locke et Hume, comme Fontenelle, Voltaire,
d'Alembert ou comme le professeur Kant. (...) Il
" Il faut admettre, chez ces esprits éclairés, l'existence
d'une carence affective que ne compensent pas les professions de foi en
l'humanité, le cosmopolitisme et la philanthropie. Ils aiment trop
les hommes en général pour conserver la possibilité
de les aimer en particulier " (85).
on connaît la misère affective de Rousseau, tant eu égard
à ses parents que par rapport à ses enfants, dont l'abandon
dicte à sa plume tant de sophismes désarmants. D'Alembert,
quant à lui, est non seulement un enfant naturel, mais qui plus
est il lui faut endurer la déchirure d'être renié
positivement par sa mère, Mme de Tencin (a). Julie de Lespinasse
ignore le nom de son père. Diderot, Helvétius, d'Holbach
ont une vie familiale assez gravement déficitaire en affection.
(a) É. Badinter, Les Passions intellectuelles..., I, op. cit.,
p. 260-261. " À la honte de la bâtardise s'ajoutait
ainsi le chagrin inconsolable du déni maternel. (...) Cette sinistre
histoire est à l'évidence l'élément essentiel
chez d'Alembert, qui commande le reste (...) "(p. 261).
Xavier Martin, Mythologie du Code Napoléon, DMM; 2003 p.235
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Danger ou utilité
de la religion
Pierre Bayle : Une société
d'athées peut être parfaitement morale
Une société d'athées pratiquerait les actions civiles
et morales aussi bien que les pratiquent les autres sociétés,
pourvu qu'elle fît sévèrement punir les crimes et
qu'elle attachât de l'honneur et de l'infamie à certaines
choses. Comme l'ignorance du premier Etre Créateur et Conservateur
du monde n'empêcherait pas les membres de cette société
d'être sensibles à la gloire et au mépris, à
la récompense et à la peine et à toutes les passions
qui se voient dans les autres hommes, et n'étoufferait pas toutes
les lumières de la raison, on verrait parmi eux des gens qui auraient
de la bonne foi dans le commerce, qui assisteraient les pauvres, qui s'opposeraient
à l'injustice, qui seraient fidèles à leurs amis..."
Pierre BAYLE Pensées sur la comète (1682)...
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Montesquieu : On ne peut prouver
la fausseté d'une religion ou de l'athéisme par ses méfaits
et le christianisme fait aussi notre bonheur dans cette vie en apportant
la sécurité aux princes.
M. Bayle a prétendu prouver qu'il valait mieux être athée
qu'idolâtre; c'est-à-dire, en d'autres termes, qu'il est
moins dangereux de n'avoir point du tout de religion, que d'en avoir une
mauvaise. "J'aimerais mieux, dit-il que l'on dit de moi que je n'existe
pas, que si l'on disait que je suis un méchant homme. "Ce
n'est qu'un sophisme, fondé sur ce qu'il n'est d'aucune utilité
au genre humain que l'on croie qu'un certain homme existe, au lieu qu'il
est très utile que l'on croie que Dieu est. De l'idée qu'il
n'est pas suit l'idée de notre indépendance; ou, si nous
ne pouvons pas avoir cette idée, celle de notre révolte.
Dire que la religion n'est pas un motif réprimant, parce qu'elle
ne réprime pas toujours, c'est dire que les lois civiles ne sont
pas un motif réprimant non plus. C'est mal raisonner contre la
religion, de rassembler dans un grand ouvrage une longue énumération
de maux qu'elle a produits, si l'on ne fait de même celle des biens
qu'elle a faits. Si je voulais raconter tous les maux qu'ont produits
dans le monde les lois civiles, la monarchie, le gouvernement républicain,
je dirais des choses effroyables" (...)
Pendant que les princes mahométans donnent sans cesse la mort ou
la reçoivent, la religion,chez les chrétiens, rend les princes
moins timides (craintifs), et par conséquent moins cruels. Le prince
compte sur ses sujets, et les sujets sur le prince Chose admirable! La
religion chrétienne, qui ne semble avoir objet que la félicité
de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci."
MONTESQUIEU De l'esprit des Lois...
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Montesquieu répond à Bayle : les chrétiens sont
des bons citoyens
M.Bayle, après avoir insulté toutes les religions, flétrit
la religion chrétienne:il ose avancer que de véritables
chrétiens ne formeraient pas un Etat qui pût subsister. Pourquoi
non? Ce seraient des citoyens infiniment éclairés sur leurs
devoirs, et qui auraient un très grand zèle pour les remplir;
ils sentiraient très bien les droits de la défense naturelle;
plus ils croiraient devoir à la religion plus ils penseraient devoir
à la patrie. Les principes du christianisme, bien gravés
dans le coeur, seraient infiniment plus forts que ce faux honneur des
monarchies, ces vertus humaines de la république, et cette crainte
servile des états despotiques."
MONTESQUIEU De l'esprit des Lois Livre XXIV ch 2,3 et 6 édition
Derathé ...
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Rousseau : Les chrétiens
sont des sources de division et des rebelles en puissance
"Ce fut dans ces circonstances que Jésus vint établir
sur la terre un royaume spirituel, ce qui, séparant le système
théologique du système politique, fit que l'Etat cessa d'être
un et causa les divisions intestines qui n'ont jamais cessé d'agiter
les peuples chrétiens. Or cette idée nouvelle d'un royaume
de l'autre monde n'ayant jamais pu entrer dans la tête des païens,
ils regardèrent toujours les chrétiens comme de vrais rebelles
qui, sous une hypocrite soumissionne cherchaient que le moment de se rendre
indépendants et rnaîtres, et d'usurper adroitement l'autorité
qu'ils feignaient de respecter dans leur faiblesse.
ROUSSEAU Du contrat social Livre IV,ch VIII...
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Voltaire
: La liberté de l'homme est entièrement déterminée
" [les] lois éternelles du mouvement sont également
exécutées par la main de l'homme charitable, qui secourt
le pauvre, et par la main du scélérat, qui égorge
son frère " Voltaire, Histoire de Jenni ou l'Athée
et le Sage, par M Sherloc... (1775), dans ses Romans et Contes, Paris,
1966, réimpr. 1998, [p. 611-668], p. 657.
" Faibles automates mus par la main invisible qui nous dirige sur
cette scène du monde, qui de nous a pu apercevoir le fil qui nous
conduit? " Voltaire, rubrique," Âme ", ibid. ***(passage
non daté), Oeuvres..., t. 26, Paris, 1829, p. 201....
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La religion des
lumières
Voltaire : l'homme est un rouage
" Je conviens avec vous que le néant vaut, généralement
parlant, beaucoup mieux que la vie, le néant a du bon ; consolons-nous,
nous en tâterons. Il est bien clair que nous serons après
notre mort ce que nous étions avant de naître, mais pour
les deux ou trois minutes de notre existence, qu'en ferons-nous? Nous
sommes de petites roues de la grande machine, de petits animaux à
deux pieds,
à Mme du Deffand Xavier Martin, Nature Humaine et Révolution
française, DMM, 2002 p. 37 ...
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Explosion
d'ésotérisme et de mystères à l'époque
de la raison et des lumières
" On est persuadé qu'il existe dans la nature des puissances,
des esprits invisibles, des sylphes, qui peuvent être à la
disposition des hommes; que la plupart des phénomènes de
la nature, toutes nos actions tiennent à des ressorts cachés,
à un ordre d'êtres inconnus; (...) que la fatalité,
les destinées même sont déterminées par des
génies particuliers qui nous guident à notre insu, sans
que nous apercevions les fils qui nous tiennent; enfin, que nous ressemblons
tous en ce bas monde à de vrais pantins (...). Ce goût pour
les choses voilées (...) est devenu général dans
Paris, et occupe aujourd'hui tous les gens aisés. En 1784, sous
la plume du médecin Paulet, Xavier Martin, Mythologie du Code
Napoléon, DMM; 2003 p..346 ...
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Voltaire
: La religion garantit l'ordre social
" Je ne crois pas, énonce-t-il sans détour, qu'il y
ait dans le monde un bourgmestre, un podestat, ayant seulement quatre
cents chevaux appelés hommes à gouverner, qui ne voit évidemment
qu'il faut leur mettre un dieu dans la bouche pour leur servir de mors
et de brides ".
à la duchesse de Choiseul, épouse du principal ministre
de Louis XV, Xavier Martin, Nature Humaine et Révolution française,
p. 23 ...
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Lucien
Bonaparte : le concordat utilise la religion pour assurer l'ordre social
" [les cultes] fussent-ils des erreurs, ces erreurs deviennent sacrées
puisqu'elles sont nécessaires au bonheur des hommes ; et l'incrédulité
qui calcule avec froideur, qui décompose avec ironie, fût-elle
la vérité même, n'en serait pas moins la plus fatale
ennemie des individus, des familles, des peuples et des gouvernements
"
Lucien Bonaparte, rapporteur du concordat auprès du Tribunat.18
germinal an X, 8 avril 1802: Arch. parlem., 2/3/451/1, m.s.o. Xavier Martin,
Nature Humaine et Révolution française, DMM, 2002
p. 234 ...
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Liberté
et égalité de souveraineté
Locke et le droit de résistance
: le peuple a le droit de changer les institutions
Le peuple supportera même sans révolte ni murmures, de grosses
erreurs de la part des gouvernants, bien des lois injustes et gênantes,
et toutes les erreurs auxquelles est sujette la fragilité humaine.
Mais si une longue suite d'abus, de prévarications et d'artifices
tendant au même but rend l'intention des gouvernements évidente
pour le peuple (le peuple ne peut s'empêcher de sentir ce à
quoi il est exposé ni voir où on le mène), on ne
doit pas s'étonner qu'il se soulève et tente de confier
le gouvernement à des gens qui poursuivent effectivement les fins
qui ont motivé, à l'origine, l'institution du gouvernement.
Car faute des les poursuivre, des régimes anciens aux constitutions
magnifiques sont finalement pires que l'état de nature ou l'anarchie;
la gravité et l'imminence du mal sont en effet les mêmes,
mais la guérison est plus longue et plus difficile...
Pour conclure, le pouvoir que chaque individu remet à la société,
lorsqu'il y entre, ne peut jamais faire retour aux individus aussi longtemps
que la société subsiste; mais il reste détenu par
la communauté, parce que sans cela, il ne saurait exister ni communauté,
ni Etat, ce qui serait contraire à la convention initiale. De même,
quand la société a remis le pouvoir législatif à
une assemblée et que ses membres et leurs successeurs le gardent
avec les directives et les pouvoirs nécessaires pour assurer la
nomination de ces derniers, le pouvoir législatif ne peut jamais
faire retour au peuple tant que le gouvernement subsiste. En donnant au
pouvoir législatif la possibilité de se maintenir indéfiniment
le peuple lui a cédé son pouvoir politique et ne peut le
lui reprendre.
Mais, par contre, s'il a fixé des limites à la durée
du pouvoir législatif et n'a remis ce pouvoir suprême que
pour un temps à une personne ou à une assemblée ,
ou encore, si, par leurs fautes, ceux qui exercent ce pouvoir le perdent,
en raison de cette forfaiture, ou à la fin du temps prescrit, le
pouvoir législatif fait retour à la société.
Dès lors, le peuple est en droit d'agir en souverain, de conserver
pour lui-même le pouvoir législatif, ou d'instituer un nouveau
régime, ou encore en conservant l'ancien, de le remettre en d'autres
mains, suivant qu'il le juge à propos."
John Locke Traité du gouvernement civil (1690) ...
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Liberté
de ne pas être commandés pour ceux qui jouissent de la raison
" Aucun homme n'a reçu de la nature le droit de commander
aux autres. La liberté est un présent du ciel et chaque
individu a le droit d'en jouir aussitôt qu'il jouit de la raison
".
Diderot. L'Encyclopédie, 1751-1772 (article "autorité
politique").
...
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Voltaire : ultra-courtisan des despotes éclairés
Catherine est bientôt, il le dit, " devenue ma passion dominante
" (a), elle est, lui écrit-il, " l'admirable autocratrice,
victorieuse, pacificatrice, législatrice " (b), il vante sa
" supériorité sur les autres êtres pensants ...
car je compte les autres êtres pour rien "(c).
" Nous sommes trois, lui dit-il aussi, Diderot, d'Alembert et moi,
qui vous dressons des autels. Vous me rendez païen. Je suis avec
idolâtrie, Madame, aux pieds de votre majesté, mieux qu'avec
un profond respect, le prêtre de votre temple. Voltaire " (d).
(a) À Catherine 11, 28 août 1770: Corr., t. 10, p. 398. (b)
Idem, 6 octobre 1774: Corr., t. 11, p. 804. (c) Idem, 2 mars : ibid.,
p. 624 (d) À Catherine 11, 22 décembre 1766: Corr., t. 8,
p. 789. Xavier Martin, Nature Humaine et Révolution française,
DMM, 2002 p.223 ...
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Limitation des pouvoirs du gouvernement
par le principe de séparation des pouvoirs
" Tout serait perdu si le même homme exerçait ces trois
pouvoirs : celui de faire des lois, celui d'exécuter les résolutions
publiques et celui de juger des crimes des particuliers... Chez les Turcs
où ces trois pouvoirs sont réunis sur la tête du sultan,
il règne un affreux despotisme ".
Montesquieu. De l'esprit des lois, 1748 ...
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Soumission
à la Volonté Générale
Limitation des pouvoirs par la souveraineté
du peuple
" Le peuple soumis aux lois en doit être l'auteur... La puissance
législative appartient au peuple et ne peut appartenir qu'à
lui... "
Rousseau. Le contrat social, 1762
" Le souverain n'est qu'un arbitre, s'il est indigne et injuste,
le recours à la force est permis ".
Rousseau. Le Contrat social, 1762
"Je tiens pour impossible que les grandes monarchies de l'Europe
aient encore longtemps à durer ".
Rousseau
...
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Rousseau : Se soumettre à la
volonté générale ou être forcé d'être
libre
"Trouver une forme d'association qui défende et protège
de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé,
et par laquelle chacun, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant
qu'à lui-même, et reste aussi libre qu'auparavant" :
Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la
solution.
(...) Ces clauses, bien entendues, se réduisent toutes à
une seule: savoir, l'aliénation totale de chaque associé
avec tous ses droits à toute la communauté.
Si donc on écarte du pacte social ce qui n'est pas de son essence,
on trouvera qu'il se réduit aux termes suivants: "Chacun de
nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême
direction de la volonté générale ; et nous recevons
encore chaque membre comme partie indivisible du tout. "
(...) En effet chaque individu peut comme homme avoir une volonté
particulière contraire ou dissemblable à la volonté
générale qu'il a comme citoyen. Son intérêt
particulier peut lui parler tout autrement que l'intérêt
commun [ pour ] que le pacte social ne soit pas un vain formulaire, il
renferme tacitement cet engagement qui seul peut donner la force aux autres,
que quiconque refusera d'obéir à la volonté générale
y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon
qu'on le forcera d'être libre ; car telle est la condition qui donnant
chaque citoyen à la Patrie le garantit de toute dépendance
personnelle.
Rousseau, Du contrat Social, 1762, in Pierre Benazet, Anthologie
de la pensée politique dans le monde, La société
des écrivains, 2005; p 430-431...
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Déclaration des droits de l'homme
: la Nation souveraine a les mêmes pouvoirs que la Volonté
Générale
Art. 3. Le principe de toute souveraineté réside essentiellement
dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité
qui n'en émane expressément. 26 août 1789
La
propagande par les fêtes révolutionnaires
" [pour trouver] un moyen infaillible de communiquer incessamment,
tout à l'heure, à tous les Français à la fois,
des impressions uniformes et communes, dont l'effet soit de les rendre
tous ensemble dignes de la Révolution [il faut imiter] les grandes
liturgies civiques de l'Antiquité " qui faisaient qu'au même
jour, au même instant, chez tous les citoyens, dans tous les âges
et dans tous les lieux, tous recevaient les mêmes impressions par
les sens, par l'imagination, par la mémoire, par le raisonnement,
par tout ce que l'homme a de facultés "
Rabaut Saint-Étienne, exprimée le 21 décembre 1792,
Arch parlem., 1/55/346/1 Xavier Martin, Nature Humaine et Révolution
française, DMM, 2002 p.123 ...
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Le
régime thermidorien : un gouvernement réfléchi, protégé
du peuple par un suffrage étroitement censitaire
Quant à la Constitution de l'an VIII, à laquelle Cabanis
a oeuvré, elle a le grand mérite de supprimer l'inconvénient
majeur de la précédente, en ôtant tout effet politique
aux processus électoraux " Voilà la bonne démocratie.
La voilà avec tous ses avantages (...). Tout se fait pour le peuple
et en son nom, rien ne se fait par lui ni sous sa dictée irréfléchie
"
Cabanis, Quelques considérations sur l'organisation sociale
en général, et particulièrement sur la nouvelle constitution,
Paris, an VIII (fin décembre 1799) ; cité par Picavet, op.
cit., p. 223, note 1. Xavier Martin, Nature Humaine et Révolution
française, DMM, 2002 p.218 ...
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Liberté,
égalité, propriété
La
loi de l'égoïsme universel
Montesquieu : " C'est un principe de grandes maladies que la bonté
du coeur ".
Montesquieu, Cahiers, op. cit., p. 40. Xavier Martin, Mythologie du
Code Napoléon, DMM; 2003 p. 272
Code
Napoléon: les femmes sont trop généreuses.
Un orateur du tribunat, en mars 1804, dit de la femme mariée qu'il
n'est que trop exact " que sa faiblesse, sa bonté, sa dangereuse
sensibilité, lui restent toujours; (...). Ce sont là de
vrais ennemis qui l'obsèdent sans relâche " (4). Lahary;
au corps législatif, sur l'expropriation forcée, 28 ventôse
an XII; 19 mars 1804 : arch. parlem., 2/6/165/2. Xavier Martin,
Mythologie du Code Napoléon, DMM; 2003 p.16 ...
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plan
J.S. Mill : heureuse conjonction des égoïsmes***
Jaucourt : l'égalité naturelle
aboutit à la liberté de pensée
« L'égalité naturelle est celle qui est entre tous
les hommes par la constitution de leur [...] nature humaine commune à
tous les hommes, qui naissent, croissent, subsistent, et meurent de la
même manière. [...] Le premier état que l'homme acquiert
par la nature, et qu'on estime le plus précieux de tous les biens
qu'il puisse posséder est l'état de liberté ; il
ne peut ni se changer contre un autre, ni se vendre, ni se perdre ; car
naturellement, tous les hommes naissent libres,
Chevalier de Jaucourt, extraits des articles « Égalité
naturelle », de l'Encyclopédie, 1766....
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Rousseau : une modération
volontaire des trop grandes inégalités matérielles
Si l'on recherche en quoi consiste précisément le plus grand
bien de tous, qui doit être la fin de tout système de législation,
on trouvera qu'il se réduit à deux objets principaux, la
liberté et l'égalité : la liberté, parce que
toute dépendance particulière est autant de force ôtée
au corps de l'État; l'égalité, parce que la liberté
ne peut subsister sans elle.
J'ai déjà dit ce que c'est que la liberté civile
: à l'égard de l'égalité, il ne faut pas entendre
par ce mot que les degrés de puissance et de richesse soient absolument
les mêmes; mais que, quant à la puissance, elle soit au-dessous
de toute violence, et ne s'exerce jamais qu'en vertu du rang et des lois;
et, quant à la richesse, que nul citoyen ne soit assez opulent
pour en pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être
contraint de se vendre.
Cette égalité, disent-ils, est une chimère de spéculation
qui ne peut exister dans la pratique. Mais si l'abus est inévitable
s'ensuit-il qu'il ne faille pas au moins le régler ? C'est précisément
parce que la force des choses tend toujours à détruire l'égalité,
que la force de la législation doit toujours tendre à la
maintenir.
Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), Du contrat social,
1762....
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Mirabeau
: la politique est une redistribution des jouissances
" Les devoirs de tous consistent dans l'accomplissement de la loi.
La loi, c'est-à-dire l'ordre, est tout fondé sur les sensations
et les besoins physiques de l'homme, à qui la nature accorda autant
de facultés pour jouir, qu'elle lui permit de jouissances c'est
donc au sein de ces jouissances, c'est dans leur distribution, leur arrangement,
leur reproduction, qu'il faut chercher le code social... " Mirabeau,
essai sur le despotisme, 2e ed., Londres 1776, p. 63 Xavier
Martin, Nature Humaine et Révolution française, DMM,
2002 p. 90
...
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Déclaration des Droits de l'Homme
: liberté, égalité, propriété
Art. 1. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur
l'utilité commune.
Art. 2. Le but de toute association politique est la conservation des
droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté,
la propriété, la sûreté et la résistance
à l'oppression. 17 août 1789...
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Le
Code Civil : au service d'un égoïsme organisateur
L'élaboration du Code Civil
avec le concours des révolutionnaires modérés
Les séances du Conseil d'Etat se tenaient à Paris, dans
le palais même de Napoléon. [...] Les projets étaient
imprimés et distribués avant la délibération.
Napoléon se faisait quelquefois annoncer d'avance; d'autres fois,
il arrivait sans être attendu; le tambour qui battait aux champs
dans l'escalier des Tuileries, annonçait son approche; il entrait
précédé de son chambellan, et suivi de l'aide de
camp de service. L'un et l'autre prenaient place derrière lui.
Son fauteuil, élevé d'une marche au-dessus du sol, était
à l'extrémité de la salle; il avait à sa droite
et à sa gauche les princes et les grands dignitaires et, devant
lui, de chaque côté, les longues tables où étaient
assis les conseillers d'Etat. Le fauteuil de l'Empereur restait en place
lors même qu'il était à l'armée. L'archichancelier,
placé à sa droite, présidait en son absence...
Les séances, rendues plus longues par les digressions de l'Empereur,
n'étaient jamais trop longues pour lui. Il nous a retenus souvent,
à Saint-Cloud, depuis neuf heures du matin jusqu'à cinq
heures du soir, avec une suspension d'un quart d'heure... Quiconque voulait
parler demandait la parole. Napoléon provoquait souvent ceux dont
il désirait connaître l'avis. Les discours devaient être
simples et sans phrases... Il fallait posséder la matière
et avoir dans l'esprit une abondante provision de faits.
Non seulement toutes les connaissances étaient représentées
dans le Conseil d'Etat, mais aussi toutes les époques. Napoléon
appela dans la première composition du Conseil des hommes qui avaient
marqué honorablement dans les dernières assemblées;
il y appela ensuite ceux que nos premiers orages avaient forcé
de s'expatrier, bien qu'ils ne fussent pas hostiles à la révolution
les Malouet, les Mounier, les Ségur. Le Conseil d'Etat devint alors
l'image de la fusion des partis dans la nation.
PELET DE LA LOZÈRE, Opinions de Napoléon, préface,
p. 6, 10, 1833. ...
retour chapitre / retour plan
Le
Code Civil est organisé autour du droit de jouir de manière
absolue de ses propriétés
Ce qui, pour Portalis, " est comme l'âme universelle de toute
la législation " (universelle de toute), c'est bien l'article
544 définissant la propriété comme " droit de
jouir (...) de la manière la plus absolue " (sic). Et Portalis
enfonce le clou : " Le corps entier du Code civil est consacré
à définir tout ce qui peut tenir à l'exercice du
droit de propriété ",
" La plus précieuse maxime d'un Code civil, entendra-t-on
aussi, la première, comme la plus importante de ses dispositions,
est donc celle qui proclame le droit de propriété ; toutes
les autres n'en sont que les suites ou les conséquences ".
Xavier Martin, Nature Humaine et Révolution française,
p.265... retour chapitre / retour
plan
Le Code Civil, utiliser les sentiments
pour donner une illusion de liberté
" les fibres les plus sensibles de ses affections, pour réformer
ses habitudes et lui en faire contracter de nouvelles ; car le grand secret
du législateur est de faire en sorte que le citoyen qui obéit
aux lois ne croie obéir qu'à sa propre volonté "
Sédilliez discours au Tribunat mai 1803, Arch. parlem., 2/5/63/1.
Xavier Martin, DMM, 2002 Nature Humaine et Révolution française,
p.271 ...
retour chapitre / retour plan
Code
Civil : c'est intérêt qui forme le lien ultime des sociétés
"L'affection durable dans le mariage ne saurait procéder que
d'un arrimage des intérêts mutuels, ... Entre parents et
enfants : les marques extérieures du respect filial, donc l'ordre
familial, présupposent aux mains des parents, et surtout du père,
le jeu d'une quotité disponible, autrement dit une faculté
de moduler leur part successorale, qui, à tout âge, tiendra
les siens soumis à son autorité par la vertu de ce qu'il
faut bien appeler un chantage paternel aux libéralités".
Xavier Martin, Mythologie du Code Napoléon, DMM; 2003 p.16
" L'intérêt brise souvent les liens du sang. Que cet
intérêt les renoue; que le frère incapable d'aimer
son frère sente dans son coeur égaré qu'il faut au
moins que sa haine n'éclate pas; ses égards commandés
par les convenances deviendront pour lui une habitude, et le mèneront
par degré, et pour ainsi dire à son insu, vers l'amitié
"
Favard, au Corps législatif, sur les donations entre vifs et les
testaments, 13 floréal an XI, 3 mai 1803: Arch. parlem., 2/5/85/2.
Xavier Martin, Mythologie du Code Napoléon, DMM; 2003 p.17
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Débats
du code civil : entretenir les liens familiaux par des obligations financières.
Favard: " [Q]ue le frère, incapable d'aimer son frère,
sente dans son coeur égaré qu'il faut au moins que sa haine
n'éclate pas; ses égards, commandés par les convenances,
deviendront pour lui une habitude, et le mèneront par degré,
et pour ainsi dire à son insu, vers l'amitié ".
Archives parlementaires, 2/5/85/2, Favard, au Corps législatif,
sur le Titre relatif aux donations entre vifs et testaments, 13 floréal
an XI, 3 mai 1803.Xavier Martin, Nature Humaine et Révolution
française, DMM, 2002 p.9 ... retour
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Débats du code civil : Carrion
Nissas : la dot entretient le respect des enfants pour leur vieille mère.
" Dans l'inutilité de sa décrépitude et dans
l'affaiblissement trop commun des affections et des souvenirs les plus
sacrés, il importe qu'elle ne puisse jamais se séparer de
cette dot qui lui devient plus nécessaire de jour en jour, ne fût-elle
qu'un appât, un objet d'espoir qui agit sur les plus vertueux à
leur insu ... Oui, quand même ce serait l'intérêt alors
qui se colorerait en respect et en amour, la mère de famille n'en
jouira pas moins de cette douce et dernière illusion ".
Archives parlementaires, 2/5/435/2, Carrion Nissas au Tribunat, contre
le projet relatif au contrat de mariage et aux droits relatifs entre époux,
19 pluviôse an XII, 9 février 1804. Xavier Martin, Nature
Humaine et Révolution française, DMM, 2002 p.9
...
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Le
Code Napoléon détruit les grandes familles, les majorats
reconstituent une noblesse au service du pouvoir.
" Etablissez le Code civil à Naples; tout ce qui ne vous est
pas attaché va se détruire alors en peu d'années
[à savoir : par les partages successoraux de droit commun], et
ce que vous voudrez conserver [par " injection " de primogéniture]
se consolidera. Voilà le grand avantage du Code civil "
Napoléon dans une lettre à son frère Joseph en 1806,
Correspondance... Six Cents Lettres de Travail (1806-1810), publ.
M. Vox, Paris, 1943, p. 336.
" (...) [I]1 faut établir le Code civil chez vous; il consolide
votre puissance, puisque par lui tout ce qui n'est pas fidéicommis
[ les majorats qui permettent de transmettre une part plus importante
à l'aîné] tombe, et qu'il ne reste plus de grandes
maisons que celles que vous érigez en fiefs ... C'est ce qui m'a
fait prêcher un Code civil et m'a porté à l'établir
"
Napoléon, Correspondance..., op. cit., p. 336. Xavier Martin, Mythologie
du Code Napoléon, DMM; 2003 p.210-211 ...
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