Histoire du XIXe siècle
La montée du nationalisme et de l'antisémitisme en France au XIXème siècle
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Questions et commentaires

Les mouvements antisémites à la fin du XIXe siècle
L'antisémitisme socialiste chez Karl Marx
Conquête juive et résolution du problème social d'après Edouard Drumont
La dictature judéo-maçonnique

Les mouvements antisémites à la fin du XIXe siècle

En même temps qu'avec le boulangisme s'exprime dans l'opinion un très violent antiparlementarisme, un autre courant idéologique, d'origine entièrement différente, mais de caractère non moins passionnel commence à s'y développer : le courant antisémite.
En fait c'est de deux sources bien distinctes, une source socialiste et une source catholique et conservatrice, que se trouve directement issu l'antisémitisme français de la fin du XIXe siècle. Particulièrement violent chez Fourier, très sensible chez Proudhon, l'antisémitisme de beaucoup de socialistes français de la première moitié du XIXe siècle se trouve fortement exprimé dans l'ouvrage de l'un d'entre eux, Toussenel, publié en 1845 et qui porte ce titre significatif : Les Juifs rois de l'époque. Pour Toussenel le juif incarne le marchand, le négociant, la spéculation improductrice et spoliatrice; dans sa pensée, antisémimtisme et anticapitalisme tendent étroitement à se confondre. Synthèse qui se trouve déjà marquée d'un très net nationalisme puisque certaines nations (et notamment l'Angleterre) étant considérées comme totalement -dominées par les Juifs, ceux-ci ne peuvent être en France que les agents de l'étranger en même temps que l'instrument de oppression des travailleurs. Tel est le sens fondamental du mythe des Rothschild, symbole du capitalisme bancaire international, si souvent évoqué dans la littérature de la gauche républicaine sous la monarchie de Juillet.
Très vivace encore sous le Second Empire, l'antisémitisme de tradition socialiste n'a nullement disparu dans la France des premières années de la Troisième République. Mais il se trouve bientôt relayé et dépassé par un antisémitisme d'un autre type, l'antisémitisme du catholicisme conservateur et populaire. D'origine particulièrement ancienne, celui-ci semble avoir connu un brusque réveil avec les premières mesures anticléricales du parti républicain arrivé au pouvoir. C'est alors que la dénonciation de la franc-maçonnerie prend une forme de plus en plus violente et que la dénonciation du danger juif tend à s'y trouver de plus en plus fréquemment mêlée. Il convient de citer à cet égard comme particulièrement caractéristique l'ouvrage d'un religieux, le père Chabauty, Les Juifs nos maitres, publié en 1882. On y dévoile l'origine juive des sociétés secrètes, on révèle leur dessein d'abattre les nations chrétiennes et d'établir leur domination sur le monde. Le thème sera dès lors inlassablement développé.
Mais c'est à Édouard Drumont (1844-1917), dans La France juive, publiée en 1886, qu'il va appartenir de réaliser la synthèse de l'antisémitisme socialiste et de l'antisémitisme chrétien. Républicain par ses origines familiales (son père était un vieux lecteur des Châtiments), converti au catholicisme vers 1880, Drumont est inclassable dans l'éventail il des options politiques. Son antisémitisme, qui constitue le seul principe de sa pensée et de son action, est d'ordre à la fois moral, national et social. Le Juif est à ses yeux l'agent de décomposition d'une société qu'il a entrepris de dominer et d'asservir. Il représente pour la patrie la menace d'une trahison permanente. Il est enfin l'ennemi par excellence des pauvres, des humbles, des petits qu'il exploite et qu'il ruine. Il incarne l'Argent " et c'est contre lui que doivent se réconcilier ses deux principales victimes, en qui se réfugie par ailleurs ce qui subsiste de dignité dans " le monde moderne: l'ouvrier révolutionnaire et le conservateur chrétien ".
Raoul Girardet Le nationalisme français, Paris, Seuil, 1983, pp. 141-142.

 
   

1) D'après R. Girardet, quelles sont les deux sources de l'antisémitisme en France au XIXème siècle ? (doc. 1)

2) Que reprochent aux Juifs les antisémites français ? (doc. 1)

5) Qu'est-ce que la Franc-maçonnerie ? De quoi les Francs-maçons sont-ils accusés ? (doc. 1 et 4)

L'antisémitisme socialiste chez Karl Marx

Ne cherchons pas le secret du juif dans sa religion, mais cherchons le secret de la religion dans le juif. réel. Quel est le fond profane du judaïsme? Le besoin pratique, l'intérêt personnel.
Quel est le culte profane du juif ? Le trafic.
Quel est son dieu ? L'argent.
C'est de ses propres entrailles que la société bourgeoise engendre continuellement le juif.
Quel était, en soi et pour soi, le fondement de la religion juive ? Le besoin pratique, l'égoïsme.
Le besoin pratique, l'égoïsme, voilà le principe de la société bourgeoise, et il se manifeste comme tel dans toute sa pureté dès que la société bourgeoise a achevé de mettre au monde l'État politique. Le dieu du besoin pratique et de l'intérêt personnel, c'est l'argent.
L'argent est le dieu jaloux d'Israël, devant qui nul autre dieu ne doit exister. L'argent avilit tous les dieux des hommes: il les transforme en une marchandise. L'argent est la valeur universelle de toutes choses, constituée pour soi-même. C'est pourquoi il a dépouillé le monde entier, le monde des hommes ainsi que la nature, de leur valeur originelle. L'argent, c'est l'essence aliénée du travail et de la vie de l'homme, et cette essence étrangère le domine, et il l'adore.
Aussi, n'est ce pas seulement dans le Pentateuque ou dans le Talmud, mais dans la société présente, que nous découvrons l'être du juif d'aujourd'hui : non pas un être abstrait, mais un être éminemment empirique, non seulement comme mesquinerie du juif, mais comme mesquinerie juive de la société.
Du moment où la société réussit à faire disparaître l'essence empirique du judaïsme, le trafic et ses prémisses, le juif est devenu impossible, parce que sa conscience n'a plus d'objet, parce que la base subjective du judaïsme, le besoin pratique, s'est humanisée, parce que le conflit entre l'existence individuelle sensible, et l'existence générique de l'homme est surmonté.
L'émancipation sociale du juif, c'est l'émancipation de la société libérée du judaïsme.
Karl Marx " A propos de la question juive ", in Annales franco-allemandes, 1843 Texte plus long sur le sujet

   

3) Quel rapport établit Marx entre judaïsme et société bourgeoise ? (doc. 2)

4) Que propose Marx pour favoriser " l'émancipation sociale du juif " ? (deux derniers paragraphes, doc. 2)

Conquête juive et résolution du problème social chez Edouard Drumont

La condamnation de l'Argent c'est-à-dire du capitalisme bancaire, est constante dans l'oeuvre de Drumont. Mais pour lui, la question sociale n'est qu'un aspect de la question juive. S'il évoque la tristesse de la condition ouvrière, s'il envisage même une possible accession des prolétaires à la propriété des instruments de production, c'est la nationalisation des biens juifs qu'il pose comme condition première de toute tentative de réforme.
Le juif nous coûte cher! C'est la pensée qui, je crois, viendra à chacun après m'avoir lu.
Nous voici arrivés, en effet, à la fin de ce tableau incomplet forcément mais exact, pensons-nous, dans ses lignes essentielles, qui montre le rôle du Juif en France.
Ceux qui nous ont suivis à travers tant d'années et tant d'événements ont déjà, sans nul doute, formulé la conclusion qui convient et qui se résume dans cet axiome : " Quand le Juif monte, la France baisse; quand le Juif baisse, la France monte. "
Avec le Sémite, tout part de la Bourse, tout revient à la Bourse, toute action se résume en une spéculation.
Fondez des sociétés financières ! " Telle est la première maxime politique du Juif. " Crucifiez de nouveau le Christ! Persécutez ceux qui l'adorent! " Telle est la seconde maxime.
Il est clair qu'une telle conception, appliquée à un grand État chrétien, ne peut aboutir qu'à là situation où nous sommes, à ce chaos que le Talmud (traité Hagguiyah) appelle le Tohouvâ-bohou...
Notre malheureux pays aurait-il une chance d'échapper à cet effondrement?
Oui, sans doute, si les opprimés s'entendaient pour réagir contre le juif qui est leur ennemi commun.
Sur qui pèse le plus durement le régime actuel? Sur l'ouvrier révolutionnaire et sur le conservateur chrétien. L'un est atteint dans ses intérêts vitaux; l'autre est blessé dans ses croyances les plus chères.
Pour l'ouvrier, la Révolution sociale est une nécessité absolue. Convaincu désormais qu'il n'y a rien au-delà de la terre, pliant sous le poids d'une exploitation que les exigences du capital rendent de plus en plus rude, il se regarde comme un déshérité de la vie; il veut posséder l'outillage industriel, comme le paysan avant 89 voulait posséder la terre, il réclame la socialisation, l'expropriation à son profit des instruments de travail.
[...] Il s'agit donc de savoir non pas tant si les ouvriers ont raison de se proposer ce but, que de savoir s'ils ont chance de l'atteindre dans les conditions actuelles. Je suis convaincu pour ma part, qu'ils ne réussiront pas; ils mettront très facilement la main sur Paris, mais ils ne pourront se saisir de la France. Les difficultés, qui arrêteront les ouvriers, ne pas par elles-mêmes très considérables, mais elles suffit à faire échouer leur entreprise.
Pourquoi un prince chrétien, aux conceptions fermes et larges qui, au lieu de voir les questions à travers des lieux communs, les regarderait en face ne confisquerait-il pas les biens juifs? Pourquoi, avec ressources ainsi créées, ne permettrait-il pas aux ouvriers d'expérimenter leurs théories sur l'exploitation collective directe des usines et des établissements industriels ?
[...] Les Juifs possèdent la moitié du capital circulant su terre. Or la fortune de la France, qui paye un budget près de quatre- milliards, peut être évaluée à cent cinquante milliards, sur lesquels les juifs possèdent bien quatre-vingt milliards. J'estime, cependant, qu'avec les ménagements obligés, avec la facilité de dénaturer les valeurs, une opération comme celle-là ne produirait pas immédiatement plus de dix à quinze milliards et j'accepte le chiffre de dix comme minimum.
Avec cinq ou six milliards comptant, on exproprierait certainement assez d'usines, sans léser personne encore une fois pour permettre aux ouvriers d'expérimenter leurs doctrines sociales dans des conditions d'autant meilleures qu'aucune révolution violente n'ayant eu lieu, aucun chômage ne se produirait.
Tout ceci, je ne crains pas d'insister sur ce point, s'accomplirait sans secousses, sans effusion de sang, par simple décret en quelque sorte, sans plonger le pays dans une de ces crises dont profite l'étranger. L'administration des Biens juifs confisqués fonctionnerait comme a fonctionné l'administration des Biens nationaux, et je ne vois pas trop comment on attaquerait la légitimité de cet acte puisque aucun des manuels, qu'on met entre les mains de la jeunesse, ne hasarde un blâme contre les confiscations révolutionnaires.
L'avantage même, si l'on comparait, serait pour la transmission de propriété que nous proposons. Nul ne conteste sérieusement, en effet, que la richesse juive n'ait, comme nous l'avons dit, un caractère spécial; elle est essentiellement parasitaire et usuraire, elle n'est point le fruit du travail économisé d'innombrables générations, mais le résultat de l'agiotage et du dol; elle n'est point créée par le travail, mais soutirée, avec une adresse merveilleuse, de la poche des travailleurs réels, par des sociétés financières qui ont enrichi leurs fondateurs en ruinant leurs actionnaires.
Édouard DRUMONT, La France juive, Flammarion éd.

   

6) Quelles sont les causes de l'antisémitisme d'Edouard Drumont ? (doc. 3)

7) Que préconise Drumont dans ce texte pour régler " la question juive " ? (doc. 3)

 

La dictature judéo-maçonnique

La France dominée par la dictature des francs-maçons et des juifs (auxquels certains ajouteront les protestants), tel va être finalement l'un des thèmes essentiels des grandes campagnes nationalistes des toutes dernières années du siècle.
Autrefois, on avait imaginé le mot surhumain pour qualifier certaines vertus qui semblaient dépasser la portée de nos efforts et auxquelles pourtant certains êtres d'élite parvenaient à atteindre. Maintenant, il est devenu nécessaire de changer le préfixe du mot, car le résultat de la dictature judéo-maçonnique, c'est qu'un type nouveau, le type soushumain a été créé.
[...] Voilà donc ce qu'on a fait de notre Patrie, de cette France dont le souvenir demeure impérissable dans l'histoire, voilà ce qu'a fait la dictature judéo-maçonnique : une sorte de cimetière où gisent ensevelies les forces, les vertus, les croyances, les souffrances et les gloires de ceux qui nous ont précédés.
COPIN-ALBANCELLI, La Dictature maçonnique, Conférence prononcée le 16 septembre 1899

    5) Qu'est-ce que la Franc-maçonnerie ? De quoi les Francs-maçons sont-ils accusés ? (doc. 1 et 4)