XIXe siècle : Pensée politique
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Libéraux, Marxistes, Anarchistes, Sociaux démocrates et Chrétiens sociaux
Le libéralisme
Adam Smith : Le libéralisme, l'addition des égoïsmes assure le bonheur commun.
J.S.Mill : Le gouvernement est moins efficace que l'action privée
Leroy beaulieu: Pour le maintien du libéralisme d'Etat
La supériorité des entreprises privées
Contre les réformes sociales

Les origines du socialisme
Marx: Révolution et dictature du prolétariat, contre le capitalisme inspiré par l'esprit juif.

L'anarchisme
Proudhon : une société réorganisée autour de la libre association des volontés particulières
L'anarchisme contre toute forme d'autorité et de gouvernement
Contre les juifs

La social démocratie
Bernstein : Le réformisme
Jaurès : participer aux gouvernements bourgeois pour faire avancer la révolution
Priorité de l'alliance avec les républicains libéraux et bourgeois contre les chrétiens sociaux sur les luttes en faveur des réformes sociales.
Le choix tactique du soutien à Dreyfus
Particper au gouvernement pour faire avancer des réformes
Se libérer des dogmes pour faire progresser toute l'humanité vers la lumière
Le droit au travail justifie la propriété collective des moyens de production et la révolution est le début du communisme

Le christianisme social
Rerum Novarum, encyclique de Léon XIII, 15 mai 1891
Un programme de réformes politiques et sociales
" Le vrai régime démocratique est celui du gouvernement par le peuple organisé. "
Il repose sur L'organisation professionnelle où Les syndicats ont pour objectif la détermination de toutes les conditions du contrat de travail
La législation sociale complète l'action syndicale
Maurras critique le libéralisme et la loi Le Chapelier

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Le libéralisme

Adam Smith : Le libéralisme, l'addition des égoïsmes assure le bonheur commun.
Donnez-moi ce dont j'ai besoin et vous aurez de moi ce dont vous avez besoin vous-même ; la plus grande partie de ces bons offices qui nous sont si nécessaires s'obtient de cette façon. Ce n'est pas de la bienveillance du bou-cher, du marchand de bière ou du boulanger, que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu'ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur hu-manité, mais à leur égoïsme ; et ce n'est pas de nos be-soins que nous leur parlons, c'est toujours de leur avantage.
A. Smith (économiste anglais), Recherche sur la nation et les causes de la richesse des nations, 1776. Haut de page

J.S.Mill : Le gouvernement est moins efficace que l'action privée
Nous avons observé qu'en règle générale les affaires étaient mieux faites lorsque ceux qui y étaient le plus di-rectement intéressés avaient la faculté d'agir librement sans être contrôlés par la loi ou par l'intervention d'aucun fonctionnaire public. Les personnes ou quelques-unes des personnes qui exercent une profession sont meilleures juges que le gouvernement des moyens d'at-teindre le but auquel elles tendent.
J. S. Mill (économiste anglais), Principes d'économie politique, 1848 Haut de page

LEROY BEAULIEU : Pour le maintien du libéralisme d'Etat
Présentation par Pierre Benazet

Le livre de Leroy Beaulieu, qui se présente sous la forme d'un virulent pamphlet, concerne l'Etat moderne, - c'est-à-dire le gouvernement représentatif avec les dirigeants désignés par une majorité parlementaire-, auquel il assigne trois missions seulement
1) Garantir la sécurité, sécurité collective de la nation tout entière et sécurité de l'individu et de ses droits
2) Dire le droit, car il s'agit de " reconnaître le droit " et non de le créer, le législateur ne crée pas le droit, il l'enregistre, le met en ordre, en règle l'exercice.
3) L'État a enfin une fonction de conservation : il doit transmettre le patrimoine national aux généra-tionsfutures, conserver les forêts, protéger les richesses naturelles, régulariser les cours d'eau. A ces fonctions s'ajou-te un devoir particulier, la colonisation, grande mission des grands Etats occidentaux.
Pour Leroy Beaulieu, la tendance du Mal démocratique est de se mêler de tout, de façon irresponsable et avec surtout une incompétence dangereuse pour les citoyens. L'État ne vaudra jamais l'action des particuliers, car par nature, l'Etat bou-limique, insatiable, irresponsable, brouillon et autoritaire, engendre une bureaucratie tentaculaire et surtout inefficace. Haut de page
Texte : la supériorité des entreprises
Les entreprises privées en fonction de la flexibilité dont elles jouissent , de la rapidité aux adapta-tions successives, de la part plus grande qu'elles font à l'intérêt personnel, à l'innovation, de leurs responsa-bilités mieux définies à l'égard de leur clientèle, de la concurrence aussi qu'elles subissent et qui les stimu-le, doivent être préférées à l'Etat pour tous les services qui sont susceptibles d'être défrayés par elles.
(...) Ce système mégalomane tend à faire de l'Etat le moteur des progrès humains....
L'État étant un organisme d'autorité qui use ou menace de contrainte, toutes les fois que l'on peut parve-nir à des résultats à peu près équivalents par la voie de la liberté, cette dernière doit avoir sa préférence.
L'Etat n'est pas tenu de procurer le bonheur universel.
L'Etat moderne ressemble au taureau dans l'arène, quand on lui présente une bannière aux couleurs brillantes, il se précipite sur elle et ne voit rien ni à côté, ni au-delà. Il ne s'aperçoit en outre que très tardi. vement de ses fautes, et comme il a autant d'amour-propre que d'entêtement, il ne sait jamais les réparer.
Paul Leroy Beaulieu, L'Etat moderne et ses fonctions 1889. Pierre Benazet, Anthologie de la pensée politique dans le monde, pp 973-974 Haut de page
Contre les réformes sociales
9 juillet 1904. (...) Le projet d'assurances obligatoires pour la retraite, affaiblit la responsabilité humai ne et détourne des professions comportant l'initiative et l'indépendance. Il fait partie de tout ce système d'automatisme social qu'il prétend substituer à la responsabilité individuelle.
1908 (à propos de l'impôt progressif sur le revenu). (...) C'est abominable, c'est scandaleux. C'est du vol, de la piraterie... C'est le germe effroyable de la révolution sociale : le virus qui chemine dans l'orga. nisme et finit par le détruire.
Paul Leroy Beaulieu, Revue : L'Economiste français. Pierre Benazet, Anthologie de la pensée politique dans le monde, pp 974 Haut de page

Les origines du socialisme

MARX: Révolution et dictature du prolétariat
Le but immédiat des communistes est le même que celui de tous les partis ou-vriers : constitution des prolétaires en classe, renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique par le prolétariat. Le prolétariat se ser-vira de la suprématie politique pour arracher peu à peu tout le capital à la bour-geoisie, pour centraliser tous les moyens de production entre les mains de l'État... Les communistes proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de l'ordre social passé. Puissent les classes diri-geantes trembler à l'idée d'une révolution communiste. Les prolétaires de tous les pays n'ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous.
Karl Marx, Extrait du Manifeste du parti communiste, 1848.

Ce n'est pas à moi que revient le mérite d'avoir découvert ni l'existence des classes dans la société moderne, ni leur lutte entre elles. [...] Ce que je fis de nou-veau, ce fut : 1. de démontrer que l'existence des classes n'est liée qu'à des phases déterminées du développement historique de la production ; 2. que la lutte des classes conduit nécessairement à la dictature du prolétariat ; 3. que cette dictature ne constitue que la transition vers une société sans classes.
Lettre de K. Marx à joseph Weidemeyer (1852). Haut de page

L'anarchisme

PROUDHON : une société réorganisée autour de la libre association des volontés particulières

(...) L'idée capitale décisive, de cette Révolution, n'est-elle pas, en effet: plus d'autorité, ni dans l'Eg!ise ni dans l'Etat, ni dans la terre, ni dans l'argent ? Or, plus d'autorité, cela veut dire qu'on n'a jamais vu, ce qu'on n'a jamais compris, accord de l'intérêt de chacun avec l'intérêt de tous, identité de la souveraineté collective et de la souveraineté individuelle.
(...) Plus d'autorité ! c'est-à-dire encore le contrat libre à la place de la loi absolutiste ; la transaction volontaire au lieu de l'arbitrage de l'Etat ; la justice équitable et réciproque, au lieu de la justice souveraine et distributive ; la morale rationnelle, au lieu de la morale révélée ; l'équilibre des forces, substitué à l'équi-libre des pouvoirs ; l'unité économique à la place de la centralisation politique. Encore une fois, n'est-ce point là ce que j'oserai appeler une conversion complète, un tour sur soi-même, une Révolution ?
6e Etude.
(...) Pour que je reste libre, que je ne subisse d'autre loi que la mienne, et que je me gouverne moi-même, il faut renoncer à l'autorité du suffrage, dire adieu au vote comme à la représentation à la monarchie. Il faut supprimer, en un mot, tout ce qui reste de divin dans le gouvernement de la société, et rebâtir l'édifice sur
l'idée humaine du Contrat.
(...) Le régime des contrats, substitué au régime des lois, constituerait le vrai gouvernement de l'homme et du citoyen, la vraie souveraineté du peuple, la République.
Ce que nous mettons à la place des lois, ce sont les contrats. Point de lois votées ni à la majorité
ni à l'unanimité ; chaque citoyen, chaque commune ou corporation fait la sienne.
Ce que nous mettons à la place des pouvoirs politiques, ce sont les forces économiques.
Ce que nous mettons à la place des anciennes classes de citoyen, noblesse et roture, bourgeoisie et pro-létariat, ce sont les catégories et spécialités de fonctions, Agriculture, Industrie, Commerce, etc
Ce que nous mettons à la place de la force publique, c'est la force collective.
Ce que nous mettons à la place des armées permanentes, ce sont les compagnies industrielles. Ce que nous mettons à la place de la police, c'est l'identité des intérêts.
Ce que nous mettons à la place de la centralisation politique, c'est la centralisation économique. Contre l'uniformisation étatique et administrative
L'apercevez-vous maintenant, cet ordre sans fonctionnaires, cette unité profonde toute intellectuelle? Eh! vous n'avez jamais su ce que c'est que l'unité, vous qui ne pouvez la concevoir qu'avec un attelage de légis-lateurs, de préfets, de procureurs généraux, de douaniers, de gendarmes! Ce que vous appelez unité et cen-tralisation, n'est autre chose que le chaos éternel, servant de base à un arbitraire sans fin ; c'est l'anarchie des forces sociales prise pour argument du despotisme, qui, sans cette anarchie, n'existerait pas. (...) Pour quiconque observe de près le mouvement de la civilisation, le progrès apparaît comme une immense chaîne dialectique.
PROUDHON, Idée générale de la révolution au XIXe siècle 1851, Pierre Benazet, Anthologie de la pensée politique dans le monde, pp 848-49 Haut de page

PROUDHON L'anarchisme contre toute forme d'autorité et de gouvernement
Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni titre, ni la science, ni la vertu... Être gouverné, c'est être à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est sous prétexte d'utilité publique et au nom de l'intérêt général être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre réclamation, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale ! Et qu'il y a parmi nous des démocrates qui prétendent que le gouvernement a du bon ; des socialistes qui soutiennent, au nom de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, cette ignominie ; des prolétaires qui posent leur candidature à la présidence la République ! Pierre Joseph Proudhon, "Idée générale de la révolution au XIXe siècle" 1851 Haut de page


PROUDHON contre les juifs

Juifs. Faire un article contre cette race, qui envenime tout, en se fourrant partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple. Demander son expulsion de France, à l'exception des individus mariés avec des Françaises; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l'abolition de ce culte. Ce n'est pas pour rien que les chrétiens les ont appelés déicides. Le Juif est l'ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l'exterminer. (...) Par le fer ou par le feu, ou par l'expulsion, il faut que le Juif disparaisse... Tolérer les vieillards qui n'engendrent plus. (...) Ce que les peuples du Moyen âge haïssaient d'instinct, je le hais avec réflexion et irrévocablement. La haine du Juif comme de l'Anglais doit être le premier article de notre foi politique.
Proudhon, Carnets, 26 décembre 1847. Haut de page


La social démocratie

Le réformisme de Bernstein
La social-démocratie [...] n'est nulle-ment enthousiasmée par l'idée d'une révolution violente dirigée contre la totalité du monde non-prolétarien […] Il ne s'agit en aucune façon d'une expropriation générale, simultanée et violente, mais d'un remplacement graduel au moyen de l'organisation et par la loi. [...] Actuellement la social--démocratie est un parti de réformes démocratiques et socialistes.
E. Bernstein, Socialisme théorique et social- démocratie pratique, Stock, 1900. Haut de page

JAURES : participer aux gouvernements bourgeois pour faire avancer la révolution
Priorité de l'alliance avec les républicains libéraux et bourgeois contre les chrétiens sociaux sur les luttes en faveur des réformes sociales.
Au nom de la lutte des classes, nous pouvons nous reconnaître entre nous pour les directions géné-rales de la bataille à livrer. […] Dans chaque cas parti-culier, il faudra que vous examiniez l'intérêt particulier du prolétariat. La société d'aujourd'hui est divisée entre capitalistes et prolétaires. Mais en même temps, elle est menacée par le retour offensif de toutes les forces du passé, de la barbarie féodale, de la toute-puissance de l'Eglise. Et quand la liberté républicaine est en jeu, quand la liberté de conscience est menacée, quand les vieux préjugés qui ressuscitent les haines de races et les atroces querelles religieuses des siècles passés, paraissent renaître, c'est le devoir du prolétariat socialiste de marcher avec celle des fractions bourgeoises qui ne veut pas revenir en arrière.
Le choix tactique du soutien à Dreyfus
Il y a des heures où il est de l'intérêt du prolétariat d'empêcher une trop violente dégradation intel-lectuelle et morale de la bourgeoisie elle-même. Voilà pourquoi lorsque, à propos d'un crime militaire, une petite minorité bourgeoise, contre l'ensemble de toutes les forces du mensonge déchaînées, a essayé de crier justice et de faire entendre la vérité, c'était le devoir du prolétariat de ne pas rester neutre, d'aller du côté où la vérité souffrait, où l'humanité criait. […] C'est parce que prolétariat a joué un rôle décisif dans ce grand drame social que la participation directe d'un socialiste (Alexandre Millerand) à un ministère bour-geois a été rendue possible, signe éclatant de la croissance, de la puissance du Parti socialiste. […] Est-il juste, est-il sage, est-il conforme au principe, qu'un socialiste participe au gouvernement de la bourgeoisie
Nous savons très bien que la société capitaliste est la terre de l'iniquité et que nous ne sortirons de l'ini-quité qu'en sortant du capitalisme. Mais nous savons aussi qu'il y a ( pour nous ) des ennemis plus forcenés dans la société ( que les bourgeois, les réactionnaires et les chrétiens sociaux ) Lorsque nous soutenons un ministère, ce n'est pas pour ce ministère, c'est contre les autres plus mauvais qui voudraient le remplacer.
L'heure viendra où le Parti socialiste unifié, organisé, donnera l'ordre à l'un des siens, ou à plusieurs des siens, d'aller s'asseoir dans les gouvernements de la bourgeoisie pour contrôler le mécanisme de la société bourgeoise, pour collaborer le plus possible aux oeuvres de réforme. A mesure que grandit le pouvoir du parti socialiste, grandit sa responsabilité. Mais de cette responsabilité, nous n'avons pas peur. Pour faire oeuvre de réforme et, dans la réforme, oeuvre commerçante de révolution.
JAURES Discours à l'hippodrome de Lille le 26 novembre 1900
Pierre Benazet, Anthologie de la pensée politique dans le monde, p 1085. Haut de page

JAURES : Se libérer des dogmes pour faire progresser toute l'humanité vers la lumière

Tome I : (...) Il ne peut y avoir de révolution que là où il y a conscience. (...) Toute grande révolution sociale procède à la fois d'une lente préparation ou évolution économique et d'une intervention décisive de la classe opprimée, lorsque cette évolution économique est assez avancée pour permettre une intervention efficacement révolutionnaire.
Tome II : (...) Pour la première fois depuis l'origine de l'histoire, c'est l'humanité tout entière, en tous ses indi-vidus, en tous ses atomes, qui est aujourd'hui appelée à la propriété et à la liberté, à la lumière et à la joie. La per-sonne humaine n'affirme plus seulement sa dignité, sa grandeur en quelques exemplaires de choix ou en quelques classes de privilège: elle l'affirme en tous ses individus. Quelle que soit l'être de chair et de sang qui vient à la vie, s'il a figure d'homme il porte en lui le droit humain, la puissance humaine ; il pourra penser sans relever d'aucun dogme. (...) Ainsi, par le socialisme, l'idéal humain n'est plus le rayon qui touche seulement les cimes ou qui n'ef-fleure que les surfaces... Pour la première fois, c'est bien l'humanité qui dominera les choses. La terre aura été vraiment conquise par l'esprit de liberté.
JAURES : Etudes socialistes 1901. Pierre Benazet, Anthologie de la pensée politique dans le monde, p 1086. Haut de page

JAURES : Le droit au travail justifie la propriété collective des moyens de production et la révolution est le début du communisme

Tout individu humain a droit à l'entière croissance. Il a donc le droit d'éxiger de l'humanité tout ce qui peut seconder son effort, il a le droit de travailler, de produire, de créer, sans qu'aucune catégorie d'hommes soumette son travail à une usure et à un joug. Et comme la communauté ne peut assurer le droit de l'indi-vidu qu'en mettant à sa disposition les moyens de produire, il faut que la communauté elle-même soit inves-tie, sur ces moyens de produire, d'un droit souverain de propriété.
(...) La vie n'abolit point le passé: elle se le soumet. La Révolution n'est pas une rupture, c'est une conquê-te. Et quand le prolétariat aura fait cette conquête, quand le communisme aura été institué, tout l'effort humain accumulé pendant des siècles formera comme une nature bienveillante et riche, accueillant dès leur naissance toutes les personnes humaines, et leur assurant l'entier développement. Ainsi, jusque dans le droit révolutionnaire bourgeois, dans la Déclaration des Droits de l'Homme et des droits de la vie, il y a une raci-ne de communisme. Mais cette logique interne de l'idée de droit et d'humanité serait restée inefficace et dormante sans la vigoureuse action extérieure du prolétariat.
(...) Ainsi, par l'action des prolétaires , le communisme cesse d'être une vague spéculation philosophique pour devenir un pari, une force vivante. Ainsi, le socialisme surgit de la Révolution française sous l'action
JAURES, Article dans "La Petite République": "Le socialisme et la vie". le 7 septembre 1901
Pierre Benazet, Anthologie de la pensée politique dans le monde, p 1086. Haut de page

Le christianisme social

Rerum Novarum, encyclique de Léon XIII, 15 mai 1891

L'industrie s'est développée et ses méthodes se sont complètement renouvelées. Les rapports entre patrons et ouvriers se sont modifiés. La richesse a afflué entre les mains d'un petit nombre et la multitude a été laissée dans l'indigence. Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes, qui étaient pour eux une protection. ( ) Les travailleurs isolés et sans défense se sont vus, avec le temps, livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d'une concurrence effrénée (... ). A tout cela, il faut ajouter la concentration, entre les mains de quelques-uns, de l'industrie et du commerce, devenus le partage d'un petit nombre de riches et d'opulents, qui imposent ainsi un joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires.
Les socialistes, pour guérir ce mal, poussent à la haine jalouse des pauvres contre ceux qui possèdent. Ils prétendent que toute propriété de biens privés doit être supprimée, que les biens d'un chacun doivent être communs à tous, et que leur administration doit revenir aux municipalités ou à l'État. Moyennent ce transfert des propriétés et cette égale répartition entre les citoyens des richesses et de leurs avantages, ils se flattent de porter un remède efficace aux maux présents. Mais pareille théorie, loin d'être capable de mettre fin au conflit, ferait tort à l'ouvrier si elle était mise en pratique. D'ailleurs, elle est souverainement injuste, en ce qu'elle viole les droits légitimes des propriétaires, qu'elle dénature les fonctions de l'État, et tend à bouleverser de fond en comble l'édifice social. (...)
Quant aux riches et aux patrons, ils ne doivent point traiter l'ouvrier en esclave ; il est juste qu'ils représentent en lui la dignité de l'homme, relevée encore par celle du chrétien. Le travail du corps, loin d'être un sujet de honte, fait honneur à l'homme, parce qu'il lui fournit un noble moyen de sustenter sa vie. Ce qui est honteux et inhumain, c'est d'user de l'homme comme d'un vil instrument de lucre, de ne l'estimer qu'en proportion de la vigueur de ses bras. (...)
Mais, parmi les devoirs principaux du patron, il faut mettre au premier rang celui de donner à chacun le salaire qui convient. (...) Chez l'ouvrier pareillement, il est des intérêts nombreux qui réclament la protection de l'État. Vient en première ligne ce qui regarde le bien de son âme. […] C'est de là que découle la nécessité du repos et de la cessation du travail aux jours du Seigneur. […]
On prétend que le salaire, une fois librement consenti de part et d'autre, le patron en le payant remplit tous ses engagements et n'est plus tenu à rien. […] Que le patron et l'ouvrier fassent donc tant et de telles conventions qu'il leur plaira, qu'ils tombent d'accord notamment sur le chiffre du salaire. Au-dessus de leur libre volonté, il est une loi de justice naturelle plus élevée et plus ancienne, à savoir que le salaire ne doit pas être insuffisant à faire subsister l'ouvrier sobre et honnête.
Vu surtout la variété des circonstances des temps et des lieux. Il sera donc préférable [de ] réserver [ la ] solution [ du problème des salaires ]aux corporations ou syndicats
En dernier lieu, [ il faut favoriser ] les sociétés de secours mutuels […] Il faut encore pourvoir d'une manière toute spéciale à ce qu'en aucun temps l'ouvrier ne manque de travail, et qu'il y ait un fonds de réserve destiné à faire face, non seulement aux accidents soudains et fortuits inséparables du travail industriel, mais encore à la maladie, à la vieillesse et aux coups de la mauvaise fortune..
Rerum Novarum, Encyclique du Pape Léon XIII, 1891(extraits) Haut de page

Le christianisme social : un programme de réformes politiques et sociales

La Démocratie chrétienne veut cependant être un mouvement politique " Il est impossible, déclare, en septembre 1896, la revue qui porte son nom et que dirige l'abbé Six, que les revendications sociales ne se mêlent pas aux actions politiques et l'émancipation économique ne peut aller sans une émancipation politique ".
En vue de celle-ci, elle insère, en tête de chacun de ses fascicules, un programme très précis, fort suggestif dans ses anticipations.
" Le vrai régime démocratique est celui du gouvernement par le peuple organisé. " Il implique politiquement
- La représentation nationale et proportionnelle des intérêts professionnels.
- La décentralisation, avec liberté des communes dans la gérance du budget, l'administration des écoles, des bureaux de bienfaisance, des hospi-ces et hôpitaux, de l'assistance médicale.
- L'autonomie des provinces ou régions administrées par des chambres élues et jouissant de leurs institutions propres, dans l'unité du gouvernement national.
- La représentation économique : Chambres régionales d'Agriculture, de Commerce, de Travail et des Professions libérales.

Il repose sur une infrastructure sociale, dont l'élément essentiel est - L'organisation professionnelle :
Syndicats professionnels dans toutes les branches du travail : grande industrie, métiers, agriculture, etc.
- Personnalité civile complète : droit de possession immobilière et mobilière pour les syndicats.
- Fédération locale, régionale et nationale des syndicats.
Les syndicats ont pour objectif toutes les questions professionnelles, et en particulier
- La fixation du contrat de travail et la détermination de toutes les conditions du contrat intéressant le capital et le travail
(le taux du salaire, la durée et les conditions du travail, l'admission et le renvoi des ouvriers, l'apprentissage et l'instruction professionnelle, la réglementation de la pro-duction)
- L'établissement d'institutions économiques ou professionnelles, Caisses de retraites, d'assurances et de crédit mutuel, gérées par les syndicats, conseils d'usines et comités permanents d'arbitrage, composés de délégués patrons et ouvriers.
La législation sociale complète l'action syndicale :
- minimum de salaire,
- repos du dimanche,
- maximum d'heures de travail,
- suppression du travail de nuit, sauf dans les usines à feu continu,
- pas de mères de famille dans les ateliers industriels et limitation du travail des jeunes filles,
- assurance obli-gatoire,
- législation internationale du travail,
- développement des sociétés coopératives de consommation et de production,
- participation aux bénéfi-ces,
- cessation de la liberté illimitée du commerce.
M Prélot, G Lescuyer, Histoire des idées politiques, 13e édition, Dalloz, 1997, p 632 Haut de page

Maurras critique la Loi Le Chapelier et le libéralisme
Dans l'ordre économique, la liberté-principe veut que la concurrence des libertés individuelles, d'où le bien doit sortir inévitablement, soit œuvre sacrée. Il n'y a qu'à laisser faire et à laisser passer. Toute intervention de l'Etat ou de la société mérite le nom d'attentat et presque de profanation. Le statut du travailleur doit donc être individuel. Autant par respect pour sa liberté propre que par vénération de la mécanique du monde, l'ouvrier doit respecter les injonctions du décret Le Chapelier et s'interdire sévèrement toute association, corporation, fédération, tout syndicat d'ordre professionnel, de nature à troubler le libre jeu de l'offre et de la demande, le libre échange du salaire et du travail. Tant pis si le marchand de travail est un millionnaire maître absolu du choix entre 10 000 ouvriers : liberté, liberté ! La liberté économique aboutit donc, par une déduction rapide, à la célèbre liberté de mourir de faim. J'oserais l'appeler une liberté négative, abstraite ; mieux : une liberté soustraite. Toute liberté réelle, toute liberté pratique, tout pouvoir libre et certain de conserver sa vie, de soutenir sa force, est refusé à l'ouvrier tant qu'on lui refuse la liberté d'association.
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