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sorcières à la Renaissance
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à l'inquisition et dans une certaine mesure au Parlement de Paris,
Jean Bodin croit aux sorcières Les juges ont-ils suivi Jean Bodin ? |
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à l'inquisition et dans une certaine mesure au Parlement de Paris,
Jean Bodin croit aux sorcières 1580 * Jean Bodin, De la démonomanie des sorciers, Paris. Treize éditions françaises de ce traité se succédèrent entre 1580 et 1616, c'est-à-dire au plus fort de la chasse aux sorcières, et le livre fut traduit dans quatre langues. Nombre de juges le possédaient dans leur bibliothèque. Jean Bodin explique que c'est un procès qu'il a été appelé à juger, en avril 1578, intenté à Jeanne Harvillier, une sorcière de Verberie, près de Compiègne, qui lui donna occasion de "mettre la main à la plume", afin de "servir à l'instruction des juges" et de répondre à ceux qui mettaient en doute la réalité de la sorcellerie : son traité était une réplique à celui d'un médecin rhénan, Jean Wier, publié en 1563, tra-duit en français en 1567 sous le titre Cinq livres de l'imposture et tromperie des diables, des enchantements et sorcelleries, pris du latin de Jean Wier. Ce dernier, qui, comme tout chrétien, ne mettait pas en doute l'existence du Diable, insistait surtout sur "l'humeur mélancolique", la vieillesse "radotée" des sorcières dont le mal devait être, selon lui, plutôt traité par des médecins que par des juges. Les arguments de Jean Bodin sont multiples mais convergents, car tous conduisent à vouloir prouver la légitimité des accusations portées contre les sorcières. Source : Joël Cornette ... Haut de page |
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juges ont-ils suivi Jean Bodin ? Rien n'est moins sûr : nous savons bien, à présent, après les études d'Alfred Soman, que les juges des parlements, en particulier à Paris, ont manifesté, très tôt, leur scepticisme dans les affaires de sorcellerie, et une grande modération par rapport aux tribunaux inférieurs. Nous possédons, en effet, des chiffres fiables, grâce aux recherches menées par Alfred Soman dans les fonds du parlement de Paris dont la juridiction recouvrait prati-quement la moitié du royaume. Ses recherches ont permis d'identifier 1 254 cas portés en appel entre 1540 et 1670. A ces 1 254 cas, on peut ajouter 593 mentions glanées dans d'autres sources. Sur les 1 254 cas portés en appel, les peines de mort décrétées par les juges inférieurs se montent à 474, soit 38 %. Mais l'ensemble n'aboutit qu'à 103 ou 115 confirmations par les juges supérieurs, soit 8 à 9 % du total initial. Toutes ces données doivent être corrigées par des études, à mener, sur les juridictions inférieures, plus sévères. Mais on peut déjà constater une grande modération des juges parisiens. La centaine de bûchers confirmés doit être comparée aux 150 exécutions qui eurent lieu, au même moment, dans les Provinces Unies, pour une population d'un million et demi d'habitants. Et aux 22 500 bûchers qui furent allumés dans le Saint Empire ! On peut nuancer encore - Nuances géographiques. Une étude précise de la localisation des affaires de sorcellerie, la géographie des procès, montre que la répression sévissait seulement dans quelques régions, en particulier les régions frontières du nord est, proches des terres étrangères. L'ouest a été peu touché (Mayenne et Vendée n'atteignent que 1 % des appels). Et il n'y eut pratiquement pas de chasse aux sorcières en Bretagne. - Nuances chronologiques. Les périodes de chasse aux sorcières apparaissent assez brèves. Avant 1571, les archives du parlement de Paris ne présentent que 39 appels concernant les sorciers et les sorcières, dont 2 aboutissent à des peines de mort. L'année 1572, celle de la saint Barthélemy, se distingue, avec 20 appels. Mais cette sévérité serait liée au climat de "violence panique" de cette année 1572. Immédiatement après, et jusqu'en 1580 (date de parution de la Démonomanie des sorciers), les poursuites retombent autour de 7 par an. Mais la jurisprudence s'est durcie : près du tiers des appelants étaient désormais torturés, 13 % condamnés à mort. Les mêmes tendances se retrouvent de 1581 à 1587, avec une poussée du nombre des appels, qui s'établirent en moyenne à une vingtaine par an. Au total, 265 appelants comparurent de 1540 à 1587, dont 91 furent appliqués à la question et 32 exécutés. D'octobre 1587 à la fin de l'année 1588, 60 appels furent enregistrés, ce qui consti-tua le maximum absolu du XVIe siècle. Les documents privilégient alors la région ardennaise, d'où provenaient 36 des accusés, outre des mentions de personnes lynchées ou exécutées sur place. Ensuite, on a un nouveau sommet en 1610 (50 appels). Sur un total de 479 comparants, d'octobre 1587 à 1610, 58 furent condamnés au bûcher, soit 12 %. Et il faut noter que la plus grande sévérité jamais atteinte fut l'époque ou la Ligue gouvernait Paris. Le pourcentage d'arrêts de mort montant alors à 27 %. A partir de 1610, les appels conservèrent un niveau moyen relativement élevé jusqu'en 1625, puis il chuta aux environs de 10 par an, à l'exception d'une brève poussée en 1644-1645 (appels en provenance d'Ardennes, une fois encore). De 1610 à 1670, seuls 8 des 500 appelants furent torturés, et 13 brûlés. Les dernières peines de mort pour sorcellerie décrétées par le parlement de Paris furent appliquées en 1625 3. 3. Alfred Soman, "Les procès
de sorcellerie au parlement de Paris", 1565-1640, Annales ESC, 1977,
p. 794-815. Du même : Sorcellerie et justice criminelle. Le parlement
de Paris (XVIe-XVlle siècle), Hampshire, Variorum, 1992. Voir aussi
les études de Robert Muchembled, en particulier Le Roi et la sorcière.
L'Europe des bûchers, XVe-XVIIIe siècle, Paris, Desclée,
1993. Sur le scepticisme des magistrats face à la sorcellerie,
on consultera la thèse de Robert Mandrou, Magistrats et sorciers
en France au XVIIe siècle. Une analyse de psychologie historique,
Paris, Seuil, 1980. Voir aussi la dernière synthèse proposée
par Robert Muchembled, Magie et sorcellerie en Europe, du moyen âge
à nos jours, sous la direction de Robert Muchenbled, Paris, Armand
Colin, 1994. En particulier p. 116 et suivantes. |