|
Le philosophe selon Diderot, 1751
Il n'y a rien qui coûte moins à acquérir aujourd'hui
que le nom de philosophe : une vie obscure et retirée, quelques
dehors de sagesse, avec
un peu de lecture, suffisent pour attirer ce nom à des personnes
qui s'en honorent sans le mériter.
D'autres en qui la liberté de penser tient lieu de raisonnement,
se regardent comme les seuls véritables philosophes, parce qu'ils
ont osé renverser les bornes sacrées posées par la
religion, [...] Fiers de s'être défaits des préjugés
de l'éducation, en matière de religion, ils regardent avec
mépris les autres comme des âmes faibles, [...] qui n'osant
sortir un instant du cercle des vérités établies,
ni marcher dans des routes nouvelles, s'endorment sous le joug de la superstition.
Mais on doit avoir une idée plus juste du philosophe et voici le
caractère que nous lui donnons.
Les autres hommes sont déterminés à agir sans sentir,
ni connaître les causes qui le font mouvoir, sans même songer
qu'il y en ait.
Le philosophe au contraire, démêle les causes autant qu'il
est en lui, et souvent même les prévient, et se livre à
elles avec connaissance; c'est une horloge qui se monte, pour ainsi dire,
quelques fois elle-même. [...] La raison est à l'égard
du philosophe, ce que la grâce est à l'égard du chrétien.
La grâce détermine le chrétien à agir; la raison
détermine le philosophe.
Les autres hommes sont emportés par leurs passions, sans que les
actions qu'ils font soient précédées de la réflexion
: ce sont des hommes qui marchent dans les ténèbres ; au
lieu que le philosophe dans ses passions mêmes, n'agit qu'après
réflexion ; il marche la nuit, mais il est précédé
d'un flambeau.[...]
La vérité n'est pas pour le philosophe une maîtresse
qui corrompe son imagination, [...] Il ne la confond point avec la vraisemblance
; il prend pour vrai ce qui est vrai, pour faux ce qui est faux, pour
douteux ce qui est douteux, et pour vraisemblable ce qui n'est que vraisemblable.
Il fait plus, et c'est une grande perfection du philosophe, c'est que
lorsqu'il n'a point de motif propre pour juger, il sait demeurer indéterminé.
[...] L'esprit philosophique est donc un esprit d'observation et de justesse,
qui rapporte tout à ses véritables principes ; mais ce n'est
pas l'esprit seul que le philosophe cultive, il porte plus loin son attention
et ses soins.[...] la raison exige de lui qu'il connoisse, qu'il étudie,
et qu'il travaille à acquérir les qualités sociables.
Notre philosophe ne se croit pas en exil dans ce monde; il ne croit point
être en pays ennemi ; il veut jouir en sage économe des biens
que la nature lui offre ; il veut trouver du plaisir avec les autres ;
et pour en trouver, il en faut faire : [...] c'est un honnête homme
qui veut plaire et se rendre utile. [...] notre philosophe qui sait se
partager entre la retraite et le commerce des hommes, est plein d'humanité.
Les sentiments de probité entrent autant dans la constitution mécanique
du philosophe, que les lumières de l'esprit. Plus vous trouverez
de raison dans un homme, plus vous trouverez en lui de probité.
Au contraire où règne le fanatisme et la superstition, règnent
les passions et l'emportement. Le tempérament du philosophe, c'est
d'agir par esprit d'ordre ou par raison ; comme il aime extrêmement
la société, il lui importe bien plus qu'au reste des hommes
de disposer tous ses ressorts à ne produire que des effets conformes
à l'idée d'honnête homme. [...]
Le philosophe est donc un honnête homme qui agit en tout par raison,
et qui joint à un esprit de réflexion et de justesse les
moeurs et les qualités sociables. Entez un souverain sur un philosophe
d'une telle trempe, et vous aurez un parfait souverain...
Diderot, article « Philosophe » dans Encyclopédie ou
dictionnaire raisonnédes sciences, des arts et métiers,
tome 12, 1765.
Isabelle Dumielle, Ces Textes qui ont marqué l'Histoire de France,
Sous la direction de Claude Quétel, Bordas, 2006 pp 226-29
... Retour Plan
Voltaire espion
Lettre de Voltaire à Amelot de Chaillou, le 1er août 1743.
(Les parties chiffrées sont notées ici en italique.)
À La Haye ce premier août 1743 Monseigneur,
Le 21 du mois passé je dépêchai un courrier jusqu'à
Lille avec un paquet qu'il devait rendre à M" e Denis, ma
nièce, femme du commissaire des guerres. Il y avait dans ce paquet
une lettre à M. le comte de Maurepas pour être mise sur le
champ à la poste et sous l'enveloppe de M. de Maurepas une lettre
pour vous de six pages dans laquelle, entre plusieurs particularités,
j'avais l'honneur de vous parler de la petite découverte suivante.
Le roi de Prusse fait négocier secrètement un emprunt de
400 000 florins à Amsterdam à 3 1/2 pour cent. je conclus
que son trésor n'est pas aussi considérable qu'on le dit,
ou qu'il veut emprunter à petit intérêt pour rembourser
des sommes qui en portent un plus grand. Je vous demandais la permission
de me servir de cette connaissance pour démêler si dans l'occasion
il voudrait recevoir des subsides, et pensais proposer une manière
d'affamer les armées ennemies, [...] Je tâcherai défaire
fermenter ce petit levain. Je peux vous assurer que le fonds des sentiments
du r[oi] de Prusse est tel qu'il a été observé dans
l'année où il écrivit la lettre ci-jointe dont j'ai
l'honneur de vous envoyer copie authentique. Je compte toujours lui faire
ma cour à Aix-la-Chapelle vers le 18' du mois. Si vous avez quelques
ordres à me donner je les exécuterai avec l'empressement
d'un homme qui connaît le prix de votre estime, et qui n'ambitionne
que l'honneur de vous servir. Je suis avec un profond respect, Monseigneur,
votre très humble et très obéissant serviteur xxx.
MAE, CP Hollande.
Mémoires du monde, cinq siècles d'histoires inédites
et secrètes au quai d'Orsay, éditions Sophie de Sirvy,
L'iconoclaste, Paris, 2001 p 113 ... Retour Plan
Mirabeau en mission officieuse
Mémoire de Mirabeau, le 2 juin 1786. Sur la situation actuelle
de l'Europe.
Le roi de Prusse va mourir; il est peut-être mort au moment où
j'écris. Il est impossible qu'il vive encore deux mois. Avec lui
tombera la clef qui resserrait la voûte politique de l'Europe. Tout
annonce la guerre. L'empereur s'est engagé d'amour propre et très
récemment encore à tâter le nouveau roi de Prusse
aussitôt son avènement au trône. Tâter, c'est
son mot. Faire cesser la criante usurpation de qui a ravi la Silésie
à l'auguste maison d'Autriche, c'est le
cri de ralliement de tous ses écrivains; l'empereur a peu d'argent,
mais 400 000 soldats, quelques officiers et le fatal pouvoir d'engloutir
jusqu'au dernier de ses sujets dans l'abîme de la guerre. Tous ses
engagements publics et secrets avec l'impératrice de Russie, tendent
à réaliser et cimenter le système oriental, devenu
la passion de Catherine II, le salut, l'espoir et l'asile de Potemkine.
L'empereur n'abandonnera jamais ce système que pour l'invasion
de l'Italie qui nous serait encore plus funeste que le démembrement
de la Turquie européenne ou pour le bouleversement de l'Allemagne
qui ruinerait tout équilibre en Europe. Quelque plan qu'il choisisse,
sa turbulence naturelle, ses projets gigantesques appellent la confusion,
le trouble, la discorde; c'est son élément.
MAE, MD France. Mémoires du monde, cinq siècles d'histoires
inédites et secrètes au quai d'Orsay, éditions
Sophie de Sirvy, L'iconoclaste, Paris, 2001 p 135 ... Retour
Plan
Les sociétés de pensée
et la bourgeoisie, intermédiaires entre philosophie des lumières
et révolution
L'âge d'or des sociétés de pensée
Les sociétés de pensée apparaissent en France dans
la première moitié du XVIIIe siècle, se multiplient
depuis 1750, foisonnent à compter de 1770. Du Club de l'Entresol,
réunion économique et politique du début du siècle,
à la Société des amis des Noirs à la veille
de la Révolution, des centaines de ces sociétés -
parfois éphémères - ont fleuri : loges maçonniques,
clubs, sociétés littéraires, académies, sociétés
d'agriculture, groupements multiformes rarement concurrents, acceptant
la multiple appartenance. Dans un pays de censure, ces associations relayaient
l'influence du livre, remplaçaient les partis politiques inexistants
et les réunions publiques.
La société de pensée est un groupement libre, indépendant
de la profession et de la condition sociale des adhérents. Ceux
qui en font partie se proposent de réaliser l'idéal de Rousseau
: la vraie démocratie serait-elle point une société
de libres philosophes ? C'est un élément d'unité,
comme l'était aussi le culte de la raison et la croyance dans le
progrès humain.
A l'origine, les sociétés de pensée, ne prétendant
pas agir sur le gouvernement et ne présentant aucun but politique
concret, n'avaient pas de raison d'inquiéter le pouvoir. Ce n'était
plus le cas à la fin du siècle. Dans les dix ans qui ont
précédé 1789, du mouvement philosophique est issu
un parti " national ", animé par quelques sociétés
actives et dépassant le stade de l'opinion et de la simple discussion
interne. C'est le cas de la Société des Trente où
se rencontrent La Fayette et Mirabeau, Condorcet, Le Peletier de Saint-Fargeau,
tous nobles, mais aussi de grands bourgeois et des hommes de loi. Elle
s'est composé une doctrine inspirée de Montesquieu, de Rousseau
et... de Condorcet. Elle tire argument de la révolution américaine.
L'exemple des Insurgents lui semble prouver que le stade des discussions
est dépassé, et qu'une société de pensée
peut passer à l'action ; ce qu'elle fait en réclamant vivement
la réunion d'états généraux et en formant
une large partie du futur personnel révolutionnaire. Voilà
l'achèvement d'une évolution idéologique, mais c'est
un achèvement tardif.
Au contraire, pour là majorité des sociétés
de pensée, rares avaient été les prises de position
concrètes. On s'était moins préoccupé de s'opposer
à la politique présente, que de former des cadres intellectuels
par la méthode rationaliste. Peu soucieuses d'action, ces sociétés
avaient fonctionné avec prudence. Elles ne prétendaient
point renverser le régime, mais détruire les préjugés
de leurs membres. Peu enclines à la politique, elles avaient surtout
oeuvré dans le sens d'une mise en formule du philosophisme. Les
sociétés de pensée étaient avant tout d'opinion,
souhaitant " éclairer les citoyens ", hâter "
le progrès des Lumières ", " intéresser
les gens au bien public ", former un esprit public, donner à
cette opinion publique de l'importance ; nous dirions en langage moderne
: intéresser les Français à la politique, mais en
partant de la formation d'une élite intellectuelle.
Par le biais de discussions rationnelles, nombre de ces sociétés
préparent l'initiation démocratique de leurs membres. Il
n'est pas question d'y faire entrer des humbles, " mais la noblesse
et la bourgeoisie y sont vraiment sur le même pied " (D. Mornet).
Vers 1780 c'est un fait acquis. S'il ne s'agit ici que de démocratie
bourgeoise, l'éducation démocratique des adhérents
est un souci constant. Les structures du groupement, son organisation
y contribuent. A la base règne entre les membres une parfaite égalité.
C'est là une nouveauté, qui paraît scandaleuse aux
réactionnaires. C'est une conquête sociale de base. La société
de pensée est le seul endroit où nobles et bourgeois sont
tout à fait sur le même plan ; ce qui n'existe ni dans certains
salons, ni à la Cour, ni à la Ville, ni dans les états
provinciaux, ni dans l'armée, ni dans l'administration, ni dans
les cours de justice, ni dans les confréries, ni dans les chapitres,
ni dans les paroisses.
Les méthodes de la société de pensée sont
aussi des méthodes démocratiques. Si l'on y compte cinquante
membres, ce sont cinquante citoyens (qui ne sont plus des sujets comme
les autres Français), citoyens égaux avec droits et devoirs
; et ces citoyens s'entraînent au vote. C'est la démocratie
idéale. En fait, cinq ou six membres assidus et motivés
donnent le ton aux cinquante, préparent les motions, les présentent
au scrutin général quand il convient : la démocratie
idéale s'est vite muée en démocratie concrète.
... Retour Plan
La part des loges
La franc-maçonnerie est alors la société de pensée
par excellence. Elle l'est par ses principes, ses méthodes, son
développement et son succès. Non seulement ses principes
sont en harmonie avec les idées nouvelles - on pense surtout au
déisme -, mais les principaux écrivains du siècle
ont été liés à la maçonnerie. Si Voltaire
n'a eu que des relations tardives avec l'ordre, Montesquieu fut un maçon
de marque.
On trouve à Paris cinq ou six loges en 1737 ; on en rencontre vingt-deux
dès 1743. En 1767 le gouvernement met l'interdit sur la grande
loge de France, et il faut attendre 1773, date de l'installation du Grand
Orient, pour que le mouvement maçon connaisse un nouvel essor.
En 1789, le royaume compte environ sept cents loges.
Depuis 1773 il y a de plus en plus de grands seigneurs (de la Cour, de
l'épée et de la magistrature) dans les loges, alors qu'elles
avaient commencé dans les milieux bourgeois. En 1774, le Grand
Orient admet les " loges d'adoption " réservées
aux femmes.
Le rôle de la franc-maçonnerie au XVIIIe siècle a
été fort discuté. Les Mémoires pour servir
à l'histoire du jacobinisme (1797) de l'abbé Barruel voyaient
dans la Révolution le résultat d'un complot maçonnique
antireligieux et anti-royal. Curieusement étaient dénoncés,
comme agents subversifs, un royaliste, Voltaire, et un roi, Frédéric
II. Personne ne soutient plus cette thèse extrême. Au reste,
si la franc-maçonnerie a été, dès le XVIIIe
siècle, condamnée à deux reprises par la papauté,
elle n'était pas antireligieuse. Joseph de Maistre a été
maçon.
Si nous éliminons la fausse thèse du complot, quelques points
demeurent. Il est sùr que, par cumul, nombre de maçons figurèrent
non seulement dans une loge, mais dans une ou plusieurs autres sociétés
de pensée, ainsi que dans les clubs politiques de la fin de l'ancien
régime. De part et d'autre, ils entendaient parler ou ils parlaient
eux mêmes de liberté, de progrès, d'égalité
et de fraternité, de développement des sciences et de libération
de la pensée. De part et d'autre, on était volontiers déiste.
De part et d'autre, on avait fini par réclamer des réformes
politiques. Que les loges aient ajouté à cela des rites,
un mystère et le brassage social des initiés, il n'importe.
Société de pensée en même temps que force sociale,
la franc-maçonnerie ne se distinguait guère des sociétés
académiques, littéraires ou patriotiques de la seconde moitié
du XVIIIe siècle. Beaucoup de Français étaient maçons,
comme de nos jours ils se seraient fait recevoir au Lion's ou au Rotary.
Cela dit, les loges ont accueilli avec faveur l'évolution des idées
et la tournure des événements en 1789. Enfin, sur certains
points précis, en particulier dans le comportement de la société
militaire en 1789, l'action maçonnique a sûrement joué
- fût-ce inconsciemment - un rôle non négligeable.
Les loges militaires s'étaient multipliées durant la seconde
moitié du siècle. Elles étaient ouvertes aux officiers
ou soldats de tout grade, et il n'était pas rare de voir les dignités
maçonniques être en contradiction avec la hiérarchie
de l'armée. Ainsi un régiment, dont la loge avait pour principal
dignitaire un lieutenant, ne pouvait-il, en cas de crise, obéir
aussi bien à son colonel, qu'il l'eût fait habituellement.
Si l'on songe à la carence de la force armée lors des premiers
événements révolutionnaires, on comprendra l'importance
de ce noyautage par les loges. ... Retour Plan
L'occasion favorable
Si la sensibilité française semblait à deux étages
dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la partie instruite
étant plus ou moins imprégnée par le philosophisme,
la portion la plus humble demeurant catholique et loyale envers le régime,
la crise aux aspects multiples des années quatre vingt fit entrer
en contact les deux groupes en cause en changeant de milieu, les idées
souvent changent de sens. De même qu'elles avaient changé
en passant des salons plus aristocratiques aux sociétés
de pensée plus bourgeoises, voici qu'elles atteignent maintenant
des couches sociales de plus en plus larges. A la veille de 1789, on assiste
à une vulgarisation parfois grinçante de la pensée
bourgeoise. Il en résulte un changement de sens encore plus accusé
" C'est que la littérature avait passé d'une classe
à une autre et était descendue d'une oligarchie dans les
masses populaires. En général, le peuple ne comprend rien
à toutes les finasseries littéraires. Quand on lui parle
de fabriquer avec les entrailles du prêtre un cordon pour le dernier
des rois, il comprend que Diderot a voulu apprendre aux gens éclairés
la nécessité d'étriper les curés et d'étrangler
les souverains, pour pouvoir assurer le bonheur des hommes " (G.
Sorel). Même si les idées n'ont point engendré la
Révolution, elles ont prétendu lui donner un sens, tant
à l'âge enthousiaste et utopique de 1789, que pour justifier
la Terreur.
En attendant, le public se repaît de libelles, de brochures et d'estampes
désacralisant, caricaturant et déshonorant la royauté.
C'est alors que s'intensifient les calomnies contre Louis XV - transformant
en harem oriental le pavillon où le Roi logeait ses maîtresses
occasionnelles - et ses favorites (Mme de Pompadour et Mme du Barry),
puis contre Marie-Antoinette. La Reine devint bientôt " l'Autrichienne
", celle qui complotait avec Vienne contre le royaume, celle qui
trompait le Roi avec M. de Fersen (il n'en existe pas la moindre preuve),
celle qui ruinait la France par ses caprices coûteux (le "
hameau " de Trianon coûta moins que telle " fabrique "
édifiée en un parc de financier), celle qui aurait encouragé
Louis XVI à sans cesse allonger la liste des grands pensionnés
de la Cour (jamais la Cour, maison du Roi, dépenses des Bâtiments
et pensions additionnées, n'atteignit six pour cent des dépenses
publiques).
A force de voir un homme en soutane et un noble seigneur écrasant
de leurs fins talons un pauvre paysan symbolisant le Tiers, nombre d'humbles
sujets du Roi finirent par se croire systématiquement humiliés
et ruinés ; oubliant ou ignorant que les prétentions du
tiers état étaient avant tout des revendications bourgeoises.
Une classe moyenne de bourgeois avisés - notables de petites villes,
robins et avocats sans causes, médecins ou chirurgiens de province
-, classe située au carrefour des sociétés de pensée
et des clubs, classe abondamment représentée parmi les députés
aux états généraux, sut à merveille ici appuyer
sur la chanterelle. C'est dans cette même classe que se recrutèrent
les habiles qui orchestrèrent les préparatifs de la Révolution
en 1788 et 1789. Ils étaient censés représenter les
voeux d'une ville ou d'une province ; or ils tinrent même langage,
ils rédigèrent ou diffusèrent les mêmes schémas
de doléances. Ils demandèrent presque ensemble le doublement
du Tiers, la convocation prématurée des États. Ils
contrôlèrent les cahiers de bailliage, usant du même
plan et des mêmes termes. Ils constituèrent la liaison entre
le philosophisme pré-révolutionnaire et la Révolution.
François Bluche ... Retour Plan
|
|