Antiquité : La démocratie en Grêce
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Le citoyen à Athènes au Ve siècle avant Jésus-Christ

Naissance de la Démocratie
Aristote : les réformes de Clisthène, une recompostion du peuple en tribus....
Plutarque : Institution ( et critique ) de la misthophorie par Périclès....
Eloges de la démocratie
Périclès : Eloge de la démocratie....
Platon : la démocratie, un moyen de choisir les hommes pour obtenir un gouvernement des meilleurs....

Critiques de la démocratie
Aristophane : Les femmes se moquent des assemblées et demandent la paix.....
Aristophane : participation limitée et revendications de paix à l'Ecclésia....
Réflexions sur la démocratie : Faut il se soumettre aux lois de la cité ?
La soumission aux lois de la cité démocratique : SOCRATE refuse de fuir sa prison pour échapper à la peine de mort
L'affirmation de valeurs universelles : Antigone proclame la supériorité des lois morales sur la loi civile
Crise de la démocratie
Xénophon : Le jugement des généraux des Arginuses....

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ARISTOTE : les réformes de Clisthène, une recomposition du peuple en tribus
C'est pour ces raisons que le peuple accorda sa confiance à Clisthène. Ayant pris la tête du parti populaire, Clisthène fit ses réformes sous l'archontat d'Isagoras, trois ans après le renversement des tyrans. Il commença par répartir les Athéniens dans dix tribus. Jusque-là, il n'y en avait eu que quatre ; mais Clisthène voulait mêler davantage les citoyens les uns aux autres et faire participer un plus grand nombre d'hommes à la vie politique. De là cette phrase qu'on adressa dans la suite à ceux qui voulaient réviser les listes des membres des familles : Ne vous oc-cupez pas des tribus ! Il porta le nombre des Conseillers de quatre cents à cinq cents, cinquante par tribu. Auparavant chaque tribu fournissait cent Conseillers. S'il ne répartit pas les citoyens en douze tribus, c'était pour ne pas retomber dans les divisions déjà existantes des trittyes (les quatre tribus étaient en effet divisées en douze trittyes) : le peuple ne s'y serait pas suffisamment confondu.
Le sol, qu'il divisa par dèmes, fut distribué en trente parties, dix dans les environs de la ville, dix dans la paralie et dix dans la mésogée ; et ces parties, qu'il appela trittyes, furent assignées par le sort aux dix tribus, à raison de trois par tribu, si bien que chacune des tribus tenait à toutes les contrées de l'Attique. Les habitants de chaque dème formèrent entre eux un groupe de démotes, et pour que l'appellation patronymique ne pût trahir les nouveaux citoyens, on ne se servit plus, pour désigner les citoyens, que du nom du dème : l'usage du démotique à Athènes date de cette époque. Clisthène attribua aux démarques les mêmes fonctions qu'exerçaient autre fois les naucrares : les dèmes remplacèrent en effet les naucraries. Pour les noms des dèmes, il les emprunta soit aux lieux qu'ils occupaient, soit aux personnes qui avaient fondé le bourg : car nombre de lieux n'avaient pas de nom.
Quant aux familles, aux phratries et aux sacerdoces, il les laissa tous subsister, respectant la tradition. Les dix tribus reçurent les noms de dix éponymes, que la Pythie désigna parmi les cent héros choisis à l'avance.
Aristote. Constitution d'Athènes XXI. Traduction B. Haussoullier. Ed°. Bouillon, Paris, 1890.Traduction disponible sur remacle.org. Accueil

PLUTARQUE : Institution ( et critique ) de la misthophorie par Périclès
Thucydide, pour nous donner une idée du gouvernement de Périclès, le représente comme une sorte d'aristocratie, à laquelle on donnait le nom de gouvernement démocratique, mais qui dans le fait était une véritable monarchie, où le premier des citoyens avait seul toute l'autorité. D'autres écrivains ont dit que Périclès fut le premier qui distribua au peuple les terres conquises, qui donna de l'argent aux citoyens pour assister aux spectacles, et leur assigna des salaires pour toutes les fonctions publiques ; que, par ces établissements, il leur fit contracter des habitudes vicieuses, leur ôta l'amour du travail et de la frugalité, leur inspira le goût de la dépense et l'amour des plaisirs. Recherchons dans les faits mêmes la cause de ce changement. J'ai déjà dit qu'au commencement de son administration, Périclès, pour balancer le crédit de Cimon, s'était attaché à gagner la faveur du peuple. Mais ce dernier faisait chaque jour de très grandes dépenses pour secourir les pauvres, nourrir les citoyens indigents, et habiller les vieillards ; il avait fait arracher les haies de ses héritages, afin que les Athéniens eussent la liberté d'en aller cueillir les fruits. Périclès, moins riche que lui, et ne pouvant l'égaler dans ces moyens de se concilier les bonnes grâces du peuple, eut recours à des largesses qu'il prenait sur les revenus publics. C'était, suivant Aristote, Démonidès, de l'île d'Ios[30], qui lui avait donné ce conseil. En distribuant ainsi aux citoyens pauvres de l'argent pour assister aux spectacles et aux tribunaux, en leur faisant plusieurs autres dons aux dépens du trésor public, il corrompit la multitude, et s'en servit pour rabaisser l'aréopage, dont il n'était point membre, parce que le sort ne l'avait jamais favorisé pour être archonte, thesmothète, roi des sacrifices, ou polémarque : car de tout temps ces charges s'étaient données au sort, et ceux qui s'y étaient bien conduits montaient à l'aréopage
PLUTARQUE : Vie de Périclès, 9 Traduction disponible sur remacle.org
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Périclès : Eloge de la démocratie
oraison funèbre ou épitaphe des guerriers morts pendant la première année de la guerre du Péloponèse.
Périclès, fils de Xanthippe, avait été choisi pour prononcer l'éloge des premiers guerriers morts. Quinze fois stratège, il est l'homme le plus émi-nent d'Athènes, le premier en tout, et pour la parole et pour l'action... Le moment venu, il s'avance du tombeau sur un tertre élevé, afin d'être entendu le plus loin possible par la foule. [...]
"Je dirai les institutions politiques athéniennes et les moeurs qui sont la base de notre grandeur, persuadé que ces détails ne seront point déplacés en ce moment ; et que, pour tous ceux qui sont ici réunis, citoyens et étrangers, il y a utilité à les entendre. [...] Notre constitution n'est pas jalouse des lois de nos voisins. [...] Nous servons plutôt à quelques-uns de modèle que nous n'imitons les autres.
Ce gouvernement [...] a reçu le nom de démocratie, comme n'étant pas dans la main du petit, mais du grand nombre [...]
Tous, suivant les lois, jouissent de l'égalité [...] Une crainte salutaire nous empêche de prévariquer en ce qui regarde la Patrie, toujours écoutant les magistrats et les lois. [...] les lois écrites, et les lois non écrites qui sont le résultat d'une convention générale et qui ne peuvent être enfreintes sans honte. [...]
Les Athéniens sont égaux dans la solution des différends entre particuliers, égaux dans l'obtention des honneurs qui sont dus aux mérites et non pas à la classe [...] Peut-on rendre quelques services à l'État ? On ne doit pas être repoussé parce qu'on est obscur ou pauvre... Les mêmes hommes se livrent à leurs affaires particuliè-res et à celles du gouvernement. Ceux qui font profession de travail manuel ne sont pas étrangers à la politique. Nous sommes les seuls - dit encore Périclès - qui considérions le citoyen étranger aux affaires publiques, non comme un être de loisir, mais comme un être inutile. [...]
Tous nous disons librement notre avis sur les intérêts publics. [...] Nous ne croyons pas que les discours nuisent aux actions, mais ce qui nous paraît nuisible, c'est de ne pas s'instruire d'avance par le discours de ce qu'il nous faut exécuter. [...]
Nous offrons notre ville en commun à tous les hommes ; aucune loi n'en écarte les étrangers, ni ne les prive de nos institutions et de nos spectacles. " [...] Seuls nous obligeons sans arrière-pensée, sans calcul d'intérêt, sous la seule impulsion d'une générosité sans méfiance. [...] Nous donnons audience surtout aux lois qui ont été portées en faveur des opprimés... Il n'est honteux à personne d'avouer qu'il est pauvre ; mais la honte est de ne pas chasser la pauvreté par le travail. [...]
La puissance même de cette ville est la conséquence de ses institutions et de ses moeurs. [...]
Par l'institution de jeux et de fêtes annuelles, par les agréments et les douceurs de la vie privée, nous offrons à l'esprit le délassement de ses fatigues, et chaque jour a chez nous ses plaisirs qui dissipent les ennuis. [...]
Athènes reçoit tout ce qui ne naît point sur sa propre terre... Tout ce qui naît sur la terre entière afflue vers elle. Nous ne recueillons pas moins pour notre jouissance les productions étran-gères que celles de notre sol. [...]
Nous avons le goût du beau - dit Périclès - mais avec économie. Nous nous livrons à la philosophie, mais sans nous amollir. Nous possédons des richesses, mais pour les employer à l'occasion et non pour nous vanter d'en avoir. En un mot, j'ose le dire, notre République est l'École de la Grèce.
Thucydide, Histoire de la guerre du Peloponèse, Livre II §§ 36 à 42, édit. Garnier . Accueil

Platon : la démocratie, un moyen de choisir les hommes pour obtenir un gouvernement des meilleurs
C'est le régime politique qui nourrit le peuple. Il produit de braves gens, s'il est bon, des méchants, s'il est mauvais. Il convient donc de montrer que nos ancêtres ont été élevés dans un régime bien réglé, qui les a rendus vertueux tout comme les hommes d'aujourd'hui, au nombre desquels comptent les morts ici présents (1).
C'était alors le même régime que de nos jours, le gouvernement des meilleurs, par lequel nous sommes régis aujourd'hui comme nous l'avons toujours été depuis cette époque, la plupart du temps. Tel l'appelle démocratie, tel autre du nom qui lui convient mais c'est en vérité une aristocratie avec l'assentiment de la foule. Des rois, nous en avons toujours. tantôt ils le sont par leur naissance et tantôt parce qu'on les choisit mais le pouvoir dans la cité est pour la plus grande part entre les mains de la foule. qui attribue charges et commandements sont à ceux qui à chaque fois lui ont paru être les meilleurs.
Platon : Ménexène, 238 c traduction MSM Traduction disponible sur remacle.org Accueil

Aristophane : Critique des assemblées et du financement de la participation du peuple.
Proxagora : Qui demande la parole ?
Une femme : Moi. […]
Proxagora : Alors parle .
Une femme : Je parle avant de boire ?
Proxagora : Comment ? Boire !
Une femme : Et quoi ? On ne boit pas à l'Ecclésia ?
Proxagora : Tu crois qu'ils boivent ?
Une femme : Et comment, par Artémis, et du bon encore ! C'est pourquoi, si l'on réfléchit bien, tous les décrets ont l'air d'avoir été pris par des gens ivres et déments. En plus ils s'injurient comme des ivrognes, et les archers doivent parfois en expulser quelques uns.
Proxagora : Alors va t'asseoir, tu n'est bonne à rien. Une autre veut elle prendre la parole ?
Autre femme : Moi, […] Je ne saurais supporter, c'est du moins mon avis, que que des réservoirs d'eau soient placés dans les cabarets. Cela, par les deux déesses, ne me semble pas juste.
Proxagora : Par les deux déesses, malheureuse, mais à quoi penses tu ? […] Non, par Zeus, mais alors que tu prétends être un homme, tu as juré par les deux déesses. Ce que tu disais pourtant était bien.
Autre femme : Oh, par Apollon !
Proxagora : Tais toi … Je parlerai donc à mon tour, […] Je m'adresse tout d'abord aux dieux pour qu'ils favorisent notre entreprise. J'appartiens comme vous à cette terre et je m'afflige comme vous de voir si mal menées les affaires de la cité. Car je la vois toujours choisir les dirigeants parmi les plus mauvais […]
Il ya quelques temps nous n'avions plus d'assemblées, mais du moins pensions nous qu'Agyrrhios était un misérable. Maintenant que nous nous réunissons de nouveau, celui qui a reçu de l'argent porte son nom aux nues […]
Et cette alliance, dont on disait que si elle ne se faisait pas la cité était perdue. Quand elle fut conclue enfin on la regretta […] S'agit il de mettre à l'eau des navires ? Cela convient aux pauvres, mais pas aux riches et aux paysans […]
Vous êtes, Ô peuple, la cause de tous ces maux. Car en reçevant en salaire l'argent de l'Etat, chacun de vous ne pense qu'à son intérêt particulier et les affaires de la cité sont comme Esimos, boîteuses. Mais si vous m'écoutez, le salut est encore possible. Il vous faut abandonner le gouvernement de la cité aux femmes. Nous en faisons bien déjà les tutrices et les trésorières de nos maisons.
(Les femmes d'Athènes ayant mis au point les éléments de leur plan se dirigent vers l'assemblée)
D'après Aristophane, Assemblée des femmes, in C. Mossé, Les institutions grecques, Armand Colin Accueil

ARISTOPHANE : participation limitée et revendications de paix à l'Ecclésia
La scène est sur la Pnyx. C'est l'heure de commencer mais il y n'y a encore personne...
Mais jamais, depuis que je vais aux bains, la paupière ne m'a piqué les sourcils comme aujourd'hui : c'est jour d'assemblée régulière : voici le matin, et la Pnyx est encore déserte. On bavarde sur l'Agora : en haut, en bas, on évite la corde rouge. Les Prytanes mêmes n'arrivent pas : ils arrivent à une heure indue ; puis ils se bousculent, vous savez comme, les uns les autres, pour gagner le premier banc, et ils s'y jettent serrés. De la paix à conclure, ils n'ont aucun souci. Ô la ville, la ville ! Pour moi qui viens toujours le premier à l'assemblée, je m'assois, et là, tout seul, je soupire, je bâille, je m'étire, je pète, je ne sais que faire, je trace des dessins, je m'épile, je réfléchis, l'œil sur la campagne, épris de la paix, détestant la ville, regrettant mon dème, qui ne m'a jamais dit : "Achète du charbon, du vinaigre, de l'huile !" Il ne connaissait pas le mot : "Achète", mais il fournissait tout, et il n'y avait pas ce terme, "achète", qui est une scie. Aujourd'hui, je ne viens pas pour rien ; je suis tout prêt à crier, à clabauder, à injurier les orateurs, s'il en est qui parlent d'autre chose que de la paix. Mais voici les Prytanes ! Il est midi ! Ne l'ai-je pas annoncé ? C'est bien ce que je disais. Tous ces gens-là se ruent sur le premier siège.
Aristophane, Les Acharniens, vers 17 à 48 : traduction nouvelle. Eugène Talbot, préface de Sully Prudhomme. Traduction disponible sur remacle.org Accueil

Faut il se soumettre aux lois de la cité ?
La soumission aux lois de la cité démocratique : SOCRATE refuse de fuir sa prison pour échapper à la peine de mort.

SOCRATE Voyons si de cette façon tu l'entendras mieux. Au moment de nous enfuir, ou comme il te plaira d'appeler notre sortie, si les Lois et la République elle-même venaient se présenter devant nous et nous disaient : " Socrate, que vas-tu faire? L'action que tu prépares ne tend-elle pas à renverser, autant qu'il est en toi, et nous et l'état tout entier? car, quel état peut subsister, où les jugements rendus n'ont aucune force, et sont foulés aux pieds, par les particuliers? " […] Répondrons-nous que la République nous a fait injustice, et qu'elle n'a pas bien jugé? Est-ce là ce que nous répondrons?
CRITON.
Oui, sans doute, Socrate, nous le dirons.
SOCRATE.
Et les lois que diront-elles? " Socrate, est-ce de cela que nous sommes convenus ensemble, ou de te soumettre aux jugements rendus par la république? " […]
Dis; quel sujet de plaintes as-tu donc contre nous et la République, pour entreprendre de nous détruire? N'est-ce pas nous à qui d'abord tu dois la vie? N'est-ce pas sous nos auspices que ton père prit pour compagne celle qui t'a donné le jour? Parle; sont-ce les lois relatives aux mariages qui te paraissent mauvaises? - Non pas, dirais-je. - Ou celles qui président à l'éducation, et suivant lesquelles tu as été élevé toi-même? […] peux-tu nier que tu sois notre enfant et notre serviteur, toi et ceux dont tu descends? […] et si nous avions prononcé ta mort, croyant qu'elle est juste, tu entreprendrais de nous détruire! et, en agissant ainsi, tu croiras bien faire, toi qui as réellement consacré ta vie à l'étude de la vertu! Ou ta sagesse va-t-elle jusqu'à ne pas savoir […] qu'il faut respecter la patrie dans sa colère, avoir pour elle plus de soumission et d'égards que pour un père, la ramener par la persuasion: Ou obéir à ses ordres, souffrir, sans murmurer, tout ce qu'elle commande de souffrir! fût-ce ; d'être battu, ou chargé, de chaînes; que, si elle nous envoie à la guerre pour y être blessés ou tués, […]
Mais si quelqu'un demeure, après avoir vu comment nous administrions la justice; et comment nous gouvernons en général, dès là nous disons qu'il s'est de fait engagé à nous obéir; et s'il y manque, nous soutenons qu'il est injuste de trois manières: il nous désobéit , à nous qui lui avons donné la vie; il nous désobéit, à nous qui sommes en quelque sorte ses nourrices; enfin, il trahit la foi donnée, et se soustrait violemment à notre autorité, au lieu de la désarmer par la persuasion; et quand nous nous bornons à proposer, au lieu de commander tyranniquement, quand nous allons jusqu'à laisser le choix ou d'obéir ou de nous convaincre d'injustice, […]
Telle été ta prédilection pour nous, tu consentirais si bien à vivre selon nos maximes, que même tu as eu des enfants dans cette ville, témoignage assuré qu'elle te plaisait. Enfin, pendant ton procès il ne tenait qu'à toi de te condamner à l'exil et de faire alors, de notre aveu, ce que tu entreprends aujourd'hui malgré nous. Mais tu affectais de voir la mort avec indifférence, tu disais la préférer à l'exil; et maintenant, sans égard pour ces belles paroles, sans respect pour nous, pour ces Lois, dont tu médites la ruine tu vas faire ce que ferait le plus vil esclave, en tâchant de t'enfuir, au mépris des conventions et de l'engagement sacré qui te soumet à notre empire.
Réponds donc d'abord sur ce point : disons nous la vérité, lorsque nous soutenons, que tu t'es engagé, non en paroles; mais en effet, à reconnaître nos décisions? Cela est-il vrai, ou non?" Que répondre, Criton, et comment faire pour ne pas en convenir ?
CRITON.
Il le faut bien, Socrate.
Platon, Criton, Disponible sur le site remagle.org. Accueil

L'affirmation de valeurs universelles : Antigone proclame la supériorité des lois morales sur la loi civile
CRÉON. - Et toi, toi qui restes là, tête basse, avoues-tu ou nies-tu le fait ?
ANTIGONE. - Je l'avoue et n'ai garde, certes, de le nier.
CRÉON --Et toi, maintenant, réponds-moi, sans phrases, d'un mot. Connaissais-tu la défense que j'avais fait proclamer ?
ANTIGONE. - Oui, je la connaissais : pouvais-je l'ignorer ? Elle était des plus claires.
CRÉON. - Ainsi tu as osé passer outre à ma loi ?
ANTIGONE. - Oui, car ce n'est pas Zeus qui l'avait proclamée ! ce n'est pas la Justice, assise aux côtés des dieux infernaux ; non, ce ne sont pas là les lois qu'ils ont jamais fixées aux hommes, et je ne pensais pas que tes défenses à toi fussent assez puissantes pour permettre à un mortel de passer outre à d'autres lois, aux lois non écrites, inébranlables, des dieux ! Elles ne datent, celles-là, ni d'aujourd'hui ni d'hier, elles sont éternelles.. ( et je ne les aurai pas respectées) si j'avais toléré que le corps d'un fils de ma mère n'eût pas après sa mort, obtenu un tombeau.
Sophocle, Antigone, 441 av. J.-C. Disponible sur le site remacle.org Accueil

XENOPHON : Le jugement des généraux des Arginuses
Cependant Athènes avait cassé tous ses généraux, excepté Conon, qui eut pour adjoints Adimante et Philoclès. Entre les généraux qui avaient combattu la flotte de Callicratidas, Protomachus et Aristogéne ne revinrent point à Athènes ; six autres, Périclès, Diomédon, Lysias, Aristocrate, Thrasyle, Érasinide, n'y furent pas plutôt arrivés, qu'Archédème, gouverneur de Décélie, et jouissant alors d'un grand crédit dans Athènes, proposa une amende contre Érasinide, à qui il en voulait : il l'accusa dans le tribunal d'avoir détourné l'argent des tributs de l'Hellespont ; il l'accusait encore d'autres mal-versations commises pendant son généralat. Les juges ordonnèrent d'emprisonner Érasinide.
Les autres généraux entretinrent ensuite le sénat (1) du combat naval et de la violence de la tempête. Timocrate opine à les livrer au peuple chargés de chaînes: le sénat (1) se rend à son avis ; le peuple s'assemble. Théramène, entre autres, les accuse, demande qu'ils expliquent pourquoi ils n'ont point enlevé les corps de ceux qui étaient naufragés ; et pour preuve que ces généraux ne chargeaient aucun de leurs collègues, il lut la lettre qu'ils avaient adressée au sénat (1) et au peuple, où ils ne s'en prenaient qu'à la tempête.
On refuse à ces infortunés, pour leur défense, le temps accordé par la loi chacun d'eux en particulier raconte le fait en peu de mots. Occupés à la poursuite de l'ennemi, ils avaient confié l'enlèvement des naufragés à d'habiles triérarques, à des hommes qui venaient de commander, à Théramène, Thrasybule et autres principaux officiers; que s'il fallait accuser quelqu'un, c'était sans doute ceux qu'on avait chargés de ce soin. Cependant, ajoutèrent-ils ils ont beau nous dénoncer, nous ne trahirons point la vérité, nous ne prétendrons pas qu'ils soient coupables la violence seule de la tempète a empêché l'enlèvement des morts. lis pre-naient à témoin de ce qu'ils disaient les pilotes et d'autres compagnons d'armes. Ce discours persuada si bien le peuple, que plusieurs par-ticuliers se levèrent et s'offrirent pour cautions. Mais on fut d'avis de renvoyer l'affaire à une autre assemblée, parce qu'il se faisait tard et qu'on ne distinguait plus de quel côté était la pluralité le sénat (1) tracerait par un décret pré-paratoire la marche à suivre dans le jugement des prévenus.
Xénophon. Helléniques, I,7 Traduction J.A.C. BUCHON, Paris, R. Sabe, 1848 Traduction disponible sur remacle.org
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