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Les
mouvements antisémites à la fin du XIXe siècle
En même temps qu'avec le boulangisme
s'exprime dans l'opinion un très violent antiparlementarisme, un
autre courant idéologique, d'origine entièrement différente,
mais de caractère non moins passionnel commence à s'y développer
: le courant antisémite.
En fait c'est de deux sources bien distinctes, une source socialiste et
une source catholique et conservatrice, que se trouve directement issu
l'antisémitisme français de la fin du XIXe siècle.
Particulièrement violent chez Fourier, très sensible chez
Proudhon, l'antisémitisme de beaucoup de socialistes français
de la première moitié du XIXe siècle se trouve fortement
exprimé dans l'ouvrage de l'un d'entre eux, Toussenel, publié
en 1845 et qui porte ce titre significatif : Les Juifs rois de l'époque.
Pour Toussenel le juif incarne le marchand, le négociant, la spéculation
improductrice et spoliatrice; dans sa pensée, antisémimtisme
et anticapitalisme tendent étroitement à se confondre. Synthèse
qui se trouve déjà marquée d'un très net nationalisme
puisque certaines nations (et notamment l'Angleterre) étant considérées
comme totalement -dominées par les Juifs, ceux-ci ne peuvent être
en France que les agents de l'étranger en même temps que
l'instrument de oppression des travailleurs. Tel est le sens fondamental
du mythe des Rothschild, symbole du capitalisme bancaire international,
si souvent évoqué dans la littérature de la gauche
républicaine sous la monarchie de Juillet.
Très vivace encore sous le Second Empire, l'antisémitisme
de tradition socialiste n'a nullement disparu dans la France des premières
années de la Troisième République. Mais il se trouve
bientôt relayé et dépassé par un antisémitisme
d'un autre type, l'antisémitisme du catholicisme conservateur et
populaire. D'origine particulièrement ancienne, celui-ci semble
avoir connu un brusque réveil avec les premières mesures
anticléricales du parti républicain arrivé au pouvoir.
C'est alors que la dénonciation de la franc-maçonnerie prend
une forme de plus en plus violente et que la dénonciation du danger
juif tend à s'y trouver de plus en plus fréquemment mêlée.
Il convient de citer à cet égard comme particulièrement
caractéristique l'ouvrage d'un religieux, le père Chabauty,
Les Juifs nos maitres, publié en 1882. On y dévoile l'origine
juive des sociétés secrètes, on révèle
leur dessein d'abattre les nations chrétiennes et d'établir
leur domination sur le monde. Le thème sera dès lors inlassablement
développé.
Mais c'est à Édouard Drumont (1844-1917), dans La France
juive, publiée en 1886, qu'il va appartenir de réaliser
la synthèse de l'antisémitisme socialiste et de l'antisémitisme
chrétien. Républicain par ses origines familiales (son père
était un vieux lecteur des Châtiments), converti au catholicisme
vers 1880, Drumont est inclassable dans l'éventail il des options
politiques. Son antisémitisme, qui constitue le seul principe de
sa pensée et de son action, est d'ordre à la fois moral,
national et social. Le Juif est à ses yeux l'agent de décomposition
d'une société qu'il a entrepris de dominer et d'asservir.
Il représente pour la patrie la menace d'une trahison permanente.
Il est enfin l'ennemi par excellence des pauvres, des humbles, des petits
qu'il exploite et qu'il ruine. Il incarne l'Argent " et c'est contre
lui que doivent se réconcilier ses deux principales victimes, en
qui se réfugie par ailleurs ce qui subsiste de dignité dans
" le monde moderne: l'ouvrier révolutionnaire et le conservateur
chrétien ".
Raoul Girardet Le nationalisme français,
Paris, Seuil, 1983, pp. 141-142.
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L'antisémitisme
socialiste chez Karl Marx
Ne cherchons pas le secret du juif dans
sa religion, mais cherchons le secret de la religion dans le juif. réel.
Quel est le fond profane du judaïsme? Le besoin pratique, l'intérêt
personnel.
Quel est le culte profane du juif ? Le trafic.
Quel est son dieu ? L'argent.
C'est de ses propres entrailles que la société bourgeoise
engendre continuellement le juif.
Quel était, en soi et pour soi, le fondement de la religion juive
? Le besoin pratique, l'égoïsme.
Le besoin pratique, l'égoïsme, voilà le principe de
la société bourgeoise, et il se manifeste comme tel dans
toute sa pureté dès que la société bourgeoise
a achevé de mettre au monde l'État politique. Le dieu du
besoin pratique et de l'intérêt personnel, c'est l'argent.
L'argent est le dieu jaloux d'Israël, devant qui nul autre dieu ne
doit exister. L'argent avilit tous les dieux des hommes: il les transforme
en une marchandise. L'argent est la valeur universelle de toutes choses,
constituée pour soi-même. C'est pourquoi il a dépouillé
le monde entier, le monde des hommes ainsi que la nature, de leur valeur
originelle. L'argent, c'est l'essence aliénée du travail
et de la vie de l'homme, et cette essence étrangère le domine,
et il l'adore.
Aussi, n'est ce pas seulement dans le Pentateuque ou dans le Talmud, mais
dans la société présente, que nous découvrons
l'être du juif d'aujourd'hui : non pas un être abstrait, mais
un être éminemment empirique, non seulement comme mesquinerie
du juif, mais comme mesquinerie juive de la société.
Du moment où la société réussit à faire
disparaître l'essence empirique du judaïsme, le trafic et ses
prémisses, le juif est devenu impossible, parce que sa conscience
n'a plus d'objet, parce que la base subjective du judaïsme, le besoin
pratique, s'est humanisée, parce que le conflit entre l'existence
individuelle sensible, et l'existence générique de l'homme
est surmonté.
L'émancipation sociale du juif, c'est l'émancipation de
la société libérée du judaïsme.
Karl Marx " A propos de la question juive ",
in Annales franco-allemandes, 1843 Texte
plus long sur le sujet
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3) Quel rapport établit Marx entre
judaïsme et société bourgeoise ? (doc. 2)
4) Que propose Marx pour favoriser "
l'émancipation sociale du juif " ? (deux derniers paragraphes,
doc. 2)
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Conquête
juive et résolution du problème social chez Edouard Drumont
La condamnation
de l'Argent c'est-à-dire du capitalisme bancaire, est constante
dans l'oeuvre de Drumont. Mais pour lui, la question sociale n'est qu'un
aspect de la question juive. S'il évoque la tristesse de la condition
ouvrière, s'il envisage même une possible accession des prolétaires
à la propriété des instruments de production, c'est
la nationalisation des biens juifs qu'il pose comme condition première
de toute tentative de réforme.
Le juif nous coûte cher! C'est la pensée qui, je crois, viendra
à chacun après m'avoir lu.
Nous voici arrivés, en effet, à la fin de ce tableau incomplet
forcément mais exact, pensons-nous, dans ses lignes essentielles,
qui montre le rôle du Juif en France.
Ceux qui nous ont suivis à travers tant d'années et tant
d'événements ont déjà, sans nul doute, formulé
la conclusion qui convient et qui se résume dans cet axiome : "
Quand le Juif monte, la France baisse; quand le Juif baisse, la France
monte. "
Avec le Sémite, tout part de la Bourse, tout revient à la
Bourse, toute action se résume en une spéculation.
Fondez des sociétés financières ! " Telle est
la première maxime politique du Juif. " Crucifiez de nouveau
le Christ! Persécutez ceux qui l'adorent! " Telle est la seconde
maxime.
Il est clair qu'une telle conception, appliquée à un grand
État chrétien, ne peut aboutir qu'à là situation
où nous sommes, à ce chaos que le Talmud (traité
Hagguiyah) appelle le Tohouvâ-bohou...
Notre malheureux pays aurait-il une chance d'échapper à
cet effondrement?
Oui, sans doute, si les opprimés s'entendaient pour réagir
contre le juif qui est leur ennemi commun.
Sur qui pèse le plus durement le régime actuel? Sur l'ouvrier
révolutionnaire et sur le conservateur chrétien. L'un est
atteint dans ses intérêts vitaux; l'autre est blessé
dans ses croyances les plus chères.
Pour l'ouvrier, la Révolution sociale est une nécessité
absolue. Convaincu désormais qu'il n'y a rien au-delà de
la terre, pliant sous le poids d'une exploitation que les exigences du
capital rendent de plus en plus rude, il se regarde comme un déshérité
de la vie; il veut posséder l'outillage industriel, comme le paysan
avant 89 voulait posséder la terre, il réclame la socialisation,
l'expropriation à son profit des instruments de travail.
[...] Il s'agit donc de savoir non pas tant si les ouvriers ont raison
de se proposer ce but, que de savoir s'ils ont chance de l'atteindre dans
les conditions actuelles. Je suis convaincu pour ma part, qu'ils ne réussiront
pas; ils mettront très facilement la main sur Paris, mais ils ne
pourront se saisir de la France. Les difficultés, qui arrêteront
les ouvriers, ne pas par elles-mêmes très considérables,
mais elles suffit à faire échouer leur entreprise.
Pourquoi un prince chrétien, aux conceptions fermes et larges qui,
au lieu de voir les questions à travers des lieux communs, les
regarderait en face ne confisquerait-il pas les biens juifs? Pourquoi,
avec ressources ainsi créées, ne permettrait-il pas aux
ouvriers d'expérimenter leurs théories sur l'exploitation
collective directe des usines et des établissements industriels
?
[...] Les Juifs possèdent la moitié du capital circulant
su terre. Or la fortune de la France, qui paye un budget près de
quatre- milliards, peut être évaluée à cent
cinquante milliards, sur lesquels les juifs possèdent bien quatre-vingt
milliards. J'estime, cependant, qu'avec les ménagements obligés,
avec la facilité de dénaturer les valeurs, une opération
comme celle-là ne produirait pas immédiatement plus de dix
à quinze milliards et j'accepte le chiffre de dix comme minimum.
Avec cinq ou six milliards comptant, on exproprierait certainement assez
d'usines, sans léser personne encore une fois pour permettre aux
ouvriers d'expérimenter leurs doctrines sociales dans des conditions
d'autant meilleures qu'aucune révolution violente n'ayant eu lieu,
aucun chômage ne se produirait.
Tout ceci, je ne crains pas d'insister sur ce point, s'accomplirait sans
secousses, sans effusion de sang, par simple décret en quelque
sorte, sans plonger le pays dans une de ces crises dont profite l'étranger.
L'administration des Biens juifs confisqués fonctionnerait comme
a fonctionné l'administration des Biens nationaux, et je ne vois
pas trop comment on attaquerait la légitimité de cet acte
puisque aucun des manuels, qu'on met entre les mains de la jeunesse, ne
hasarde un blâme contre les confiscations révolutionnaires.
L'avantage même, si l'on comparait, serait pour la transmission
de propriété que nous proposons. Nul ne conteste sérieusement,
en effet, que la richesse juive n'ait, comme nous l'avons dit, un caractère
spécial; elle est essentiellement parasitaire et usuraire, elle
n'est point le fruit du travail économisé d'innombrables
générations, mais le résultat de l'agiotage et du
dol; elle n'est point créée par le travail, mais soutirée,
avec une adresse merveilleuse, de la poche des travailleurs réels,
par des sociétés financières qui ont enrichi leurs
fondateurs en ruinant leurs actionnaires.
Édouard DRUMONT, La France juive, Flammarion
éd.
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6) Quelles sont les causes de l'antisémitisme
d'Edouard Drumont ? (doc. 3)
7) Que préconise Drumont dans ce
texte pour régler " la question juive " ? (doc. 3)
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La
dictature judéo-maçonnique
La France dominée
par la dictature des francs-maçons et des juifs (auxquels certains
ajouteront les protestants), tel va être finalement l'un des thèmes
essentiels des grandes campagnes nationalistes des toutes dernières
années du siècle.
Autrefois, on avait imaginé le mot surhumain pour qualifier certaines
vertus qui semblaient dépasser la portée de nos efforts
et auxquelles pourtant certains êtres d'élite parvenaient
à atteindre. Maintenant, il est devenu nécessaire de changer
le préfixe du mot, car le résultat de la dictature judéo-maçonnique,
c'est qu'un type nouveau, le type soushumain a été créé.
[...] Voilà donc ce qu'on a fait de notre Patrie, de cette France
dont le souvenir demeure impérissable dans l'histoire, voilà
ce qu'a fait la dictature judéo-maçonnique : une sorte de
cimetière où gisent ensevelies les forces, les vertus, les
croyances, les souffrances et les gloires de ceux qui nous ont précédés.
COPIN-ALBANCELLI, La Dictature maçonnique,
Conférence prononcée le 16 septembre 1899
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5)
Qu'est-ce que la Franc-maçonnerie ? De quoi les Francs-maçons
sont-ils accusés ? (doc. 1 et 4) |