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Texte Lettre
encyclique de s.s. Léon XIII du 15 mai 1891
Rerum novarum (des réalités nouvelles)
[des effets de la révolution industrielle]
L'industrie s'est développée et ses méthodes se sont
complètement renouvelées. Les rapports entre patrons
et ouvriers se sont modifiés. La richesse a afflué entre
les mains d'un petit nombre et la multitude a été laissée
dans l'indigence. Les ouvriers ont conçu une opinion plus haute
d'eux-mêmes et ont contracté entre eux une union plus intime.
Tous ces faits, sans parler de la corruption des moeurs, ont eu pour résultat
un redoutable conflit.
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[
] il Nous semblait opportun
[ d'agir ] en vous entretenant de la Condition des ouvriers. [
]
Le problème n'est pas aisé à résoudre, ni
exempt de péril. Il est difficile, en effet, de préciser
avec justesse les droits et les devoirs qui règlent les relations
des riches et des prolétaires, des capitalistes et des travailleurs.
D'autre part, le problème n'est pas sans danger, parce que trop
souvent d'habiles agitateurs cherchent à en dénaturer le
sens et en profitent pour exciter les multitudes et fomenter les troubles.
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[La destruction des corporations et ses
conséquences]
[
] Le dernier siècle a détruit, sans rien leur
substituer, les corporations anciennes qui étaient pour eux une
protection. Les sentiments religieux du passé ont disparu des lois
et des institutions publiques et ainsi, peu à peu, les travailleurs
isolés et sans défense se sont vu, avec le temps, livrer
à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité
d'une concurrence effrénée. Une usure dévorante est
venue accroître encore le mal. Condamnée à plusieurs
reprises par le jugement de l'Église, elle n'a cessé d'être
pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain et
d'une insatiable cupidité. À tout cela, il faut ajouter
la concentration entre les mains de quelques-uns de l'industrie et du
commerce devenus le partage d'un petit nombre d'hommes opulents et de
ploutocrates qui imposent ainsi un joug presque servile à l'infinie
multitude des prolétaires.
[Contre la propriété
collective des moyens de production]
Les socialistes, pour guérir ce mal, poussent à la haine
jalouse des pauvres contre les riches. Ils prétendent que toute
propriété de biens privés doit être supprimée,
que les biens d'un chacun doivent être communs à tous, et
que leur administration doit revenir aux municipalités ou à
l'État. Moyennant ce transfert des propriétés et
cette égale répartition entre les citoyens des richesses
et de leurs avantages, ils se flattent de porter un remède efficace
aux maux présents.
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[Qui prive l'ouvrier de la maîtrise
de ce qui est nécessaire pour vivre]
: [
] De fait, comme il est facile de le comprendre, la raison intrinsèque
du travail entrepris par quiconque exerce un métier, le but immédiat
visé par le travailleur, c'est d'acquérir un bien qu'il
possédera en propre et comme lui appartenant. [
] Car s'il
met à la disposition d'autrui ses forces et son énergie,
ce n'est évidemment que pour obtenir de quoi pourvoir à
son entretien et aux besoins de la vie. Il attend de son travail le droit
strict et rigoureux, non seulement de recevoir son salaire, mais encore
d'en user comme bon lui semblera. [
] Ainsi, cette conversion de
la propriété privée en propriété collective,
préconisée par le socialisme, n'aurait d'autre effet que
de rendre la situation des ouvriers plus précaire, en leur retirant
la libre disposition de leur salaire et en leur enlevant, par le fait
même, tout espoir et toute possibilité d'agrandir leur patrimoine
et d'améliorer leur situation.
[
] La force de ces raisonnements est d'une évidence telle
qu'il est permis de s'étonner que certains tenants d'opinions surannées
puissent encore y contredire
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[Et qui prive de la possibilité
de conduire sa vie de famille]
[
] Aucune loi humaine ne saurait enlever d'aucune façon
le droit naturel et primordial de tout homme au mariage, [
] Ce droit
de propriété que Nous avons, au nom même de la nature,
revendiqué pour l'individu, doit être maintenant transféré
à l'homme, chef de famille. [
] La nature impose au père
de famille le devoir sacré de nourrir et d'entretenir ses enfants.
De plus, [
] la nature lui inspire de se préoccuper de leur
avenir et de leur créer un patrimoine qui les aide à se
défendre honnêtement dans les vicissitudes de la vie, contre
les surprises de la mauvaise fortune. Or, il ne pourra leur créer
ce patrimoine sans posséder des biens productifs qu'il puisse leur
transmettre par voie d'héritage. [
] Ainsi, en substituant
à la providence paternelle la providence de l'État, les
socialistes vont contre la justice naturelle et brisent les liens de la
famille.
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[Et qui détruit l'envie de créer
des richesses]
[
] Le talent et l'esprit d'initiative personnels étant
privés de leurs stimulants, la richesse, par une conséquence
nécessaire, serait tarie dans sa source même. Enfin le mythe
tant caressé de l'égalité ne serait pas autre chose,
en fait, qu'un nivellement absolu de tous les hommes dans une commune
misère et dans une commune médiocrité. De tout ce
que Nous venons de dire, il résulte que la théorie socialiste
de la propriété collective est absolument à répudier
comme préjudiciable à ceux-là mêmes qu'on veut
secourir, contraire aux droits naturels des individus, comme dénaturant
les fonctions de l'État et troublant la tranquillité publique.
Que ceci soit donc bien établi : le premier principe sur lequel
doit se baser le relèvement des classes inférieures est
l'inviolabilité de la propriété privée.
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[L'Eglise porte les remèdes aux
oppositions sociales] [
] La question qui s'agite est d'une nature
telle, qu'à moins de faire appel à la religion et à
l'Église, il est impossible de lui trouver jamais une solution.
[
] C'est l'Église, en effet, qui puise dans l'Évangile
des doctrines capables, soit de mettre fin au conflit, soit au moins de
l'adoucir en lui enlevant tout ce qu'il a d'âpreté et d'aigreur
[
]
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[Nécessité d'aptitudes variées
et de conditions diverses]
Le premier principe à mettre en avant, c'est que l'homme doit
accepter cette nécessité de sa nature qui rend impossible,
dans la société civile, l'élévation de tous
au même niveau. Sans doute, c'est là ce que poursuivent les
socialistes. Mais contre la nature, tous les efforts sont vains. C'est
elle, en effet, qui a disposé parmi les hommes des différences
aussi multiples que profondes ; différences d'intelligence, de
talent, de santé, de force. Cette inégalité d'ailleurs
tourne au profit de tous, de la société comme des individus.
La vie sociale requiert dans son organisation des aptitudes variées
et des fonctions diverses, et le meilleur stimulant à assumer ces
fonctions est, pour les hommes, la différence de leurs conditions
respectives.
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[Une société parfaite
est utopique]
[
] les funestes conséquences du péché sont
dures à supporter, amères, pénibles, et qu'elles
se font sentir à l'homme, sans qu'il puisse y échapper,
jusqu'à la fin de sa vie. Oui, la douleur et la souffrance sont
l'apanage de l'humanité, et les hommes auront beau tout essayer,
tout tenter pour les bannir, ils n'y réussiront jamais, quelques
ressources, qu'ils déploient et quelques forces qu'ils mettent
en jeu. S'il en est qui s'en attribuent le pouvoir, s'il en est qui promettent
au pauvre une vie exempte de souffrances et de peines, tout adonnée
au repos et à de perpétuelles jouissances, ceux-là
certainement trompent le peuple et le bercent d'illusions d'où
sortiront un jour des maux plus grands que ceux du présent.
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[Nécessaire coopération
des classes]
L'erreur capitale, dans la question présente, c'est de croire
que les deux classes sont ennemies-nées l'une de l'autre, comme
si la nature avait armé les riches et les pauvres pour qu'ils se
combattent mutuellement dans un duel obstiné. C'est là une
affirmation à ce point déraisonnable et fausse que la vérité
se trouve dans une doctrine absolument opposée.
Dans le corps humain, les membres malgré leur diversité
s'adaptent merveilleusement l'un à l'autre, de façon à
former un tout exactement proportionné et que l'on pourrait appeler
symétrique. Ainsi, dans la société, les deux classes
sont destinées par la nature à s'unir harmonieusement dans
un parfait équilibre. Elles ont un impérieux besoin l'une
de l'autre : il ne peut y avoir de capital sans travail, ni de travail
sans capital. La concorde engendre l'ordre et la beauté. Au contraire,
d'un conflit perpétuel il ne peut résulter que la confusion
des luttes sauvages. Or, pour diminuer ce conflit et couper le mal dans
sa racine, les institutions chrétiennes ont à leur disposition
des moyens admirables et variés.
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[Des devoirs réciproques entre
riches et pauvres]
Et d'abord tout l'ensemble des vérités religieuses,
dont l'Église est la gardienne et l'interprète, est de nature
à rapprocher et à réconcilier les riches et les pauvres,
en rappelant aux deux classes leurs devoirs mutuels et, avant tous les
autres, ceux qui dérivent de la justice.
Parmi ces devoirs, voici ceux qui regardent le pauvre et l'ouvrier. [
]
Il ne doit point léser son patron [
].
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[Devoirs
des employeurs]
Quant aux riches et aux patrons, ils ne doivent point traiter l'ouvrier
en esclave; il est juste qu'ils respectent en lui la dignité de
l'homme, relevée encore par celle du chrétien. Le travail
du corps, au témoignage commun de la raison et de la philosophie
chrétienne, loin d'être un sujet de honte, fait honneur à
l'homme, parce qu'il lui fournit un noble moyen de sustenter sa vie. Ce
qui est honteux et inhumain, c'est d'user de l'homme comme d'un vil instrument
de lucre, de ne restituer qu'en proportion de la vigueur de ses bras.
Le christianisme, en outre, prescrit qu'il soit tenu compte des intérêts
spirituels de l'ouvrier et du bien de son âme. Aux patrons, il revient
de veiller à ce que l'ouvrier ait un temps suffisant à consacrer
à la piété ; qu'il ne soit point livré à
la séduction et aux sollicitations corruptrices ; que rien ne vienne
affaiblir en lui l'esprit de famille, ni les habitudes d'économie.
Il est encore défendu aux patrons d'imposer à leurs subordonnés
un travail au-dessus de leurs forces ou en désaccord avec leur
âge ou leur sexe.
Mais, parmi les devoirs principaux du patron, il faut mettre au premier
rang celui de donner à chacun le salaire qui convient. [
]
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[Les richesses peuvent être
un obstacle pour avoir la vie éternelle]
Que vous abondiez en richesses et en tout ce qui est réputé
biens de la fortune, ou que vous en soyez privé, cela n'importe
nullement à l'éternelle béatitude. Ce qui importe,
c'est l'usage que vous en faites. [
] Jésus-Christ n'a point
supprimé les afflictions qui forment presque toute la trame de
la vie mortelle ; il en a fait des stimulants de la vertu et des sources
de mérite, en sorte qu'il n'est point d'homme qui puisse prétendre
aux récompenses s'il ne marche sur les traces sanglantes de Jésus-Christ.
Si nous souffrons avec lui, nous régnerons avec lui ( Saint Paul,
2 Tim. 2, 12 ).[
] Ainsi, les fortunés de ce monde sont avertis
que les richesses ne les mettent pas à couvert de la douleur, qu'elles
ne sont d'aucune utilité pour la vie éternelle, mais plutôt
un obstacle ( saint Matthieu, 19, 25-24 ), qu'ils doivent trembler devant
les menaces insolites que Jésus-Christ profère contre les
riches ( saint Luc, 6,24-25) ; qu'enfin il viendra un jour où ils
devront rendre à Dieu, leur juge, un compte très rigoureux
de l'usage qu'ils auront fait de leur fortune.
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[Devoir de communiquer ses richesses]
Sur l'usage des richesses, voici l'enseignement d'une excellence et d'une
importance extrême que la philosophie a pu ébaucher, mais
qu'il appartenait à l'Église de nous donner dans sa perfection
et de faire passer de la théorie à la pratique. [
]
C'est pourquoi l'Apôtre a dit : " Ordonne aux riches de ce
siècle... de donner facilement, de communiquer leurs richesses
( Saint Paul, 1 Tim 6,18 )". "( Saint Thomas, Sum. theol., II-II,
q.65 a.2 ) [
] c'est un devoir de verser le superflu dans le sein
des pauvres. Ce qui reste, donnez-le en aumône ( saint Luc, 11,41)
[
] Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir (
Actes, 20,35 ), dit-il. Le Seigneur tiendra pour faite ou refusée
à lui-même l'aumône qu'on aura faite ou refusée
aux pauvres. Chaque fois que vous avez fait l'aura ne à l'un des
moindres de mes frères que vous voyez, c'est à moi que vous
l'avez faite ( Saint Matthieu, 25,40 ). Du reste, voici en quelques mots
le résumé de cette doctrine. Quiconque a reçu de
la divine Bonté une plus grande abondance, soit des biens extérieurs
et du corps, soit des biens de l'âme, les a reçus dans le
but de les faire servir à son propre perfectionnement et également,
comme ministre de la Providence, au soulagement des autres. C'est pourquoi
" quelqu'un a-t-il le talent de la parole, qu'il prenne garde de
se taire ; une surabondance de biens, qu'il ne laisse pas la miséricorde
s'engourdir au fond de son cur ; l'art de gouverner, qu'il s'applique
avec soin à en partager avec son frère et l'exercice et
les bienfaits. " ( Saint Grégoire le Grand, In Evang., lib.
I, hom. 9, n.7 )
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[Tendresse de Dieu pour le travailleur
et pour les opprimés]
Quant aux déshérités de la fortune, ils apprennent
de l'Église que, selon le jugement de Dieu lui-même, la pauvreté
n'est pas un opprobre et qu'il ne faut pas rougir de devoir gagner son
pain à la sueur de son front. C'est ce que Jésus-Christ
Notre Seigneur a confirmé par son exemple, lui qui[
] a voulu
passer aux yeux du monde pour le fils d'un ouvrier [
] N'est-ce pas
le charpentier, fils de Marie ? ( Saint Marc 6,3 ) Quiconque tiendra sous
son regard le Modèle divin comprendra plus facilement ce que Nous
allons dire : la vraie dignité de l'homme et son excellence résident
dans ses moeurs, c'est-à-dire dans sa vertu ; la vertu est le patrimoine
commun des mortels, à la portée de tous, des petits et des
grands, des pauvres et des riches ; seuls la vertu et les mérites,
partout où on les rencontre, obtiendront la récompense de
l'éternelle béatitude. Bien plus, c'est vers les classes
infortunées que le coeur de Dieu semble s'incliner davantage. Jésus-Christ
appelle les pauvres des bienheureux ( saint Matthieu 5,5 ), il invite
avec amour à venir à lui, afin qu'il les console, tous ceux
qui souffrent et qui pleurent ( saint Matthieu 11,28 ) il embrasse avec
une charité plus tendre les petits et les opprimés.
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[L'application des devoirs sociaux]
Tel est l'ensemble des droits et des devoirs qu'enseigne la philosophie
chrétienne. Ne verrait-on pas l'apaisement se faire à bref
délai, si ces enseignements pouvaient prévaloir dans les
sociétés ? [
] Cependant, l'Église ne se contente
pas d'indiquer où se trouve le remède, elle l'applique au
mal de sa propre main. [
]
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[Efficacité des sacrements]
l'action de l'Église est souveraine. Les instruments dont elle
dispose pour toucher les âmes lui ont été donnés
à cette fin par Jésus-Christ et ils portent en eux une efficacité
divine. Ils sont les seuls aptes à pénétrer jusque
dans les profondeurs du coeur humain, les seuls capables d'amener l'homme
à obéir aux injonctions du devoir, à maîtriser
ses passions, à aimer Dieu et son prochain d'une charité
sans mesure, à briser courageusement tous les obstacles qui entravent
sa marche dans la voie de la vertu.
[
] Qu'on ne pense pas que l'Église se laisse tellement absorber
par le soin des âmes qu'elle néglige ce qui se rapporte à
la vie terrestre et mortelle. Pour ce qui est en particulier de la classe
des travailleurs, elle veut les arracher à la misère et
leur procurer un sort meilleur, et elle fait tous ses efforts pour obtenir
ce résultat.
[
] Dès que les moeurs chrétiennes sont en honneur,
elles exercent naturellement sur la prospérité temporelle
leur part de bienfaisante influence. En effet, elles attirent la faveur
de Dieu, principe et source de tout bien ; elles compriment le désir
excessif des richesses et la soif des voluptés, ces deux fléaux
qui trop souvent jettent l'amertume et le dégoût dans le
sein même de l'opulence ( saint Paul, 1 Tim 6,10 ) .
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[Des institutions de charité]
L'Église en outre pourvoit encore directement au bonheur des classes
déshéritées par la fondation et le soutien d'institutions
qu'elle estime propres à soulager leur misère. En ce genre
de bienfaits, elle a même tellement excellé que ses propres
ennemis ont fait son éloge.
Les Apôtres avaient confié la distribution quotidienne des
aumônes aux diacres dont l'ordre avait été spécialement
institué à cette fin. [
] Elle est allée jusqu'à
assurer des secours aux malheureux, en leur épargnant l'humiliation
de tendre la main. Cette commune Mère des riches et des pauvres,
profitant des merveilleux élans de charité qu'elle avait
partout provoqués, fonda des sociétés religieuses
et une foule d'autres institutions utiles qui ne devaient laisser sans
soulagement à peu près aucun genre de misère. [
]
Toutefois, pour obtenir le résultat voulu, il faut sans aucun doute
recourir de plus aux moyens humains. Tous ceux que la question regarde
doivent donc viser au même but et travailler de concert, [
]
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[Des responsabilités de
l'Etat]
Les chefs d'État doivent d'abord apporter un concours d'ordre général
par tout l'ensemble des lois et des institutions. Nous voulons dire qu'ils
doivent agir en sorte que la constitution et l'administration de la société
fassent fleurir naturellement la prospérité, tant publique
que privée.
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[Utilité de l'ordre moral]
Tel est, en effet, l'office de la prudence civile et le devoir propre
de tous ceux qui gouvernera. Or, ce qui fait une nation prospère,
c'est la probité des moeurs, l'ordre et la moralité comme
bases de la famille, la pratique de la religion et le respect de la justice,
c'est un taux modéré et une répartition équitable
des impôts, le progrès de l'industrie et du commerce, une
agriculture florissante et autres éléments du même
genre, s'il en est que l'on ne peut développer sans augmenter d'autant
le bien-être et le bonheur des citoyens.
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[L'Etat a le droit d'intervenir pour
les pauvres]
De même donc que, par tous ces moyens, l'État peut se rendre
utile aux autres classes, de même il peut grandement améliorer
le sort de la classe ouvrière. Il le fera dans toute la rigueur
de son droit et sans avoir à redouter le reproche d'ingérence
[
] Les pauvres au même titre que les riches sont, de par le
droit naturel, des citoyens, c'est-à-dire du nombre des parties
vivantes dont se compose, par l'intermédiaire des familles, le
corps entier de la nation. [
]
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[Intervention de l'Etat dans la plus
ou moins grande égalité des fortunes]
parmi les graves et nombreux devoirs des gouvernants qui veulent pourvoir
comme il convient au bien public, celui qui domine tous les autres consiste
à avoir soin également de toutes les classes de citoyens,
en observant rigoureusement les lois de la justice dite distributive.
[
] Tous les citoyens sans exception doivent apporter leur part à
la masse des biens communs qui, du reste, par un retour naturel, se répartissent
de nouveau entre les individus.
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[Inévitable maintien des
différences de fonctions et de conditions entre les hommes]
[ Mais ] il y aura toujours entre les citoyens ces inégalités
de conditions sans lesquelles une société ne peut ni exister,
ni être conçue. À tout prix, il faut des hommes qui
gouvernent, qui fassent des lois, qui rendent la justice, qui enfin de
conseil ou d'autorité administrent les affaires de la paix et les
choses de la guerre. À n'en pas douter, ces hommes doivent avoir
la prééminence dans toute société et y tenir
le premier rang, puisqu'ils travaillent directement au bien commun et
d'une manière si excellente. Ceux au contraire qui s'appliquent
aux choses de l'industrie [
] servent grandement les intérêts
de la société. Sans nul doute, le bien commun dont. l'acquisition
doit avoir pour effet de perfectionner les hommes est principalement un
bien moral. Mais, dans une société bien constituée,
il doit se trouver encore une certaine abondance de biens extérieurs
" dont l'usage est requis à l'exercice de la vertu "
( Saint Thomas, De regimine principum I,15 ).
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[Nécessité de lois
sociales]
Or, tous ces biens, c'est le travail de l'ouvrier, travail des champs
ou de l'usine, qui en est surtout la source féconde et nécessaire.
[
] seul, il donne aux nations la prospérité. L'équité
demande donc que l'État se préoccupe des travailleurs. Il
doit faire en sorte qu'ils reçoivent une part convenable des biens
qu'ils procurent à la société, comme l'habitation
et le vêtement, et qu'ils puissent vivre au prix de moins de peines
et de privations. [
]
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[Pour éviter injustices
et grêves]
Or, il importe au salut public et privé que l'ordre et la paix
règnent partout.[
] C'est pourquoi, s'il arrive que les ouvriers,
abandonnant le travail ou le suspendant par les grèves, menacent
la tranquillité publique [ ou ] que les patrons écrasent
les travailleurs sous le poids de fardeaux iniques ou déshonorent
en eux la personne humaine par des conditions indignes et dégradantes
; qu'ils attentent à leur santé par un travail excessif
et hors de proportion avec leur âge et leur sexe ; dans tous les
cas, il faut absolument appliquer dans de certaines limites la force et
l'autorité des lois. [
] dans la protection des droits privés,
il doit se préoccuper d'une manière spéciale des
faibles et des indigents. La classe riche se fait comme un rempart de
ses richesses et a moins besoin de la tutelle publique. [
]
Il n'est pas rare qu'un travail trop prolongé ou trop pénible,
et un salaire jugé trop faible, donnent lieu à ces chômages
voulus et concertés qu'on appelle des grèves. À cette
maladie si commune et en même temps si dangereuse, il appartient
au pouvoir public de porter un remède. Ces chômages en effet,
non seulement tournent au détriment des patrons et des ouvriers
eux-mêmes, mais ils entravent le commerce et nuisent aux intérêts
généraux de la société. Comme ils dégénèrent
facilement en violences et en tumultes, la tranquillité publique
s'en trouve souvent compromise.
Mais ici il est plus efficace et plus salutaire que l'autorité
des lois prévienne le mal et l'empêche de se produire, en
écartant avec sagesse les causes qui paraissent de nature à
exciter des conflits entre ouvriers et patrons.
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[Défense du repos du dimanche]
Chez l'ouvrier pareillement, il est des intérêts nombreux
qui réclament la protection de l'État. Vient en première
ligne ce qui regarde le bien de son âme. [
] C'est de là
que découle la nécessité du repos et de la cessation
du travail aux jours du Seigneur. [
] Ainsi allié avec la
religion, le repos retire l'homme des labeurs et des soucis de la vie
quotidienne. Il l'élève aux grandes pensées du ciel
et l'invite à rendre à son Dieu le tribut d'adoration qu'il
lui doit. [
] Souviens-toi de sanctifier le jour du sabbat ( Exode
20,8) Il se reposa le septième jour de tout le travail qu'il avait
fait ( Genèse 2,2 ).
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[Limitation de la durée du travail]
[
] Exiger une somme de travail qui, en émoussant toutes les
facultés de l'âme, écrase le corps et en consume les
forces jusqu'à épuisement, c'est une conduite que ne peuvent
tolérer ni la justice ni l'humanité. [
] Ainsi, le
nombre d'heures d'une journée de travail ne doit pas excéder
la mesure des forces des travailleurs, et les intervalles de repos doivent
être proportionnés à la nature du travail et à
la santé de l'ouvrier, et réglés d'après les
circonstances des temps et des lieux. [
] Enfin, ce que peut réaliser
un homme valide et dans la force de l'âge ne peut être équitablement
demandé à une femme ou à un enfant. [
] Le droit
au repos de chaque jour ainsi que la cessation du travail le jour du Seigneur
doivent être la condition expresse ou tacite de tout contrat passé
entre patrons et ouvriers.
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[Fixation du salaire]
On prétend que le salaire, une fois librement consenti de part
et d'autre, le patron en le payant remplit tous ses engagements et n'est
plus tenu à rien. [
] Que le patron et l'ouvrier fassent donc
tant et de telles conventions qu'il leur plaira, qu'ils tombent d'accord
notamment sur le chiffre du salaire. Au-dessus de leur libre volonté,
il est une loi de justice naturelle plus élevée et plus
ancienne, à savoir que le salaire ne doit pas être insuffisant
à faire subsister l'ouvrier sobre et honnête. Si, contraint
par la nécessité ou poussé par la crainte d'un mal
plus grand, l'ouvrier accepte des conditions dures, que d'ailleurs il
ne peut refuser parce qu'elles lui sont imposées par le patron
ou par celui qui fait l'offre du travail, il subit une violence contre
laquelle la justice proteste.
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[Les syndicats doivent régler
les questions de salaire et de santé des ouvriers]
Mais dans ces cas et autres analogues, comme en ce qui concerne la journée
de travail et les soins de la santé des ouvriers dans les usines,
les pouvoirs publics pourraient intervenir inopportunément, vu
surtout la variété des circonstances des temps et des lieux.
Il sera donc préférable d'en réserver en principe
la solution aux corporations ou syndicats dont Nous parlerons plus loin,
ou de recourir à quelque autre moyen de sauvegarder les intérêts
des ouvriers et d'en appeler même, en cas de besoin, à la
protection et à l'appui de l'État.
[Rendre possible l'épargne]
L'ouvrier qui percevra un salaire assez fort pour parer aisément
à ses besoins et à ceux de sa famille s'appliquera, s'il
est sage, à être économe. Suivant le conseil que semble
lui donner la nature elle-même, il visera par de prudentes épargnes
à se ménager un petit superflu qui lui permette de parvenir
un jour à l'acquisition d'un modeste patrimoine. [
]
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[il existe un remède à
la lutte des classes]
La violence des bouleversements sociaux a divisé le corps social
en deux classes et a creusé entre elles un immense abîme.
D'une part, une faction toute-puissante par sa richesse. Maîtresse
absolue de l'industrie et du commerce, elle détourne le cours des
richesses et en fait affluer vers elle toutes les sources. Elle tient
d'ailleurs en sa main plus d'un ressort de l'administration publique.
De l'autre, une multitude indigente et faible, l'âme ulcérée,
toujours prête au désordre. Eh bien, si l'on stimule l'industrieuse
activité du peuple par la perspective d'une participation à
la propriété du sol, l'on verra se combler peu à
peu l'abîme qui sépare l'opulence de la misère et
s'opérer le rapprochement des deux classes.
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[Heureuses conséquences de la possibilité
d'une épargne populaire]
Ce résultat une fois obtenu serait la source des plus précieux
avantages. [
] la répartition des biens serait certainement
plus équitable. [
] l'homme est ainsi fait que la pensée
de travailler sur un fonds qui est à lui redouble son ardeur et
son application. [
] Un troisième avantage sera l'arrêt
dans le mouvement d'émigration. Personne, en effet, ne consentirait
à échanger contre une région étrangère
sa patrie et sa terre natale, s'il y trouvait les moyens de mener une
vie plus tolérable.
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[Nécessaire modération des
impôts]
Mais il y a une condition indispensable pour que tous ces avantages
deviennent des réalités. Il ne faut pas que la propriété
privée soit épuisée par un excès de charges
et d'impôts. Ce n'est pas des lois humaines, mais de la nature qu'émane
le droit de propriété individuelle. L'autorité publique
ne peut donc l'abolir. Elle peut seulement en tempérer l'usage
et le concilier avec le bien commun. Elle agit donc contre la justice
et l'humanité quand, sous le nom d'impôts, elle grève
outre mesure les biens des particuliers.
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[Pour les institutions de
solidarité sociale]
En dernier lieu, les patrons et les ouvriers eux-mêmes peuvent singulièrement
aider à la solution de la question par toutes les oeuvres propres
à soulager efficacement l'indigence et à opérer un
rapprochement entre les deux classes. De ce nombre sont les sociétés
de secours mutuels ; les institutions diverses dues à l'initiative
privée qui ont pour but de secourir les ouvriers, ainsi que leurs
veuves et leurs orphelins, en cas de mort, d'accidents ou d'infirmités
; les patronages qui exercent une protection bienfaisante sur les enfants
des deux sexes, sur les adolescents et sur les hommes faits.
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[Pour
les syndicats corporatifs]
Mais la première place appartient aux corporations ouvrières
qui, en soi, embrassent à peu près toutes les oeuvres. Nos
ancêtres éprouvèrent longtemps la bienfaisante influence
de ces corporations [
] , elles ont été une source
de gloire et de progrès pour les arts eux-mêmes. Aujourd'hui,
[ elles sont ] soit composées des seuls ouvriers, soit mixtes,
réunissant à la fois des ouvriers et des patrons. Il est
à désirer qu'elles accroissent leur nombre et l'efficacité
de leur action. C'est dans les Saintes Écritures qu'on lit cette
maxime : Mieux vaut vivre à deux que solitaire ; il y a pour les
deux un bon salaire dans leur travail ; car s'ils tombent, l'un peut relever
son compagnon. Malheur à celui qui est seul et qui tombe sans avoir
un second pour le relever ! ( Ecclésiaste 4, 9-12 ) Et cet autre
: Le frère qui est aidé par son frère est comme une
ville forte ( Proverbes 18,19 )
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[Le droit à l'existence des corps intermédiaires]
[
] leur raison d'être immédiate est l'utilité
particulière exclusive de leurs membres. [
] Le droit à
l'existence leur a été octroyé par la nature elle-même
[
] C'est pourquoi une société civile qui interdirait
les sociétés privées s'attaquerait elle-même,
puisque toutes les sociétés, publiques et privées,
firent leur origine d'un même principe : la naturelle sociabilité
de l'homme. [
] Si une société, en vertu même
de ses statuts, poursuivait une fin en opposition flagrante avec la probité,
avec la justice, avec la sécurité de l'État, les
pouvoirs publics auraient le droit d'en empêcher la formation et,
si elle était formée, de la dissoudre. Mais encore faut-il
qu'en tout cela ils n'agissent qu'avec une très grande circonspection.
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[Défense des congrégations]
[
] les confréries, les congrégations et les ordres
religieux [
] ces sociétés apparaissent comme fondées
dans un but honnête et, conséquemment, comme établies
sur le droit naturel. Du côté où elles touchent à
la religion, elles ne relèvent que de l'Église. Les pouvoirs
publics ne peuvent donc légitimement prétendre à
aucun droit sur elles, ni s'en attribuer l'administration. Leur devoir
est plutôt de les respecter, de les protéger et, s'il en
est besoin, de les défendre. [
] Dans beaucoup de pays, l'État
a porté la main sur ces sociétés et a accumulé
à leur égard les injustices : assujettissement aux lois
civiles, privation du droit légitime de personnalité morale,
spoliation des biens. Sur ces biens, l'Église avait pourtant ses
droits ; chacun des membres avait les siens ; les donateurs qui leur avaient
fixé une destination, ceux enfin qui en retiraient des secours
et du soulagement avaient les leurs. [
] on frappe de proscription
les sociétés catholiques dans le temps même où
l'on affirme la légalité des sociétés privées.
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[Pour un syndicalisme ouvrier
chrétien]
Jamais assurément à aucune époque, on ne vit une
si grande multiplicité d'associations de tout genre, surtout d'associations
ouvrières. Ce n'est pas le lieu de chercher ici d'où viennent
beaucoup d'entre elles, quel est leur but et comment elles y tendent.
Mais c'est une opinion confirmée par de nombreux indices qu'elles
sont ordinairement gouvernées par des chefs occultes et qu'elles
obéissent à un mot d'ordre également hostile au nom
chrétien et à la sécurité des nations ; [
]
les ouvriers chrétiens [ doivent ] s'organiser eux-mêmes
et de joindre leurs forces pour pouvoir secouer hardiment un joug si injuste
et à intolérable.
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[Sans disqualifier l'action sociale et
le patronage de chrétiens non ouvriers]
D'autres [ personnes ] s'occupent de fonder des corporations assorties
aux divers métiers et d'y faire entrer les ouvriers ; ils aident
ces derniers de leurs conseils et de leur fortune et pourvoient à
ce qu'ils ne manquent jamais d'un travail honnête et fructueux.
Les évêques, de leur côté, encouragent ces efforts
et les mettent sous leur haut patronage. [
] Enfin, il ne manque
pas de catholiques qui, pourvus d'abondantes richesses, mais devenus en
quelque sorte compagnons volontaires des travailleurs, ne regardent à
aucune dépense pour fonder et étendre au loin des sociétés
où ceux-ci peuvent trouver, avec une certaine aisance pour le présent,
le gage d'un repos honorable pour l'avenir.
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[Organisation et finalité des
corporations]
À ces corporations, il faut [ la liberté ] de se donner
les statuts et règlements qui leur paraissent les plus appropriés
au but qu'ils poursuivent. [ pour ] d'organiser et de gouverner les corporations,
de façon qu'elles fournissent [
] l'accroissement le plus
grand possible, pour chacun, des biens du corps, de l'esprit et de la
fortune. [ et ] l'objet principal qui est le perfectionnement moral et
religieux. C'est surtout cette fin qui doit régler l'économie
sociale. [
] Que sert à l'homme de gagner l'univers entier,
s'il vient à perdre son âme ? ( Saint Matthieu 16, 26 ) [
]
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[Pour une sécurité sociale]
Il faut encore pourvoir d'une manière toute spéciale à
ce qu'en aucun temps l'ouvrier ne manque de travail, et qu'il y ait un
fonds de réserve destiné à faire face, non seulement
aux accidents soudains et fortuits inséparables du travail industriel,
mais encore à la maladie, à la vieillesse et aux coups de
la mauvaise fortune. [
] les corporations des catholiques sont appelées
encore à apporter leur bonne part à la prospérité
générale. Par le passé, nous pouvons juger sans témérité
de l'avenir. [ efficacité passée des corporations ]
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[Vision prophétique de l'avenir
des mouvements socialistes]
Quant aux sociétés qui les ont circonvenus, ils voient bien
qu'à la place de la charité et de l'amour, ils n'y trouvent
que les discordes intestines, ces compagnes inséparables de la
pauvreté insolente et incrédule. L'âme brisée,
le corps exténué, combien qui voudraient secouer un joug
si humiliant ! Mais soit respect humain, soit crainte de l'indigence,
ils ne l'osent pas. Eh bien, à tous ces ouvriers, les corporations
des catholiques peuvent être d'une merveilleuse utilité,
si, hésitants, elles les invitent à venir chercher dans
leur sein un remède à tous leurs maux, si, repentants, elles
les accueillent avec empressement et leur assurent sauvegarde et protection.
[
] Comme gage des faveurs divines et en témoignage de Notre
bienveillance, Nous vous accordons de tout coeur, à chacun de vous,
Vénérables Frères, à votre clergé et
à vos fidèles, la bénédiction apostolique
dans le Seigneur.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 15 mai 1891,
l'an XIV de Notre Pontificat.
LÉON XIII, PAPE
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