La philosophie des lumières: Les philosophes
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Le philosophe : l'honnête homme,
l'agent secret,
l'influence sur la société
Plan
Qui sont les philosophes : éloge du philosophe par Diderot, un homme à la recherche de la raison et de la sociabilité
Leurs petits secrets Voltaire espion feint de quitter la France persécuté après l'interdiction de sa pièce La Mort de César et par espionner le roi de Prusse et Mirabeau part en mission officieuse en Prusse pour le compte de Talleyrand et de Calonne surintendant des finances
L'influence des philosophes sur la révolution, par l'intermédiaire des sociétés de pensée. ...
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Le philosophe selon Diderot, 1751
Il n'y a rien qui coûte moins à acquérir aujourd'hui que le nom de philosophe : une vie obscure et retirée, quelques dehors de sagesse, avec
un peu de lecture, suffisent pour attirer ce nom à des personnes qui s'en honorent sans le mériter.
D'autres en qui la liberté de penser tient lieu de raisonnement, se regardent comme les seuls véritables philosophes, parce qu'ils ont osé renverser les bornes sacrées posées par la religion, [...] Fiers de s'être défaits des préjugés de l'éducation, en matière de religion, ils regardent avec mépris les autres comme des âmes faibles, [...] qui n'osant sortir un instant du cercle des vérités établies, ni marcher dans des routes nouvelles, s'endorment sous le joug de la superstition.
Mais on doit avoir une idée plus juste du philosophe et voici le caractère que nous lui donnons.
Les autres hommes sont déterminés à agir sans sentir, ni connaître les causes qui le font mouvoir, sans même songer qu'il y en ait.
Le philosophe au contraire, démêle les causes autant qu'il est en lui, et souvent même les prévient, et se livre à elles avec connaissance; c'est une horloge qui se monte, pour ainsi dire, quelques fois elle-même. [...] La raison est à l'égard du philosophe, ce que la grâce est à l'égard du chrétien. La grâce détermine le chrétien à agir; la raison détermine le philosophe.
Les autres hommes sont emportés par leurs passions, sans que les actions qu'ils font soient précédées de la réflexion : ce sont des hommes qui marchent dans les ténèbres ; au lieu que le philosophe dans ses passions mêmes, n'agit qu'après réflexion ; il marche la nuit, mais il est précédé d'un flambeau.[...]
La vérité n'est pas pour le philosophe une maîtresse qui corrompe son imagination, [...] Il ne la confond point avec la vraisemblance ; il prend pour vrai ce qui est vrai, pour faux ce qui est faux, pour douteux ce qui est douteux, et pour vraisemblable ce qui n'est que vraisemblable. Il fait plus, et c'est une grande perfection du philosophe, c'est que lorsqu'il n'a point de motif propre pour juger, il sait demeurer indéterminé. [...] L'esprit philosophique est donc un esprit d'observation et de justesse, qui rapporte tout à ses véritables principes ; mais ce n'est pas l'esprit seul que le philosophe cultive, il porte plus loin son attention et ses soins.[...] la raison exige de lui qu'il connoisse, qu'il étudie, et qu'il travaille à acquérir les qualités sociables.
Notre philosophe ne se croit pas en exil dans ce monde; il ne croit point être en pays ennemi ; il veut jouir en sage économe des biens que la nature lui offre ; il veut trouver du plaisir avec les autres ; et pour en trouver, il en faut faire : [...] c'est un honnête homme qui veut plaire et se rendre utile. [...] notre philosophe qui sait se partager entre la retraite et le commerce des hommes, est plein d'humanité.
Les sentiments de probité entrent autant dans la constitution mécanique du philosophe, que les lumières de l'esprit. Plus vous trouverez de raison dans un homme, plus vous trouverez en lui de probité. Au contraire où règne le fanatisme et la superstition, règnent les passions et l'emportement. Le tempérament du philosophe, c'est d'agir par esprit d'ordre ou par raison ; comme il aime extrêmement la société, il lui importe bien plus qu'au reste des hommes de disposer tous ses ressorts à ne produire que des effets conformes à l'idée d'honnête homme. [...]
Le philosophe est donc un honnête homme qui agit en tout par raison, et qui joint à un esprit de réflexion et de justesse les moeurs et les qualités sociables. Entez un souverain sur un philosophe d'une telle trempe, et vous aurez un parfait souverain...
Diderot, article « Philosophe » dans Encyclopédie ou dictionnaire raisonnédes sciences, des arts et métiers, tome 12, 1765.
Isabelle Dumielle, Ces Textes qui ont marqué l'Histoire de France, Sous la direction de Claude Quétel, Bordas, 2006 pp 226-29 ... Retour Plan

Voltaire espion
Lettre de Voltaire à Amelot de Chaillou, le 1er août 1743.
(Les parties chiffrées sont notées ici en italique.)
À La Haye ce premier août 1743 Monseigneur,
Le 21 du mois passé je dépêchai un courrier jusqu'à Lille avec un paquet qu'il devait rendre à M" e Denis, ma nièce, femme du commissaire des guerres. Il y avait dans ce paquet une lettre à M. le comte de Maurepas pour être mise sur le champ à la poste et sous l'enveloppe de M. de Maurepas une lettre pour vous de six pages dans laquelle, entre plusieurs particularités, j'avais l'honneur de vous parler de la petite découverte suivante. Le roi de Prusse fait négocier secrètement un emprunt de 400 000 florins à Amsterdam à 3 1/2 pour cent. je conclus que son trésor n'est pas aussi considérable qu'on le dit, ou qu'il veut emprunter à petit intérêt pour rembourser des sommes qui en portent un plus grand. Je vous demandais la permission de me servir de cette connaissance pour démêler si dans l'occasion il voudrait recevoir des subsides, et pensais proposer une manière d'affamer les armées ennemies, [...] Je tâcherai défaire fermenter ce petit levain. Je peux vous assurer que le fonds des sentiments du r[oi] de Prusse est tel qu'il a été observé dans l'année où il écrivit la lettre ci-jointe dont j'ai l'honneur de vous envoyer copie authentique. Je compte toujours lui faire ma cour à Aix-la-Chapelle vers le 18' du mois. Si vous avez quelques ordres à me donner je les exécuterai avec l'empressement d'un homme qui connaît le prix de votre estime, et qui n'ambitionne que l'honneur de vous servir. Je suis avec un profond respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur xxx. MAE, CP Hollande.
Mémoires du monde, cinq siècles d'histoires inédites et secrètes au quai d'Orsay
, éditions Sophie de Sirvy, L'iconoclaste, Paris, 2001 p 113 ... Retour Plan

Mirabeau en mission officieuse
Mémoire de Mirabeau, le 2 juin 1786. Sur la situation actuelle de l'Europe.
Le roi de Prusse va mourir; il est peut-être mort au moment où j'écris. Il est impossible qu'il vive encore deux mois. Avec lui tombera la clef qui resserrait la voûte politique de l'Europe. Tout annonce la guerre. L'empereur s'est engagé d'amour propre et très récemment encore à tâter le nouveau roi de Prusse aussitôt son avènement au trône. Tâter, c'est son mot. Faire cesser la criante usurpation de qui a ravi la Silésie à l'auguste maison d'Autriche, c'est le
cri de ralliement de tous ses écrivains; l'empereur a peu d'argent, mais 400 000 soldats, quelques officiers et le fatal pouvoir d'engloutir jusqu'au dernier de ses sujets dans l'abîme de la guerre. Tous ses engagements publics et secrets avec l'impératrice de Russie, tendent à réaliser et cimenter le système oriental, devenu la passion de Catherine II, le salut, l'espoir et l'asile de Potemkine. L'empereur n'abandonnera jamais ce système que pour l'invasion de l'Italie qui nous serait encore plus funeste que le démembrement de la Turquie européenne ou pour le bouleversement de l'Allemagne qui ruinerait tout équilibre en Europe. Quelque plan qu'il choisisse, sa turbulence naturelle, ses projets gigantesques appellent la confusion, le trouble, la discorde; c'est son élément.
MAE, MD France. Mémoires du monde, cinq siècles d'histoires inédites et secrètes au quai d'Orsay, éditions Sophie de Sirvy, L'iconoclaste, Paris, 2001 p 135 ... Retour Plan

Les sociétés de pensée et la bourgeoisie, intermédiaires entre philosophie des lumières et révolution

L'âge d'or des sociétés de pensée
Les sociétés de pensée apparaissent en France dans la première moitié du XVIIIe siècle, se multiplient depuis 1750, foisonnent à compter de 1770. Du Club de l'Entresol, réunion économique et politique du début du siècle, à la Société des amis des Noirs à la veille de la Révolution, des centaines de ces sociétés - parfois éphémères - ont fleuri : loges maçonniques, clubs, sociétés littéraires, académies, sociétés d'agriculture, groupements multiformes rarement concurrents, acceptant la multiple appartenance. Dans un pays de censure, ces associations relayaient l'influence du livre, remplaçaient les partis politiques inexistants et les réunions publiques.
La société de pensée est un groupement libre, indépendant de la profession et de la condition sociale des adhérents. Ceux qui en font partie se proposent de réaliser l'idéal de Rousseau : la vraie démocratie serait-elle point une société de libres philosophes ? C'est un élément d'unité, comme l'était aussi le culte de la raison et la croyance dans le progrès humain.
A l'origine, les sociétés de pensée, ne prétendant pas agir sur le gouvernement et ne présentant aucun but politique concret, n'avaient pas de raison d'inquiéter le pouvoir. Ce n'était plus le cas à la fin du siècle. Dans les dix ans qui ont précédé 1789, du mouvement philosophique est issu un parti " national ", animé par quelques sociétés actives et dépassant le stade de l'opinion et de la simple discussion interne. C'est le cas de la Société des Trente où se rencontrent La Fayette et Mirabeau, Condorcet, Le Peletier de Saint-Fargeau, tous nobles, mais aussi de grands bourgeois et des hommes de loi. Elle s'est composé une doctrine inspirée de Montesquieu, de Rousseau et... de Condorcet. Elle tire argument de la révolution américaine. L'exemple des Insurgents lui semble prouver que le stade des discussions est dépassé, et qu'une société de pensée peut passer à l'action ; ce qu'elle fait en réclamant vivement la réunion d'états généraux et en formant une large partie du futur personnel révolutionnaire. Voilà l'achèvement d'une évolution idéologique, mais c'est un achèvement tardif.
Au contraire, pour là majorité des sociétés de pensée, rares avaient été les prises de position concrètes. On s'était moins préoccupé de s'opposer à la politique présente, que de former des cadres intellectuels par la méthode rationaliste. Peu soucieuses d'action, ces sociétés avaient fonctionné avec prudence. Elles ne prétendaient point renverser le régime, mais détruire les préjugés de leurs membres. Peu enclines à la politique, elles avaient surtout oeuvré dans le sens d'une mise en formule du philosophisme. Les sociétés de pensée étaient avant tout d'opinion, souhaitant " éclairer les citoyens ", hâter " le progrès des Lumières ", " intéresser les gens au bien public ", former un esprit public, donner à cette opinion publique de l'importance ; nous dirions en langage moderne : intéresser les Français à la politique, mais en partant de la formation d'une élite intellectuelle.
Par le biais de discussions rationnelles, nombre de ces sociétés préparent l'initiation démocratique de leurs membres. Il n'est pas question d'y faire entrer des humbles, " mais la noblesse et la bourgeoisie y sont vraiment sur le même pied " (D. Mornet). Vers 1780 c'est un fait acquis. S'il ne s'agit ici que de démocratie bourgeoise, l'éducation démocratique des adhérents est un souci constant. Les structures du groupement, son organisation y contribuent. A la base règne entre les membres une parfaite égalité. C'est là une nouveauté, qui paraît scandaleuse aux réactionnaires. C'est une conquête sociale de base. La société de pensée est le seul endroit où nobles et bourgeois sont tout à fait sur le même plan ; ce qui n'existe ni dans certains salons, ni à la Cour, ni à la Ville, ni dans les états provinciaux, ni dans l'armée, ni dans l'administration, ni dans les cours de justice, ni dans les confréries, ni dans les chapitres, ni dans les paroisses.
Les méthodes de la société de pensée sont aussi des méthodes démocratiques. Si l'on y compte cinquante membres, ce sont cinquante citoyens (qui ne sont plus des sujets comme les autres Français), citoyens égaux avec droits et devoirs ; et ces citoyens s'entraînent au vote. C'est la démocratie idéale. En fait, cinq ou six membres assidus et motivés donnent le ton aux cinquante, préparent les motions, les présentent au scrutin général quand il convient : la démocratie idéale s'est vite muée en démocratie concrète. ... Retour Plan

La part des loges
La franc-maçonnerie est alors la société de pensée par excellence. Elle l'est par ses principes, ses méthodes, son développement et son succès. Non seulement ses principes sont en harmonie avec les idées nouvelles - on pense surtout au déisme -, mais les principaux écrivains du siècle ont été liés à la maçonnerie. Si Voltaire n'a eu que des relations tardives avec l'ordre, Montesquieu fut un maçon de marque.
On trouve à Paris cinq ou six loges en 1737 ; on en rencontre vingt-deux dès 1743. En 1767 le gouvernement met l'interdit sur la grande loge de France, et il faut attendre 1773, date de l'installation du Grand Orient, pour que le mouvement maçon connaisse un nouvel essor. En 1789, le royaume compte environ sept cents loges.
Depuis 1773 il y a de plus en plus de grands seigneurs (de la Cour, de l'épée et de la magistrature) dans les loges, alors qu'elles avaient commencé dans les milieux bourgeois. En 1774, le Grand Orient admet les " loges d'adoption " réservées aux femmes.
Le rôle de la franc-maçonnerie au XVIIIe siècle a été fort discuté. Les Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme (1797) de l'abbé Barruel voyaient dans la Révolution le résultat d'un complot maçonnique antireligieux et anti-royal. Curieusement étaient dénoncés, comme agents subversifs, un royaliste, Voltaire, et un roi, Frédéric II. Personne ne soutient plus cette thèse extrême. Au reste, si la franc-maçonnerie a été, dès le XVIIIe siècle, condamnée à deux reprises par la papauté, elle n'était pas antireligieuse. Joseph de Maistre a été maçon.
Si nous éliminons la fausse thèse du complot, quelques points demeurent. Il est sùr que, par cumul, nombre de maçons figurèrent non seulement dans une loge, mais dans une ou plusieurs autres sociétés de pensée, ainsi que dans les clubs politiques de la fin de l'ancien régime. De part et d'autre, ils entendaient parler ou ils parlaient eux mêmes de liberté, de progrès, d'égalité et de fraternité, de développement des sciences et de libération de la pensée. De part et d'autre, on était volontiers déiste. De part et d'autre, on avait fini par réclamer des réformes politiques. Que les loges aient ajouté à cela des rites, un mystère et le brassage social des initiés, il n'importe. Société de pensée en même temps que force sociale, la franc-maçonnerie ne se distinguait guère des sociétés académiques, littéraires ou patriotiques de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Beaucoup de Français étaient maçons, comme de nos jours ils se seraient fait recevoir au Lion's ou au Rotary.
Cela dit, les loges ont accueilli avec faveur l'évolution des idées et la tournure des événements en 1789. Enfin, sur certains points précis, en particulier dans le comportement de la société militaire en 1789, l'action maçonnique a sûrement joué - fût-ce inconsciemment - un rôle non négligeable. Les loges militaires s'étaient multipliées durant la seconde moitié du siècle. Elles étaient ouvertes aux officiers ou soldats de tout grade, et il n'était pas rare de voir les dignités maçonniques être en contradiction avec la hiérarchie de l'armée. Ainsi un régiment, dont la loge avait pour principal dignitaire un lieutenant, ne pouvait-il, en cas de crise, obéir aussi bien à son colonel, qu'il l'eût fait habituellement. Si l'on songe à la carence de la force armée lors des premiers événements révolutionnaires, on comprendra l'importance de ce noyautage par les loges. ... Retour Plan

L'occasion favorable
Si la sensibilité française semblait à deux étages dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la partie instruite étant plus ou moins imprégnée par le philosophisme, la portion la plus humble demeurant catholique et loyale envers le régime, la crise aux aspects multiples des années quatre vingt fit entrer en contact les deux groupes en cause en changeant de milieu, les idées souvent changent de sens. De même qu'elles avaient changé en passant des salons plus aristocratiques aux sociétés de pensée plus bourgeoises, voici qu'elles atteignent maintenant des couches sociales de plus en plus larges. A la veille de 1789, on assiste à une vulgarisation parfois grinçante de la pensée bourgeoise. Il en résulte un changement de sens encore plus accusé " C'est que la littérature avait passé d'une classe à une autre et était descendue d'une oligarchie dans les masses populaires. En général, le peuple ne comprend rien à toutes les finasseries littéraires. Quand on lui parle de fabriquer avec les entrailles du prêtre un cordon pour le dernier des rois, il comprend que Diderot a voulu apprendre aux gens éclairés la nécessité d'étriper les curés et d'étrangler les souverains, pour pouvoir assurer le bonheur des hommes " (G. Sorel). Même si les idées n'ont point engendré la Révolution, elles ont prétendu lui donner un sens, tant à l'âge enthousiaste et utopique de 1789, que pour justifier la Terreur.
En attendant, le public se repaît de libelles, de brochures et d'estampes désacralisant, caricaturant et déshonorant la royauté. C'est alors que s'intensifient les calomnies contre Louis XV - transformant en harem oriental le pavillon où le Roi logeait ses maîtresses occasionnelles - et ses favorites (Mme de Pompadour et Mme du Barry), puis contre Marie-Antoinette. La Reine devint bientôt " l'Autrichienne ", celle qui complotait avec Vienne contre le royaume, celle qui trompait le Roi avec M. de Fersen (il n'en existe pas la moindre preuve), celle qui ruinait la France par ses caprices coûteux (le " hameau " de Trianon coûta moins que telle " fabrique " édifiée en un parc de financier), celle qui aurait encouragé Louis XVI à sans cesse allonger la liste des grands pensionnés de la Cour (jamais la Cour, maison du Roi, dépenses des Bâtiments et pensions additionnées, n'atteignit six pour cent des dépenses publiques).
A force de voir un homme en soutane et un noble seigneur écrasant de leurs fins talons un pauvre paysan symbolisant le Tiers, nombre d'humbles sujets du Roi finirent par se croire systématiquement humiliés et ruinés ; oubliant ou ignorant que les prétentions du tiers état étaient avant tout des revendications bourgeoises.
Une classe moyenne de bourgeois avisés - notables de petites villes, robins et avocats sans causes, médecins ou chirurgiens de province -, classe située au carrefour des sociétés de pensée et des clubs, classe abondamment représentée parmi les députés aux états généraux, sut à merveille ici appuyer sur la chanterelle. C'est dans cette même classe que se recrutèrent les habiles qui orchestrèrent les préparatifs de la Révolution en 1788 et 1789. Ils étaient censés représenter les voeux d'une ville ou d'une province ; or ils tinrent même langage, ils rédigèrent ou diffusèrent les mêmes schémas de doléances. Ils demandèrent presque ensemble le doublement du Tiers, la convocation prématurée des États. Ils contrôlèrent les cahiers de bailliage, usant du même plan et des mêmes termes. Ils constituèrent la liaison entre le philosophisme pré-révolutionnaire et la Révolution.
François Bluche ... Retour Plan