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ARISTOTE
: les réformes de Clisthène, une recomposition du peuple
en tribus
C'est pour ces raisons que le peuple accorda sa confiance à Clisthène.
Ayant pris la tête du parti populaire, Clisthène fit ses
réformes sous l'archontat d'Isagoras, trois ans après le
renversement des tyrans. Il commença par répartir les Athéniens
dans dix tribus. Jusque-là, il n'y en avait eu que quatre ; mais
Clisthène voulait mêler davantage les citoyens les uns aux
autres et faire participer un plus grand nombre d'hommes à la vie
politique. De là cette phrase qu'on adressa dans la suite à
ceux qui voulaient réviser les listes des membres des familles
: Ne vous oc-cupez pas des tribus ! Il porta le nombre des Conseillers
de quatre cents à cinq cents, cinquante par tribu. Auparavant chaque
tribu fournissait cent Conseillers. S'il ne répartit pas les citoyens
en douze tribus, c'était pour ne pas retomber dans les divisions
déjà existantes des trittyes (les quatre tribus étaient
en effet divisées en douze trittyes) : le peuple ne s'y serait
pas suffisamment confondu.
Le sol, qu'il divisa par dèmes, fut distribué en trente
parties, dix dans les environs de la ville, dix dans la paralie et dix
dans la mésogée ; et ces parties, qu'il appela trittyes,
furent assignées par le sort aux dix tribus, à raison de
trois par tribu, si bien que chacune des tribus tenait à toutes
les contrées de l'Attique. Les habitants de chaque dème
formèrent entre eux un groupe de démotes, et pour que l'appellation
patronymique ne pût trahir les nouveaux citoyens, on ne se servit
plus, pour désigner les citoyens, que du nom du dème : l'usage
du démotique à Athènes date de cette époque.
Clisthène attribua aux démarques les mêmes fonctions
qu'exerçaient autre fois les naucrares : les dèmes remplacèrent
en effet les naucraries. Pour les noms des dèmes, il les emprunta
soit aux lieux qu'ils occupaient, soit aux personnes qui avaient fondé
le bourg : car nombre de lieux n'avaient pas de nom.
Quant aux familles, aux phratries et aux sacerdoces, il les laissa tous
subsister, respectant la tradition. Les dix tribus reçurent les
noms de dix éponymes, que la Pythie désigna parmi les cent
héros choisis à l'avance.
Aristote. Constitution d'Athènes XXI. Traduction B. Haussoullier.
Ed°. Bouillon, Paris, 1890.Traduction disponible sur remacle.org.
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PLUTARQUE : Institution
( et critique ) de la misthophorie par Périclès
Thucydide, pour nous donner une idée du gouvernement de Périclès,
le représente comme une sorte d'aristocratie, à laquelle
on donnait le nom de gouvernement démocratique, mais qui dans le
fait était une véritable monarchie, où le premier
des citoyens avait seul toute l'autorité. D'autres écrivains
ont dit que Périclès fut le premier qui distribua au peuple
les terres conquises, qui donna de l'argent aux citoyens pour assister
aux spectacles, et leur assigna des salaires pour toutes les fonctions
publiques ; que, par ces établissements, il leur fit contracter
des habitudes vicieuses, leur ôta l'amour du travail et de la frugalité,
leur inspira le goût de la dépense et l'amour des plaisirs.
Recherchons dans les faits mêmes la cause de ce changement. J'ai
déjà dit qu'au commencement de son administration, Périclès,
pour balancer le crédit de Cimon, s'était attaché
à gagner la faveur du peuple. Mais ce dernier faisait chaque jour
de très grandes dépenses pour secourir les pauvres, nourrir
les citoyens indigents, et habiller les vieillards ; il avait fait arracher
les haies de ses héritages, afin que les Athéniens eussent
la liberté d'en aller cueillir les fruits. Périclès,
moins riche que lui, et ne pouvant l'égaler dans ces moyens de
se concilier les bonnes grâces du peuple, eut recours à des
largesses qu'il prenait sur les revenus publics. C'était, suivant
Aristote, Démonidès, de l'île d'Ios[30], qui lui avait
donné ce conseil. En distribuant ainsi aux citoyens pauvres de
l'argent pour assister aux spectacles et aux tribunaux, en leur faisant
plusieurs autres dons aux dépens du trésor public, il corrompit
la multitude, et s'en servit pour rabaisser l'aréopage, dont il
n'était point membre, parce que le sort ne l'avait jamais favorisé
pour être archonte, thesmothète, roi des sacrifices, ou polémarque
: car de tout temps ces charges s'étaient données au sort,
et ceux qui s'y étaient bien conduits montaient à l'aréopage
PLUTARQUE : Vie de Périclès, 9 Traduction disponible sur
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Périclès : Eloge de la
démocratie
oraison funèbre ou épitaphe des guerriers morts pendant
la première année de la guerre du Péloponèse.
Périclès, fils de Xanthippe, avait été choisi
pour prononcer l'éloge des premiers guerriers morts. Quinze fois
stratège, il est l'homme le plus émi-nent d'Athènes,
le premier en tout, et pour la parole et pour l'action... Le moment venu,
il s'avance du tombeau sur un tertre élevé, afin d'être
entendu le plus loin possible par la foule. [...]
"Je dirai les institutions politiques athéniennes et les moeurs
qui sont la base de notre grandeur, persuadé que ces détails
ne seront point déplacés en ce moment ; et que, pour tous
ceux qui sont ici réunis, citoyens et étrangers, il y a
utilité à les entendre. [...] Notre constitution n'est pas
jalouse des lois de nos voisins. [...] Nous servons plutôt à
quelques-uns de modèle que nous n'imitons les autres.
Ce gouvernement [...] a reçu le nom de démocratie, comme
n'étant pas dans la main du petit, mais du grand nombre [...]
Tous, suivant les lois, jouissent de l'égalité [...] Une
crainte salutaire nous empêche de prévariquer en ce qui regarde
la Patrie, toujours écoutant les magistrats et les lois. [...]
les lois écrites, et les lois non écrites qui sont le résultat
d'une convention générale et qui ne peuvent être enfreintes
sans honte. [...]
Les Athéniens sont égaux dans la solution des différends
entre particuliers, égaux dans l'obtention des honneurs qui sont
dus aux mérites et non pas à la classe [...] Peut-on rendre
quelques services à l'État ? On ne doit pas être repoussé
parce qu'on est obscur ou pauvre... Les mêmes hommes se livrent
à leurs affaires particuliè-res et à celles du gouvernement.
Ceux qui font profession de travail manuel ne sont pas étrangers
à la politique. Nous sommes les seuls - dit encore Périclès
- qui considérions le citoyen étranger aux affaires publiques,
non comme un être de loisir, mais comme un être inutile. [...]
Tous nous disons librement notre avis sur les intérêts publics.
[...] Nous ne croyons pas que les discours nuisent aux actions, mais ce
qui nous paraît nuisible, c'est de ne pas s'instruire d'avance par
le discours de ce qu'il nous faut exécuter. [...]
Nous offrons notre ville en commun à tous les hommes ; aucune loi
n'en écarte les étrangers, ni ne les prive de nos institutions
et de nos spectacles. " [...] Seuls nous obligeons sans arrière-pensée,
sans calcul d'intérêt, sous la seule impulsion d'une générosité
sans méfiance. [...] Nous donnons audience surtout aux lois qui
ont été portées en faveur des opprimés...
Il n'est honteux à personne d'avouer qu'il est pauvre ; mais la
honte est de ne pas chasser la pauvreté par le travail. [...]
La puissance même de cette ville est la conséquence de ses
institutions et de ses moeurs. [...]
Par l'institution de jeux et de fêtes annuelles, par les agréments
et les douceurs de la vie privée, nous offrons à l'esprit
le délassement de ses fatigues, et chaque jour a chez nous ses
plaisirs qui dissipent les ennuis. [...]
Athènes reçoit tout ce qui ne naît point sur sa propre
terre... Tout ce qui naît sur la terre entière afflue vers
elle. Nous ne recueillons pas moins pour notre jouissance les productions
étran-gères que celles de notre sol. [...]
Nous avons le goût du beau - dit Périclès - mais avec
économie. Nous nous livrons à la philosophie, mais sans
nous amollir. Nous possédons des richesses, mais pour les employer
à l'occasion et non pour nous vanter d'en avoir. En un mot, j'ose
le dire, notre République est l'École de la Grèce.
Thucydide, Histoire de la guerre du Peloponèse, Livre II §§
36 à 42, édit. Garnier . Accueil
Platon : la démocratie,
un moyen de choisir les hommes pour obtenir un gouvernement des meilleurs
C'est le régime politique qui nourrit le peuple. Il produit de
braves gens, s'il est bon, des méchants, s'il est mauvais. Il convient
donc de montrer que nos ancêtres ont été élevés
dans un régime bien réglé, qui les a rendus vertueux
tout comme les hommes d'aujourd'hui, au nombre desquels comptent les morts
ici présents (1).
C'était alors le même régime que de nos jours, le
gouvernement des meilleurs, par lequel nous sommes régis aujourd'hui
comme nous l'avons toujours été depuis cette époque,
la plupart du temps. Tel l'appelle démocratie, tel autre du nom
qui lui convient mais c'est en vérité une aristocratie avec
l'assentiment de la foule. Des rois, nous en avons toujours. tantôt
ils le sont par leur naissance et tantôt parce qu'on les choisit
mais le pouvoir dans la cité est pour la plus grande part entre
les mains de la foule. qui attribue charges et commandements sont à
ceux qui à chaque fois lui ont paru être les meilleurs.
Platon : Ménexène, 238 c traduction MSM Traduction
disponible sur remacle.org Accueil
Aristophane
: Critique des assemblées et du financement de la participation
du peuple.
Proxagora : Qui demande la parole ?
Une femme : Moi. [
]
Proxagora : Alors parle .
Une femme : Je parle avant de boire ?
Proxagora : Comment ? Boire !
Une femme : Et quoi ? On ne boit pas à l'Ecclésia ?
Proxagora : Tu crois qu'ils boivent ?
Une femme : Et comment, par Artémis, et du bon encore ! C'est pourquoi,
si l'on réfléchit bien, tous les décrets ont l'air
d'avoir été pris par des gens ivres et déments. En
plus ils s'injurient comme des ivrognes, et les archers doivent parfois
en expulser quelques uns.
Proxagora : Alors va t'asseoir, tu n'est bonne à rien. Une autre
veut elle prendre la parole ?
Autre femme : Moi, [
] Je ne saurais supporter, c'est du moins mon
avis, que que des réservoirs d'eau soient placés dans les
cabarets. Cela, par les deux déesses, ne me semble pas juste.
Proxagora : Par les deux déesses, malheureuse, mais à quoi
penses tu ? [
] Non, par Zeus, mais alors que tu prétends
être un homme, tu as juré par les deux déesses. Ce
que tu disais pourtant était bien.
Autre femme : Oh, par Apollon !
Proxagora : Tais toi
Je parlerai donc à mon tour, [
]
Je m'adresse tout d'abord aux dieux pour qu'ils favorisent notre entreprise.
J'appartiens comme vous à cette terre et je m'afflige comme vous
de voir si mal menées les affaires de la cité. Car je la
vois toujours choisir les dirigeants parmi les plus mauvais [
]
Il ya quelques temps nous n'avions plus d'assemblées, mais du moins
pensions nous qu'Agyrrhios était un misérable. Maintenant
que nous nous réunissons de nouveau, celui qui a reçu de
l'argent porte son nom aux nues [
]
Et cette alliance, dont on disait que si elle ne se faisait pas la cité
était perdue. Quand elle fut conclue enfin on la regretta [
]
S'agit il de mettre à l'eau des navires ? Cela convient aux pauvres,
mais pas aux riches et aux paysans [
]
Vous êtes, Ô peuple, la cause de tous ces maux. Car en reçevant
en salaire l'argent de l'Etat, chacun de vous ne pense qu'à son
intérêt particulier et les affaires de la cité sont
comme Esimos, boîteuses. Mais si vous m'écoutez, le salut
est encore possible. Il vous faut abandonner le gouvernement de la cité
aux femmes. Nous en faisons bien déjà les tutrices et les
trésorières de nos maisons.
(Les femmes d'Athènes ayant mis au point les éléments
de leur plan se dirigent vers l'assemblée)
D'après Aristophane, Assemblée des femmes, in C. Mossé,
Les institutions grecques, Armand Colin Accueil
ARISTOPHANE
: participation limitée et revendications de paix à l'Ecclésia
La scène est sur la Pnyx. C'est l'heure de commencer mais il y
n'y a encore personne...
Mais jamais, depuis que je vais aux bains, la paupière ne m'a piqué
les sourcils comme aujourd'hui : c'est jour d'assemblée régulière
: voici le matin, et la Pnyx est encore déserte. On bavarde sur
l'Agora : en haut, en bas, on évite la corde rouge. Les Prytanes
mêmes n'arrivent pas : ils arrivent à une heure indue ; puis
ils se bousculent, vous savez comme, les uns les autres, pour gagner le
premier banc, et ils s'y jettent serrés. De la paix à conclure,
ils n'ont aucun souci. Ô la ville, la ville ! Pour moi qui viens
toujours le premier à l'assemblée, je m'assois, et là,
tout seul, je soupire, je bâille, je m'étire, je pète,
je ne sais que faire, je trace des dessins, je m'épile, je réfléchis,
l'il sur la campagne, épris de la paix, détestant
la ville, regrettant mon dème, qui ne m'a jamais dit : "Achète
du charbon, du vinaigre, de l'huile !" Il ne connaissait pas le mot
: "Achète", mais il fournissait tout, et il n'y avait
pas ce terme, "achète", qui est une scie. Aujourd'hui,
je ne viens pas pour rien ; je suis tout prêt à crier, à
clabauder, à injurier les orateurs, s'il en est qui parlent d'autre
chose que de la paix. Mais voici les Prytanes ! Il est midi ! Ne l'ai-je
pas annoncé ? C'est bien ce que je disais. Tous ces gens-là
se ruent sur le premier siège.
Aristophane, Les Acharniens, vers 17 à 48 : traduction nouvelle.
Eugène Talbot, préface de Sully Prudhomme. Traduction disponible
sur remacle.org Accueil
Faut il se soumettre aux lois de la cité
?
La soumission aux lois de la cité démocratique : SOCRATE
refuse de fuir sa prison pour échapper à la peine de mort.
SOCRATE Voyons si de cette façon tu l'entendras mieux. Au moment
de nous enfuir, ou comme il te plaira d'appeler notre sortie, si les Lois
et la République elle-même venaient se présenter devant
nous et nous disaient : " Socrate, que vas-tu faire? L'action que
tu prépares ne tend-elle pas à renverser, autant qu'il est
en toi, et nous et l'état tout entier? car, quel état peut
subsister, où les jugements rendus n'ont aucune force, et sont
foulés aux pieds, par les particuliers? " [
] Répondrons-nous
que la République nous a fait injustice, et qu'elle n'a pas bien
jugé? Est-ce là ce que nous répondrons?
CRITON.
Oui, sans doute, Socrate, nous le dirons.
SOCRATE.
Et les lois que diront-elles? " Socrate, est-ce de cela que nous
sommes convenus ensemble, ou de te soumettre aux jugements rendus par
la république? " [
]
Dis; quel sujet de plaintes as-tu donc contre nous et la République,
pour entreprendre de nous détruire? N'est-ce pas nous à
qui d'abord tu dois la vie? N'est-ce pas sous nos auspices que ton père
prit pour compagne celle qui t'a donné le jour? Parle; sont-ce
les lois relatives aux mariages qui te paraissent mauvaises? - Non pas,
dirais-je. - Ou celles qui président à l'éducation,
et suivant lesquelles tu as été élevé toi-même?
[
] peux-tu nier que tu sois notre enfant et notre serviteur, toi
et ceux dont tu descends? [
] et si nous avions prononcé ta
mort, croyant qu'elle est juste, tu entreprendrais de nous détruire!
et, en agissant ainsi, tu croiras bien faire, toi qui as réellement
consacré ta vie à l'étude de la vertu! Ou ta sagesse
va-t-elle jusqu'à ne pas savoir [
] qu'il faut respecter la
patrie dans sa colère, avoir pour elle plus de soumission et d'égards
que pour un père, la ramener par la persuasion: Ou obéir
à ses ordres, souffrir, sans murmurer, tout ce qu'elle commande
de souffrir! fût-ce ; d'être battu, ou chargé, de chaînes;
que, si elle nous envoie à la guerre pour y être blessés
ou tués, [
]
Mais si quelqu'un demeure, après avoir vu comment nous administrions
la justice; et comment nous gouvernons en général, dès
là nous disons qu'il s'est de fait engagé à nous
obéir; et s'il y manque, nous soutenons qu'il est injuste de trois
manières: il nous désobéit , à nous qui lui
avons donné la vie; il nous désobéit, à nous
qui sommes en quelque sorte ses nourrices; enfin, il trahit la foi donnée,
et se soustrait violemment à notre autorité, au lieu de
la désarmer par la persuasion; et quand nous nous bornons à
proposer, au lieu de commander tyranniquement, quand nous allons jusqu'à
laisser le choix ou d'obéir ou de nous convaincre d'injustice,
[
]
Telle été ta prédilection pour nous, tu consentirais
si bien à vivre selon nos maximes, que même tu as eu des
enfants dans cette ville, témoignage assuré qu'elle te plaisait.
Enfin, pendant ton procès il ne tenait qu'à toi de te condamner
à l'exil et de faire alors, de notre aveu, ce que tu entreprends
aujourd'hui malgré nous. Mais tu affectais de voir la mort avec
indifférence, tu disais la préférer à l'exil;
et maintenant, sans égard pour ces belles paroles, sans respect
pour nous, pour ces Lois, dont tu médites la ruine tu vas faire
ce que ferait le plus vil esclave, en tâchant de t'enfuir, au mépris
des conventions et de l'engagement sacré qui te soumet à
notre empire.
Réponds donc d'abord sur ce point : disons nous la vérité,
lorsque nous soutenons, que tu t'es engagé, non en paroles; mais
en effet, à reconnaître nos décisions? Cela est-il
vrai, ou non?" Que répondre, Criton, et comment faire pour
ne pas en convenir ?
CRITON.
Il le faut bien, Socrate.
Platon, Criton, Disponible sur le site remagle.org.
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L'affirmation
de valeurs universelles : Antigone proclame la supériorité
des lois morales sur la loi civile
CRÉON. - Et toi, toi qui restes là, tête basse, avoues-tu
ou nies-tu le fait ?
ANTIGONE. - Je l'avoue et n'ai garde, certes, de le nier.
CRÉON --Et toi, maintenant, réponds-moi, sans phrases, d'un
mot. Connaissais-tu la défense que j'avais fait proclamer ?
ANTIGONE. - Oui, je la connaissais : pouvais-je l'ignorer ? Elle était
des plus claires.
CRÉON. - Ainsi tu as osé passer outre à ma loi ?
ANTIGONE. - Oui, car ce n'est pas Zeus qui l'avait proclamée !
ce n'est pas la Justice, assise aux côtés des dieux infernaux
; non, ce ne sont pas là les lois qu'ils ont jamais fixées
aux hommes, et je ne pensais pas que tes défenses à toi
fussent assez puissantes pour permettre à un mortel de passer outre
à d'autres lois, aux lois non écrites, inébranlables,
des dieux ! Elles ne datent, celles-là, ni d'aujourd'hui ni d'hier,
elles sont éternelles.. ( et je ne les aurai pas respectées)
si j'avais toléré que le corps d'un fils de ma mère
n'eût pas après sa mort, obtenu un tombeau.
Sophocle, Antigone, 441 av. J.-C. Disponible sur le site remacle.org
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XENOPHON : Le jugement des généraux
des Arginuses
Cependant Athènes avait cassé tous ses généraux,
excepté Conon, qui eut pour adjoints Adimante et Philoclès.
Entre les généraux qui avaient combattu la flotte de Callicratidas,
Protomachus et Aristogéne ne revinrent point à Athènes
; six autres, Périclès, Diomédon, Lysias, Aristocrate,
Thrasyle, Érasinide, n'y furent pas plutôt arrivés,
qu'Archédème, gouverneur de Décélie, et jouissant
alors d'un grand crédit dans Athènes, proposa une amende
contre Érasinide, à qui il en voulait : il l'accusa dans
le tribunal d'avoir détourné l'argent des tributs de l'Hellespont
; il l'accusait encore d'autres mal-versations commises pendant son généralat.
Les juges ordonnèrent d'emprisonner Érasinide.
Les autres généraux entretinrent ensuite le sénat
(1) du combat naval et de la violence de la tempête. Timocrate opine
à les livrer au peuple chargés de chaînes: le sénat
(1) se rend à son avis ; le peuple s'assemble. Théramène,
entre autres, les accuse, demande qu'ils expliquent pourquoi ils n'ont
point enlevé les corps de ceux qui étaient naufragés
; et pour preuve que ces généraux ne chargeaient aucun de
leurs collègues, il lut la lettre qu'ils avaient adressée
au sénat (1) et au peuple, où ils ne s'en prenaient qu'à
la tempête.
On refuse à ces infortunés, pour leur défense, le
temps accordé par la loi chacun d'eux en particulier raconte le
fait en peu de mots. Occupés à la poursuite de l'ennemi,
ils avaient confié l'enlèvement des naufragés à
d'habiles triérarques, à des hommes qui venaient de commander,
à Théramène, Thrasybule et autres principaux officiers;
que s'il fallait accuser quelqu'un, c'était sans doute ceux qu'on
avait chargés de ce soin. Cependant, ajoutèrent-ils ils
ont beau nous dénoncer, nous ne trahirons point la vérité,
nous ne prétendrons pas qu'ils soient coupables la violence seule
de la tempète a empêché l'enlèvement des morts.
lis pre-naient à témoin de ce qu'ils disaient les pilotes
et d'autres compagnons d'armes. Ce discours persuada si bien le peuple,
que plusieurs par-ticuliers se levèrent et s'offrirent pour cautions.
Mais on fut d'avis de renvoyer l'affaire à une autre assemblée,
parce qu'il se faisait tard et qu'on ne distinguait plus de quel côté
était la pluralité le sénat (1) tracerait par un
décret pré-paratoire la marche à suivre dans le jugement
des prévenus.
Xénophon. Helléniques, I,7 Traduction J.A.C. BUCHON, Paris,
R. Sabe, 1848 Traduction disponible sur remacle.org
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