| Le
libéralisme
Adam Smith
: Le libéralisme, l'addition des égoïsmes assure le
bonheur commun.
Donnez-moi ce dont j'ai besoin et vous aurez de moi ce dont vous avez
besoin vous-même ; la plus grande partie de ces bons offices qui
nous sont si nécessaires s'obtient de cette façon. Ce n'est
pas de la bienveillance du bou-cher, du marchand de bière ou du
boulanger, que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu'ils
apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons
pas à leur hu-manité, mais à leur égoïsme
; et ce n'est pas de nos be-soins que nous leur parlons, c'est toujours
de leur avantage.
A. Smith (économiste anglais), Recherche sur la nation et les causes
de la richesse des nations, 1776. Haut de page
J.S.Mill : Le
gouvernement est moins efficace que l'action privée
Nous avons observé qu'en règle générale les
affaires étaient mieux faites lorsque ceux qui y étaient
le plus di-rectement intéressés avaient la faculté
d'agir librement sans être contrôlés par la loi ou
par l'intervention d'aucun fonctionnaire public. Les personnes ou quelques-unes
des personnes qui exercent une profession sont meilleures juges que le
gouvernement des moyens d'at-teindre le but auquel elles tendent.
J. S. Mill (économiste anglais), Principes d'économie politique,
1848 Haut de page
LEROY BEAULIEU
: Pour le maintien du libéralisme d'Etat
Présentation par Pierre Benazet
Le livre de Leroy Beaulieu, qui se présente sous la forme d'un
virulent pamphlet, concerne l'Etat moderne, - c'est-à-dire le gouvernement
représentatif avec les dirigeants désignés par une
majorité parlementaire-, auquel il assigne trois missions seulement
1) Garantir la sécurité, sécurité collective
de la nation tout entière et sécurité de l'individu
et de ses droits
2) Dire le droit, car il s'agit de " reconnaître le droit "
et non de le créer, le législateur ne crée pas le
droit, il l'enregistre, le met en ordre, en règle l'exercice.
3) L'État a enfin une fonction de conservation : il doit transmettre
le patrimoine national aux généra-tionsfutures, conserver
les forêts, protéger les richesses naturelles, régulariser
les cours d'eau. A ces fonctions s'ajou-te un devoir particulier, la colonisation,
grande mission des grands Etats occidentaux.
Pour Leroy Beaulieu, la tendance du Mal démocratique est de se
mêler de tout, de façon irresponsable et avec surtout une
incompétence dangereuse pour les citoyens. L'État ne vaudra
jamais l'action des particuliers, car par nature, l'Etat bou-limique,
insatiable, irresponsable, brouillon et autoritaire, engendre une bureaucratie
tentaculaire et surtout inefficace. Haut de page
Texte : la supériorité
des entreprises
Les entreprises privées en fonction de la flexibilité dont
elles jouissent , de la rapidité aux adapta-tions successives,
de la part plus grande qu'elles font à l'intérêt personnel,
à l'innovation, de leurs responsa-bilités mieux définies
à l'égard de leur clientèle, de la concurrence aussi
qu'elles subissent et qui les stimu-le, doivent être préférées
à l'Etat pour tous les services qui sont susceptibles d'être
défrayés par elles.
(...) Ce système mégalomane tend à faire de l'Etat
le moteur des progrès humains....
L'État étant un organisme d'autorité qui use ou menace
de contrainte, toutes les fois que l'on peut parve-nir à des résultats
à peu près équivalents par la voie de la liberté,
cette dernière doit avoir sa préférence.
L'Etat n'est pas tenu de procurer le bonheur universel.
L'Etat moderne ressemble au taureau dans l'arène, quand on lui
présente une bannière aux couleurs brillantes, il se précipite
sur elle et ne voit rien ni à côté, ni au-delà.
Il ne s'aperçoit en outre que très tardi. vement de ses
fautes, et comme il a autant d'amour-propre que d'entêtement, il
ne sait jamais les réparer.
Paul Leroy Beaulieu, L'Etat moderne et ses fonctions 1889. Pierre Benazet,
Anthologie de la pensée politique dans le monde, pp 973-974 Haut
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Contre les réformes
sociales
9 juillet 1904. (...) Le projet d'assurances obligatoires pour la retraite,
affaiblit la responsabilité humai ne et détourne des professions
comportant l'initiative et l'indépendance. Il fait partie de tout
ce système d'automatisme social qu'il prétend substituer
à la responsabilité individuelle.
1908 (à propos de l'impôt progressif sur le revenu). (...)
C'est abominable, c'est scandaleux. C'est du vol, de la piraterie... C'est
le germe effroyable de la révolution sociale : le virus qui chemine
dans l'orga. nisme et finit par le détruire.
Paul Leroy Beaulieu, Revue : L'Economiste français. Pierre Benazet,
Anthologie de la pensée politique dans le monde, pp 974 Haut
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Les
origines du socialisme
MARX:
Révolution et dictature du prolétariat
Le but immédiat des communistes est le même que celui de
tous les partis ou-vriers : constitution des prolétaires en classe,
renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique
par le prolétariat. Le prolétariat se ser-vira de la suprématie
politique pour arracher peu à peu tout le capital à la bour-geoisie,
pour centraliser tous les moyens de production entre les mains de l'État...
Les communistes proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être
atteints que par le renversement violent de l'ordre social passé.
Puissent les classes diri-geantes trembler à l'idée d'une
révolution communiste. Les prolétaires de tous les pays
n'ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à
gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous.
Karl Marx, Extrait du Manifeste du parti communiste, 1848.
Ce n'est pas à moi que revient
le mérite d'avoir découvert ni l'existence des classes dans
la société moderne, ni leur lutte entre elles. [...] Ce
que je fis de nou-veau, ce fut : 1. de démontrer que l'existence
des classes n'est liée qu'à des phases déterminées
du développement historique de la production ; 2. que la lutte
des classes conduit nécessairement à la dictature du prolétariat
; 3. que cette dictature ne constitue que la transition vers une société
sans classes.
Lettre de K. Marx à joseph Weidemeyer (1852). Haut
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L'anarchisme
PROUDHON : une société
réorganisée autour de la libre association des volontés
particulières
(...) L'idée capitale décisive, de cette Révolution,
n'est-elle pas, en effet: plus d'autorité, ni dans l'Eg!ise ni
dans l'Etat, ni dans la terre, ni dans l'argent ? Or, plus d'autorité,
cela veut dire qu'on n'a jamais vu, ce qu'on n'a jamais compris, accord
de l'intérêt de chacun avec l'intérêt de tous,
identité de la souveraineté collective et de la souveraineté
individuelle.
(...) Plus d'autorité ! c'est-à-dire encore le contrat libre
à la place de la loi absolutiste ; la transaction volontaire au
lieu de l'arbitrage de l'Etat ; la justice équitable et réciproque,
au lieu de la justice souveraine et distributive ; la morale rationnelle,
au lieu de la morale révélée ; l'équilibre
des forces, substitué à l'équi-libre des pouvoirs
; l'unité économique à la place de la centralisation
politique. Encore une fois, n'est-ce point là ce que j'oserai appeler
une conversion complète, un tour sur soi-même, une Révolution
?
6e Etude.
(...) Pour que je reste libre, que je ne subisse d'autre loi que la mienne,
et que je me gouverne moi-même, il faut renoncer à l'autorité
du suffrage, dire adieu au vote comme à la représentation
à la monarchie. Il faut supprimer, en un mot, tout ce qui reste
de divin dans le gouvernement de la société, et rebâtir
l'édifice sur
l'idée humaine du Contrat.
(...) Le régime des contrats, substitué au régime
des lois, constituerait le vrai gouvernement de l'homme et du citoyen,
la vraie souveraineté du peuple, la République.
Ce que nous mettons à la place des lois, ce sont les contrats.
Point de lois votées ni à la majorité
ni à l'unanimité ; chaque citoyen, chaque commune ou corporation
fait la sienne.
Ce que nous mettons à la place des pouvoirs politiques, ce sont
les forces économiques.
Ce que nous mettons à la place des anciennes classes de citoyen,
noblesse et roture, bourgeoisie et pro-létariat, ce sont les catégories
et spécialités de fonctions, Agriculture, Industrie, Commerce,
etc
Ce que nous mettons à la place de la force publique, c'est la force
collective.
Ce que nous mettons à la place des armées permanentes, ce
sont les compagnies industrielles. Ce que nous mettons à la place
de la police, c'est l'identité des intérêts.
Ce que nous mettons à la place de la centralisation politique,
c'est la centralisation économique. Contre l'uniformisation étatique
et administrative
L'apercevez-vous maintenant, cet ordre sans fonctionnaires, cette unité
profonde toute intellectuelle? Eh! vous n'avez jamais su ce que c'est
que l'unité, vous qui ne pouvez la concevoir qu'avec un attelage
de légis-lateurs, de préfets, de procureurs généraux,
de douaniers, de gendarmes! Ce que vous appelez unité et cen-tralisation,
n'est autre chose que le chaos éternel, servant de base à
un arbitraire sans fin ; c'est l'anarchie des forces sociales prise pour
argument du despotisme, qui, sans cette anarchie, n'existerait pas. (...)
Pour quiconque observe de près le mouvement de la civilisation,
le progrès apparaît comme une immense chaîne dialectique.
PROUDHON, Idée générale de la révolution au
XIXe siècle 1851, Pierre Benazet, Anthologie de la pensée
politique dans le monde, pp 848-49 Haut de page
PROUDHON
L'anarchisme contre toute forme d'autorité et de gouvernement
Être gouverné, c'est être gardé à vue,
inspecté, espionné, dirigé, légiféré,
réglementé, parqué, endoctriné, prêché,
contrôlé, estimé, apprécié, censuré,
commandé, par des êtres qui n'ont ni titre, ni la science,
ni la vertu... Être gouverné, c'est être à chaque
transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré,
recensé, tarifé, timbré, toisé, coté,
cotisé, patenté, licencié, autorisé, admonesté,
empêché, réformé, redressé, corrigé.
C'est sous prétexte d'utilité publique et au nom de l'intérêt
général être mis à contribution, exercé,
rançonné, exploité, monopolisé, concussionné,
pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre
réclamation, au premier mot de plainte, réprimé,
amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé,
assommé, désarmé, garrotté, emprisonné,
fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté,
sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné,
outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement,
voilà sa justice, voilà sa morale ! Et qu'il y a parmi nous
des démocrates qui prétendent que le gouvernement a du bon
; des socialistes qui soutiennent, au nom de la liberté, de l'égalité
et de la fraternité, cette ignominie ; des prolétaires qui
posent leur candidature à la présidence la République
! Pierre Joseph Proudhon, "Idée générale de
la révolution au XIXe siècle" 1851 Haut
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PROUDHON contre les juifs
Juifs. Faire un article contre cette race, qui envenime tout, en se fourrant
partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple. Demander son expulsion
de France, à l'exception des individus mariés avec des Françaises;
abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre
enfin l'abolition de ce culte. Ce n'est pas pour rien que les chrétiens
les ont appelés déicides. Le Juif est l'ennemi du genre
humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l'exterminer. (...) Par
le fer ou par le feu, ou par l'expulsion, il faut que le Juif disparaisse...
Tolérer les vieillards qui n'engendrent plus. (...) Ce que les
peuples du Moyen âge haïssaient d'instinct, je le hais avec
réflexion et irrévocablement. La haine du Juif comme de
l'Anglais doit être le premier article de notre foi politique.
Proudhon, Carnets, 26 décembre 1847. Haut
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La social démocratie
Le
réformisme de Bernstein
La social-démocratie [...] n'est nulle-ment enthousiasmée
par l'idée d'une révolution violente dirigée contre
la totalité du monde non-prolétarien [
] Il ne s'agit
en aucune façon d'une expropriation générale, simultanée
et violente, mais d'un remplacement graduel au moyen de l'organisation
et par la loi. [...] Actuellement la social--démocratie est un
parti de réformes démocratiques et socialistes.
E. Bernstein, Socialisme théorique et social- démocratie
pratique, Stock, 1900. Haut de page
JAURES : participer
aux gouvernements bourgeois pour faire avancer la révolution
Priorité de l'alliance avec les républicains libéraux
et bourgeois contre les chrétiens sociaux sur les luttes en faveur
des réformes sociales.
Au nom de la lutte des classes, nous pouvons nous reconnaître entre
nous pour les directions géné-rales de la bataille à
livrer. [
] Dans chaque cas parti-culier, il faudra que vous examiniez
l'intérêt particulier du prolétariat. La société
d'aujourd'hui est divisée entre capitalistes et prolétaires.
Mais en même temps, elle est menacée par le retour offensif
de toutes les forces du passé, de la barbarie féodale, de
la toute-puissance de l'Eglise. Et quand la liberté républicaine
est en jeu, quand la liberté de conscience est menacée,
quand les vieux préjugés qui ressuscitent les haines de
races et les atroces querelles religieuses des siècles passés,
paraissent renaître, c'est le devoir du prolétariat socialiste
de marcher avec celle des fractions bourgeoises qui ne veut pas revenir
en arrière.
Le choix tactique du soutien à Dreyfus
Il y a des heures où il est de l'intérêt du prolétariat
d'empêcher une trop violente dégradation intel-lectuelle
et morale de la bourgeoisie elle-même. Voilà pourquoi lorsque,
à propos d'un crime militaire, une petite minorité bourgeoise,
contre l'ensemble de toutes les forces du mensonge déchaînées,
a essayé de crier justice et de faire entendre la vérité,
c'était le devoir du prolétariat de ne pas rester neutre,
d'aller du côté où la vérité souffrait,
où l'humanité criait. [
] C'est parce que prolétariat
a joué un rôle décisif dans ce grand drame social
que la participation directe d'un socialiste (Alexandre Millerand) à
un ministère bour-geois a été rendue possible, signe
éclatant de la croissance, de la puissance du Parti socialiste.
[
] Est-il juste, est-il sage, est-il conforme au principe, qu'un
socialiste participe au gouvernement de la bourgeoisie
Nous savons très bien que la société capitaliste
est la terre de l'iniquité et que nous ne sortirons de l'ini-quité
qu'en sortant du capitalisme. Mais nous savons aussi qu'il y a ( pour
nous ) des ennemis plus forcenés dans la société
( que les bourgeois, les réactionnaires et les chrétiens
sociaux ) Lorsque nous soutenons un ministère, ce n'est pas pour
ce ministère, c'est contre les autres plus mauvais qui voudraient
le remplacer.
L'heure viendra où le Parti socialiste unifié, organisé,
donnera l'ordre à l'un des siens, ou à plusieurs des siens,
d'aller s'asseoir dans les gouvernements de la bourgeoisie pour contrôler
le mécanisme de la société bourgeoise, pour collaborer
le plus possible aux oeuvres de réforme. A mesure que grandit le
pouvoir du parti socialiste, grandit sa responsabilité. Mais de
cette responsabilité, nous n'avons pas peur. Pour faire oeuvre
de réforme et, dans la réforme, oeuvre commerçante
de révolution.
JAURES Discours à l'hippodrome de Lille le 26 novembre 1900
Pierre Benazet, Anthologie de la pensée politique dans le monde,
p 1085. Haut de page
JAURES : Se libérer des dogmes pour faire
progresser toute l'humanité vers la lumière
Tome I : (...) Il ne peut y avoir de révolution que là où
il y a conscience. (...) Toute grande révolution sociale procède
à la fois d'une lente préparation ou évolution économique
et d'une intervention décisive de la classe opprimée, lorsque
cette évolution économique est assez avancée pour
permettre une intervention efficacement révolutionnaire.
Tome II : (...) Pour la première fois depuis l'origine de l'histoire,
c'est l'humanité tout entière, en tous ses indi-vidus, en
tous ses atomes, qui est aujourd'hui appelée à la propriété
et à la liberté, à la lumière et à
la joie. La per-sonne humaine n'affirme plus seulement sa dignité,
sa grandeur en quelques exemplaires de choix ou en quelques classes de
privilège: elle l'affirme en tous ses individus. Quelle que soit
l'être de chair et de sang qui vient à la vie, s'il a figure
d'homme il porte en lui le droit humain, la puissance humaine ; il pourra
penser sans relever d'aucun dogme. (...) Ainsi, par le socialisme, l'idéal
humain n'est plus le rayon qui touche seulement les cimes ou qui n'ef-fleure
que les surfaces... Pour la première fois, c'est bien l'humanité
qui dominera les choses. La terre aura été vraiment conquise
par l'esprit de liberté.
JAURES : Etudes socialistes 1901. Pierre Benazet, Anthologie de la pensée
politique dans le monde, p 1086. Haut de page
JAURES : Le droit au travail justifie
la propriété collective des moyens de production et la révolution
est le début du communisme
Tout individu humain a droit à l'entière croissance. Il
a donc le droit d'éxiger de l'humanité tout ce qui peut
seconder son effort, il a le droit de travailler, de produire, de créer,
sans qu'aucune catégorie d'hommes soumette son travail à
une usure et à un joug. Et comme la communauté ne peut assurer
le droit de l'indi-vidu qu'en mettant à sa disposition les moyens
de produire, il faut que la communauté elle-même soit inves-tie,
sur ces moyens de produire, d'un droit souverain de propriété.
(...) La vie n'abolit point le passé: elle se le soumet. La Révolution
n'est pas une rupture, c'est une conquê-te. Et quand le prolétariat
aura fait cette conquête, quand le communisme aura été
institué, tout l'effort humain accumulé pendant des siècles
formera comme une nature bienveillante et riche, accueillant dès
leur naissance toutes les personnes humaines, et leur assurant l'entier
développement. Ainsi, jusque dans le droit révolutionnaire
bourgeois, dans la Déclaration des Droits de l'Homme et des droits
de la vie, il y a une raci-ne de communisme. Mais cette logique interne
de l'idée de droit et d'humanité serait restée inefficace
et dormante sans la vigoureuse action extérieure du prolétariat.
(...) Ainsi, par l'action des prolétaires , le communisme cesse
d'être une vague spéculation philosophique pour devenir un
pari, une force vivante. Ainsi, le socialisme surgit de la Révolution
française sous l'action
JAURES, Article dans "La Petite République": "Le
socialisme et la vie". le 7 septembre 1901
Pierre Benazet, Anthologie de la pensée politique dans le monde,
p 1086. Haut de page
Le
christianisme social
Rerum Novarum, encyclique de Léon XIII,
15 mai 1891
L'industrie s'est développée et ses méthodes se sont
complètement renouvelées. Les rapports entre patrons et
ouvriers se sont modifiés. La richesse a afflué entre les
mains d'un petit nombre et la multitude a été laissée
dans l'indigence. Le dernier siècle a détruit, sans rien
leur substituer, les corporations anciennes, qui étaient pour eux
une protection. ( ) Les travailleurs isolés et sans défense
se sont vus, avec le temps, livrés à la merci de maîtres
inhumains et à la cupidité d'une concurrence effrénée
(... ). A tout cela, il faut ajouter la concentration, entre les mains
de quelques-uns, de l'industrie et du commerce, devenus le partage d'un
petit nombre de riches et d'opulents, qui imposent ainsi un joug presque
servile à l'infinie multitude des prolétaires.
Les socialistes, pour guérir ce mal, poussent à la haine
jalouse des pauvres contre ceux qui possèdent. Ils prétendent
que toute propriété de biens privés doit être
supprimée, que les biens d'un chacun doivent être communs
à tous, et que leur administration doit revenir aux municipalités
ou à l'État. Moyennent ce transfert des propriétés
et cette égale répartition entre les citoyens des richesses
et de leurs avantages, ils se flattent de porter un remède efficace
aux maux présents. Mais pareille théorie, loin d'être
capable de mettre fin au conflit, ferait tort à l'ouvrier si elle
était mise en pratique. D'ailleurs, elle est souverainement injuste,
en ce qu'elle viole les droits légitimes des propriétaires,
qu'elle dénature les fonctions de l'État, et tend à
bouleverser de fond en comble l'édifice social. (...)
Quant aux riches et aux patrons, ils ne doivent point traiter l'ouvrier
en esclave ; il est juste qu'ils représentent en lui la dignité
de l'homme, relevée encore par celle du chrétien. Le travail
du corps, loin d'être un sujet de honte, fait honneur à l'homme,
parce qu'il lui fournit un noble moyen de sustenter sa vie. Ce qui est
honteux et inhumain, c'est d'user de l'homme comme d'un vil instrument
de lucre, de ne l'estimer qu'en proportion de la vigueur de ses bras.
(...)
Mais, parmi les devoirs principaux du patron, il faut mettre au premier
rang celui de donner à chacun le salaire qui convient. (...) Chez
l'ouvrier pareillement, il est des intérêts nombreux qui
réclament la protection de l'État. Vient en première
ligne ce qui regarde le bien de son âme. [
] C'est de là
que découle la nécessité du repos et de la cessation
du travail aux jours du Seigneur. [
]
On prétend que le salaire, une fois librement consenti de part
et d'autre, le patron en le payant remplit tous ses engagements et n'est
plus tenu à rien. [
] Que le patron et l'ouvrier fassent donc
tant et de telles conventions qu'il leur plaira, qu'ils tombent d'accord
notamment sur le chiffre du salaire. Au-dessus de leur libre volonté,
il est une loi de justice naturelle plus élevée et plus
ancienne, à savoir que le salaire ne doit pas être insuffisant
à faire subsister l'ouvrier sobre et honnête.
Vu surtout la variété des circonstances des temps et des
lieux. Il sera donc préférable [de ] réserver [ la
] solution [ du problème des salaires ]aux corporations ou syndicats
En dernier lieu, [ il faut favoriser ] les sociétés de secours
mutuels [
] Il faut encore pourvoir d'une manière toute spéciale
à ce qu'en aucun temps l'ouvrier ne manque de travail, et qu'il
y ait un fonds de réserve destiné à faire face, non
seulement aux accidents soudains et fortuits inséparables du travail
industriel, mais encore à la maladie, à la vieillesse et
aux coups de la mauvaise fortune..
Rerum Novarum, Encyclique du Pape Léon XIII, 1891(extraits) Haut
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Le christianisme social : un programme
de réformes politiques et sociales
La Démocratie chrétienne veut cependant être un mouvement
politique " Il est impossible, déclare, en septembre 1896,
la revue qui porte son nom et que dirige l'abbé Six, que les revendications
sociales ne se mêlent pas aux actions politiques et l'émancipation
économique ne peut aller sans une émancipation politique
".
En vue de celle-ci, elle insère, en tête de chacun de ses
fascicules, un programme très précis, fort suggestif dans
ses anticipations.
" Le vrai régime
démocratique est celui du gouvernement par le peuple organisé.
" Il implique politiquement
- La représentation nationale et proportionnelle des intérêts
professionnels.
- La décentralisation, avec liberté des communes dans la
gérance du budget, l'administration des écoles, des bureaux
de bienfaisance, des hospi-ces et hôpitaux, de l'assistance médicale.
- L'autonomie des provinces ou régions administrées par
des chambres élues et jouissant de leurs institutions propres,
dans l'unité du gouvernement national.
- La représentation économique : Chambres régionales
d'Agriculture, de Commerce, de Travail et des Professions libérales.
Il repose sur une infrastructure sociale, dont l'élément
essentiel est - L'organisation professionnelle :
Syndicats professionnels dans toutes les branches du travail : grande
industrie, métiers, agriculture, etc.
- Personnalité civile complète : droit de possession immobilière
et mobilière pour les syndicats.
- Fédération locale, régionale et nationale des syndicats.
Les syndicats ont pour objectif toutes les questions professionnelles,
et en particulier
- La fixation du contrat de travail et la détermination de toutes
les conditions du contrat intéressant le capital et le travail
(le taux du salaire, la durée et les conditions du travail, l'admission
et le renvoi des ouvriers, l'apprentissage et l'instruction professionnelle,
la réglementation de la pro-duction)
- L'établissement d'institutions économiques ou professionnelles,
Caisses de retraites, d'assurances et de crédit mutuel, gérées
par les syndicats, conseils d'usines et comités permanents d'arbitrage,
composés de délégués patrons et ouvriers.
La législation sociale complète l'action syndicale :
- minimum de salaire,
- repos du dimanche,
- maximum d'heures de travail,
- suppression du travail de nuit, sauf dans les usines à feu continu,
- pas de mères de famille dans les ateliers industriels et limitation
du travail des jeunes filles,
- assurance obli-gatoire,
- législation internationale du travail,
- développement des sociétés coopératives
de consommation et de production,
- participation aux bénéfi-ces,
- cessation de la liberté illimitée du commerce.
M Prélot, G Lescuyer, Histoire des idées politiques, 13e
édition, Dalloz, 1997, p 632 Haut de page
Maurras critique la Loi Le Chapelier
et le libéralisme
Dans l'ordre économique, la liberté-principe veut que la
concurrence des libertés individuelles, d'où le bien doit
sortir inévitablement, soit uvre sacrée. Il n'y a
qu'à laisser faire et à laisser passer. Toute intervention
de l'Etat ou de la société mérite le nom d'attentat
et presque de profanation. Le statut du travailleur doit donc être
individuel. Autant par respect pour sa liberté propre que par vénération
de la mécanique du monde, l'ouvrier doit respecter les injonctions
du décret Le Chapelier et s'interdire sévèrement
toute association, corporation, fédération, tout syndicat
d'ordre professionnel, de nature à troubler le libre jeu de l'offre
et de la demande, le libre échange du salaire et du travail. Tant
pis si le marchand de travail est un millionnaire maître absolu
du choix entre 10 000 ouvriers : liberté, liberté ! La liberté
économique aboutit donc, par une déduction rapide, à
la célèbre liberté de mourir de faim. J'oserais l'appeler
une liberté négative, abstraite ; mieux : une liberté
soustraite. Toute liberté réelle, toute liberté pratique,
tout pouvoir libre et certain de conserver sa vie, de soutenir sa force,
est refusé à l'ouvrier tant qu'on lui refuse la liberté
d'association.
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