Réforme et humanisme catholique en espagne
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Constituciones "Manrique". Un évêque critique les comportements de ses prêtes en Espagne, 1500
Les rois catholiques soutiennent un mouvement général de réforme de l'Eglise espagnole
Erasme s'inspire de la réforme espagnole

Un inquisiteur pionnier des études bibliques : Jimenez de Cisneros et la Bible Polyglotte
Philippe II commande une nouvelle édition de la Bible polyglotte
Une oeuvre examinée (avec bienveillance) par l'inquisition .
Dossier réalisé d'après Jean Dumont, Erreurs sur le mal français,
Un inquisiteur pionnier des études bibliques : Jimenez de Cisneros et la Bible Polyglotte
La première Bible polyglotte de l'Histoire fût une réalisation franciscaine et vint de l'Ouest européen. Donnant pour la première fois ensemble les textes hébreu, chaldéen (araméen), grec et latin de la Bible, elle fut mise au point et imprimée en Espagne à Alcala de Henares, de 1514 à 1517, sous la direction attentive du cardinal franciscain Jiménez de Cisneros, par ailleurs réformateur ardent de l'Eglise comme nous l'avons vu ... et Inquisiteur général.
Collaborèrent à ses six volumes in-folio d'édition critique les plus éminents professeurs de l'université d'Alcala fondée par le même Cisneros quelques années auparavant, et la fleur des linguistes espagnols de l'époque. Parmi eux le converso d'origine juive Antonio de Nebrija.
Cette Complutensis (Compluto étant le nom latin d'Alcala), "classique de l'érudition", est inoubliable, pour ceux qui l'ont eue en main, par la noblesse de la mise en pages, la qualité de l'impression, la beauté des caractères. Notamment des caractères grecs, "les plus beaux jamais taillés" comme le notait récemment un historien anglo-saxon des types d'imprimerie.
Remarquons-le déjà : ce premier monument de l'érudition biblique, domaine protestant selon les préjugés courants recueillis par M. Peyrefitte, est antérieur à la Réforme protestante. Ce qui confirme une nouvelle fois que la Réforme catholique, dont il est un des fleurons, ne saurait être appelée "Contre-Réforme" qu'abusivement.

Philippe II commande une nouvelle édition de la Bible polyglotte
Or c'est au milieu de ces préoccupations accablantes que l'"obscurantiste" Philippe II, noire figure de proue de la "Contre-Réforme", se met à sa table de travail, ce 25 mars 1568, pour rédiger une lettre longue, circonstanciée, de ton très personnel. Une lettre de commission, adressée au très érudit Benito Arias Montano, lumière du biblisme espagnol. Lui encore d'ascendance juive et prêtre de l'ordre de Santiago s'étant distingué, comme expert de l'évêque de Ségovie, au concile de Trente.
Une lettre le chargeant de publier une nouvelle édition de la Bible polyglotte, qui apporte au vieux travail de la Polyglotte d'Alcala toutes les corrections et toutes les améliorations que le roi des Espagnes juge nécessaires, à la lumière des progrès de l'érudition humaniste.
Il faudra qu'Arias n'omette rien de la documentation nécessaire. Autant pour s'en assurer que pour l'aider. Philippe Il fera rechercher cette documentation, partout dans le monde chrétien et le monde oriental, par ses ambassadeurs. Ensuite le travail d'Arias lui-même, objet déjà d'instructions générales du roi, sera suivi en détail par celui-ci, qui y consacrera tout le temps nécessaire. Et tous les moyens matériels qui s'imposent: la nouvelle Bible polyglotte recevra, sur l'ordre du roi, une subvention de 6000 écus.
Et, quand tout sera terminé, que la nouvelle Polyglotte aura paru dans le vêtement le plus soigné qui puisse être offert en hommage à la Parole de Dieu, la documentation qui aura été réunie pour cet accomplissement ne devra pas être dispersée. Phi-
lippe II stipule expressément: "Je désire la léguer au monastère de l'Escorial, comme une des principales richesses que je veux laisser aux religieux qui y résideront." Ce qui sera fait, avec soin.
Aujourd'hui encore le fonds biblique utilisé par Arias Montano, livres et manuscrits anciens, constitue le premier et l'un des plus riches fonds de la bibliothèque de l'Escorial, grâce notamment aux précieux et nombreux manuscrits orientaux réunis
par un diplomate franc-comtois au service de Philippe Il, l'érudit Johannes Metellus. ...
Ainsi va paraître, de 1569 à 1573, la Biblia poliglotta regia, la Polyglotte royale de Philippe II, dont l'impression est confiée au maître inégalé des imprimeurs de l'époque, l'Anversois "contre-réformé" Christophe Plantin. En pas moins de huit volumes in-folio. C'est tout de suite, universellement reconnu, le "miracle du monde" pour sa beauté et correction d'impression, pour sa science biblique.
Elle donne, comme son ancêtre catholique d'Alcala, non seulement le texte latin de la Bible, mais ses textes hébreu, chaldéen (araméen) et grec, revus et corrigés. Et, pour le texte latin, ... elle offre la traduction de Sanctes Pagninus. Tout cela avec une masse de notes, de variantes qui ne doivent que peu à la Vulgate, prétendument la "seule traduction" de la Bible au temps de la "Contre-Réforme".

Une oeuvre examinée (avec bienveillance) par l'inquisition
La Polyglotte offre aussi huit traités d'Arias Montano, des vocabulaires et grammaires hébraïques, syriaques, chaldéens, etc.
Tout cela en outre dans l'esprit scientifique le plus rigoureux, et l'esprit d'ouverture le plus accueillant: les docteurs juifs et protestants y sont cités, lorsque cela est juste, comme les autorités qu'ils sont, sans qu'interviennent en rien le "négatif" et le "polémique".
D'où les ennuis que connaîtra Arias Montano, en dépit de la protection royale qui jamais ne lui manquera. Des fanatiques et des envieux (il y en a partout), notamment le professeur de langues anciennes à l'université de Salamanque, Léon de Castro, le dénonceront, lui et sa Bible, à l'Inquisition espagnole. La "légende noire" anti-espagnole verra là une preuve nouvelle de l'obscurantisme de la "Contre-Réforme".
En fait le sage Inquisiteur général Quiroga confiera le dossier au très savant et très ouvert jésuite Juan de Mariana. Et ce consulteur du Saint-Office rendra en 1579 son expertise, sous la forme d'une approbation de la Biblia poliglotta regia. Avec cette seule réserve de principe, qui en dit long: "Quoique quelques auteurs, étant hérétiques, n'auraient pas dû être cités par Arias comme des autorités".
Tel fut l'obscurantisme biblique de la "Contre-Réforme". Telle fut, selon notre auteur, sa "sommation à l'esprit humain de s'endormir", sa manière de "tirer sur tout ce qui bouge".

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Constituciones "Manrique". Un évêque critique les comportements de ses prêtes en Espagne, 1500
"Constitutions de la sainte Eglise de cette cité de Badajoz, faites par l'illustrissime et révérendissime seigneur Don Alonso Manrique, son évêque, l'année de la naissance de notre rédempteur Jésus-Christ 1500".
"Le supérieur, avec beaucoup de vigilance et gence, doit, et est tenu de donner à ses sujets et inférieurs, par de bonnes et saintes occupations, un très vénérable et saint exemple par lequel ils reçoivent édification pour amender leurs vies, pour le bien et le salut de leurs âmes."
"Il y a eu désordre dans l'office divin et dans le gouvernement, l'administration des revenus et biens de l'Eglise et de son corps capitulaire :
Aucun détenteur de bénéfice ne doit se dénuder dans le choeur de la cathédrale ...
Aucun détenteur de bénéfice ne doit porter d'arme et celui qui aurait porté des armes dans la cathédrale, ou dans le choeur, ou au chapitre, sera puni d'un mois de suppression de revenu ...
Aucun clerc ou détenteur de bénéfice ni autre personne ne doit se laver les mains dans les vasques d'eau bénite ...
Si quelque détenteur de bénéfice se saisit d'un revenu ecclésiastique pour lui et pour une autre personne, par tromperie, de telle manière qu'il y ait diminution et dommages pour le chapitre, ou par présent ou par promesse ou par don à des parents, des beaux-frères, ou afin d'élever ses enfants, ou par amitié, qu'il perde son bénéfice ...
Que les bénéficiers ne portent en ville ni soie, ni manches de pourpoint à l'extérieur, et aucune chaussure de couleur, ni ne jouent à aucun jeu déshonnête, ni n'aillent en corps jouer à l'arbalète, ni ne portent vêtements soutachés ni enrubannés, ni n'aillent en voiture avec des femmes"

Les rois catholiques soutiennent un mouvement général de réforme de l'Eglise espagnole
Pareilles constitutions réformatrices, pareils synodes les approuvant sont faits courants dans l'Espagne de l'époque. L'Eglise catholique y fait sa réforme. Ainsi connaiton le synode de Talavera, en 1498, où Jiménez de Cisneros conduit la remise en ordre de son immense archidiocèse de Tolède. Ainsi connait-on le synode de Palencia, en 1500, conduit par cet autre prélat pleinement réformateur, Diego Deza. Et ce ne sont que des exemples: dans les années suivantes, la réforme devient générale.
Ce qui est vrai de l'Eglise séculière, l'est tout autant des grands ordres religieux. Le puissant corps de l'ordre franciscain est réformé de fond en comble par le même Jiménez de Cisneros nommé par le pape, le 21 mai 1496, commissaire général à cet effet. Pas moins de douze autres brefs ou bulles pontificaux, entre 1494 et 1503, donnent, à l'initiative des Rois Catholiques (bientôt nommés ainsi pour cette raison), de semblables pouvoirs pour la réforme générale des ordres religieux d'hommeset de femmes, dans toute l'Espagne.
Ferdinand et Isabelle créent auprès d'eux une véritable Direction générale de la réforme religieuse, confiée dès 1493
à l'évêque Martin Ponce.

Erasme s'inspire de la réforme espagnole
Erasme dans "l'Eloge de la folie", s'en prend aux prélats qui défendent leurs privilèges avec l'épée. Manrique prohibe fermement le port de l'épée par ses prêtres. Erasme s'en prend, encore dans l 'Eloge de la folie, aux évêques qui vivent comme des "satrapes". Nous venons de voir l'exemple tout opposé que définit Manrique dans le prologue de ses Constitutions
La Réforme protestante, à travers Erasme, a ainsi une source catholique espagnole. Car les préfigurations que nous venons de noter ne sont pas de simples coïncidences.
Erasme, Hollandais donc sujet espagnol, se couvrira bientôt de l'autorité de Manrique devenu cardinal et Inquisiteur général en 1523, comme archevêque de Séville. Il lui dédiera son Apologie, et la traduction espagnole de son Manuel du chevalier chrétien qui paraîtra revêtu des armes de l'Inquisiteur général [Manrique]. Celui-ci imposera longtemps silence aux adversaires espagnols d'Erasme, refusera d'interdire ou de censurer les oeuvres de ce dernier, dont il sera le correspondant. Tout comme Jiménez de Cisneros, autre champion de la réforme espagnole, l'avait été, qui invita Erasme à venir professer dans l'université qu'il venait d'ouvrir (1509) à Alcala de Henares, pour améliorer notamment les études du clergé.
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