| Le
modèle politique anglais, protestantisme d'Etat et système
oligarchique
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| La glorieuse révolution Lorsqu'en 1660 le Parlement avait appelé Charles II au trône, aucun monarchiste ne pouvait contester ce choix. En 1688, la situation était différente avec l'accession au trône de Guillaume 111 (1688-1702) et de Marie (1688- Bandits irlandais contre voleurs de bétail, naissance des Wighs et des Tories Du fait que Charles II n'avait pas d'enfants légitimes et que son frère Jacques était de ce fait prince héritier, le catholicisme ouvert de celui-ci apparaissait comme problème politique majeur. Vers 1680 déjà, le Parlement souleva la question de savoir si l'on pouvait exclure Jacques de la succession au trône. Charles II fit promptement dissoudre le Parlement où la Chambre des communes s'obstinait à en discuter. Son premier ministre, le comte Danby (1632-1711) forma un parti de la cour destiné Sauver la dynastie des Stuart en manipulant les voix de Chambre des communes. Les membres de ce parti furent appelés tories par leurs adversaires - terme servant à désigner des bandits irlandais, catholiques donc, ce qui ne pouvait qu'éveiller la méfiance de la plupart des Anglais. Parmi les tories, rares étaient les vrais catholiques, mais propagande adverse parvint habilement à discréditer ce parti en lui prêtant cette orientation religieuse. Les tories soutinrent Charles II et, au début, Jacques II. Puis ils jugèrent qu'une royauté forte était l'alternative adéquate à l'anarchie qui avait régné au cours des années 1640. Mais lorsqu'ils durent choisir entre l'Eglise anglicane et le souverain légitime, ils se rallièrent à la première. L'autre parti classique en Angleterre reçut le nom de whigs - terme désignant à l'origine des voleurs de bétail écossais et presbytériens. De même que le nom de tories évoquait une dérive catholique, ainsi celui de whigs, posé lui aussi par le parti rival, était porteur de connotations suggérant la dissidence religieuse - et une tolérance coupable à son égard. Le premier objectif de ce parti était d'empêcher l'accession au trône d'Angleterre d'un prince catholique. Les whigs entendaient aussi défendre la place du Parlement dans le système constitutionnel. Il ne fallut que trois ans à Jacques II, devenu roi en 1685, pour dilapider le capital de confiance dont il disposait. Il défendit ouvertement la cause du catholicisme et d'une royauté forte, mais bientôt avec des méthodes que même les tories jugèrent insupportables. En 1688, le Parlement appela au trône d'Angleterre Guillaume d'Orange, époux de Marie, la fille protestante Jacques II. Cet événement est connu sous le nom de "glorieuse révolution". Le Parlement modifie les règles de sucession pour garantir l'anglicanisme d'Etat, l'exclusion des catholiques et la tolérance envers des protestants dissidents. D'une part, les royalistes fidèles devaient toujours considérer Jacques II pour le souverain légal, et d'autre part, celui-ci avait un fils, Jacques Edouard (1688-1766). Mais dans ce contexte, les principes monarchiques impor-taient moins que la défense de la foi protestante. Guillaume et Marie n'avaient pas d'enfants. Le Parlement veilla à ce que la couronne revienne à un souverain protestant - Anne (1702-14), la soeur de Marie. Quand il apparut qu'elle aussi mourrait sans postérité, le droit de succession fut attribué, au détriment de nombreux héritiers présomptifs mieux placés, à un bon protestant, George ler de Hanovre (1714-1727). Grâce à cet Acte de succession (Act of Seulement) adopté en 1701, les exigences religieuses liées à la succession dynastique étaient satisfaites. Au début du XVIIIe siècle, seule une infime minorité de tories trouva à redire à cette entorse aux principes monarchiques. Certes, ceux qu'on a appelé les jacobites firent deux tentatives de reconquête du trône - en 1715 et 1745. L'une comme l'autre s'avérèrent aussi inoffensives qu'irréfléchies, et elles furent aisément désamorcées. L'année 1745 marque la fin des luttes séculaires entre Ecossais et Anglais. Ainsi fut renforcée l'union de 1707 entre l'Ecosse et l'Angleterre qui faisait de cette dernière la Grande-Bretagne, alors que dans le même temps l'Irlande était entièrement réduite par la force. Fait important, les décisions excluant les Stuart catholiques de la succession au trône manifestaient le pouvoir du Parlement à modifier par voie législative des règles que l'on tenait plus ou moins pour sacro-saintes. Instruit par ses déboires de 1660, le Parlement veilla à garantir ses prérogatives dans la vie publique. En 1689 furent promulguées une déclaration et une loi sur les droits des Anglais (Bill of Rights). Sous le règne de Guillaume et Marie, ces documents furent complétés par d'autres lois comme par exemple un " acte de tolérance " (1689) qui certes ne reconnaissait pas complètement les droits des dissidents mais accordait une liberté accrue pour la pratique religieuse individuelle, ce qui favorisa le calme intérieur. Un parlementarisme oligarchique Le parlementarisme anglais, qui à l'instar de l'industrialisme allait servir de modèle à tant de pays, se mit en place dans la première moitié du XVIIIe siècle. Certes, le roi était loin de n'être qu'un symbole, mais c'est à cette époque que s'amorça une évolution dans ce sens. Le parlementarisme du XVIIIe siècle, qui n'avait pas grand-chose à voir avec la démocratie, renforçait grâce au système électoral l'influence des plus fortunés. Le régime ressembla de plus en plus à une oligarchie. Sans doute, ce gouvernement de quelques-uns devait tenir compte de l'opinion des électeurs, mais ceux-ci étaient également en nombre restreint. Des députés corrompus? En 1677 fut publié anonymement un répertoire des membres du Parlement accusés d'être achetés par le gouvernement. Au fil des pages, circonscription par circonscription, des informations de ce type furent rendues publiques " Sir Humpfrey Winch, baronet, reçoit de la cour 500 livres de traitement annuel et siège au conseil du commerce et des colonies. " " Sir Robert Sawyer, juriste d'aussi mauvaise réputation que son père, a reçu pour sa présence à cette session 1000 livres, et on lui a promis (selon ses propres dires) qu'il serait nommé juriste de la couronne et porte-parole de la Chambre des communes ". " Sir Thomas Dolman reçoit 200 livres de pension annuelle, et il a été aidé par la cour à falsifier un testament, ce qui lui a permis de dépouiller John Quarles d'un héritage d'une valeur de 1600 livres ". Un système hérité du Moyen Age A partir de 1688 s'accrut la dépendance des gouvernements à l'égard de la Chambre des communes. Les remarques qui suivent valent avant tout pour la première moitié du XVIIIe siècle, mais cela ne signifie pas que tous les traits observé datent de cette période. Au contraire, bien des mécanismes gouvernant la composition et le mode de fonctionnement du, Parlement remontaient au Moyen Age. Des lords dans la main du roi La Chambre des lords, à l'origine la partie la plus importante du Parlement, avait alors cédé le pas à la Chambre des communes. Elle était composée de membres, de droit, prélats et lords. Le gouvernement était à même de contrôler les évêques du fait qu'il les nommait. L'évêque que qui votait contre le gouvernement risquait d'attendre longtemps sa promotion dans un diocèse plus riche. Les lords avaient souvent des intérêts communs avec roi et la cour. Le souverain pouvait étouffer leur opposition en nommant de nouveaux membres. Les gouvernements étaient toujours composés d'un groupe de lords qui s'étaient assurés un contrôle suffisant de la Chambre des communes pour pouvoir compter sur une majorité; condition nécessaire à l'exercice du pouvoir. Une oligarchie rurale Les élections aux quelque 550 mandats de la Chambre des communes avaient lieu dans deux types de circonscriptions. D'une part, deux députés étaient élus dans chaque comté (shire) ; d'autre part, un grand nombre de bourgs (boroughs) étaient devenus circonscriptions électorales grâce à des privilèges royaux. La propriété foncière représentant un certain montant argent conférait le droit de vote dans les comtés. Avec l'érosion monétaire, on put acquérir ce droit avec moins de terres, et le nombre des électeurs augmenta. Ce qui en contribua plutôt à accroître l'influence électorale des grands propriétaires. Dans ces élections ouvertes, ils pouvaient servir de leur prestige social et de la dépendance des petits propriétaires à leur égard pour peser sur le scrutin. C'était une entreprise onéreuse que de se porter candidat dans un comté. Aussi valait-il mieux être sûr de son fait, ce qui était le cas si l'on disposait du soutien des propriétaires terriens les plus influents. Bien souvent, les places au Parlement étaient quasiment héréditaires au sein d'une même famille de possédants. Bourgs pourris et sièges à vendre Plus des quatre cinquièmes des membres des Communes étaient élus dans les villes. Des privilèges particuliers à chaque circonscription déterminaient qui avait le droit de voter. Rien que pour cette raison, le nombre des électeurs pouvait varier selon les lieux. En outre, certaines agglomérations qui avaient été florissantes au Moyen Age s'étaient à tel point dépeuplées qu'elles ne comptaient plus qu'un ou deux électeurs. On pouvait acheter le droit de propriété d'une telle cité fantôme et se procurer ainsi une possibilité réelle de peser sur les éléments aux Communes. Là où les électeurs étaient plus nombreux mais sans excès, on pouvait tâcher d'acheter leurs voix. Si leur nombre rendait trop onéreux le recours à la corruption, des donations à la cité étaient à même de rapporter des suffrages. Bref, les gens fortunés ne manquaient pas de possibilités pour s'assurer une place à la Chambre des communes - pour eux-mêmes ou pour leurs partisans. Le prix de telles places eut tendance à augmenter. En 1689, il en coûtait huit livres de se faire élire député de Harwich au Parlement ; en 1727, ce prix était monté à 900 livres. Ainsi diminua le nombre de ceux qui avaient les moyens de se porter candidats. Moins de personnes en vinrent à contrôler les places à la Chambre des communes dont le nombre augmenta. Cette évolution vers une oligarchie très poussée fut freinée du fait que toutes les circonscriptions électorales n'étaient pas à vendre, que le nombre des électeurs des comtés rendait impossible l'usage généralisé des pots-de-vin et qu'on ne pouvait tout de même espérer faire voter un membre des Communes pour n'importe quoi. Il fallait bien tenir compte de l'opinion des gens en général et de celle des électeurs en particulier. Le prix des sièges au parlement Au Parlement siégeaient des personnes dont l'élection, financée par elles-mêmes ou par leurs protecteurs, avait coûté cher. Le record appartient sans doute à Robert Clive (1725-74) - un de ceux qui conquirent l'Inde au nom de la Compagnie des Indes orientales et de la Grande-Bretagne - dont on dit qu'il aurait payé 30 000 livres tour représenter aux Communes Shrewsbury, un borough de l'ouest de l'Angleterre. Dans certains cas, on misait de grosses sommes parce qu'un intérêt particulier était menacé. Dans les années 1690, les attaques prévisibles contre le monopole des compagnies de commerce firent monter le prix moyen des mandats. D'autres candidats à la députation recherchaient le prestige social ou entendaient se conformer à une tradition Comment être Premier Ministre Un premier ministre devait s'imposer un travail presque inhumain pour rassembler aux Communes une majorité favorable à la politique du gouvernement. Ce fardeau était d'autant plus grand qu'il ne pouvait décider seul des faveurs à attribuer ; il lui fallait aussi compter avec les éventuels caprices royaux. On considère généralement que Robert Walpole (1676--1745) inaugura la série des premiers ministres anglais - même si à l'époque, ce titre, injurieux, était synonyme de soif illégitime de puissance. S'il réussit pendant plus de vingt ans à conduire avec succès la politique gouvernementale, c'est qu'il avait su s'y prendre aussi bien avec la Chambre des communes qu'avec les souverains. Walpole gagna la confiance de George Ier en le sauvant du " scandale des mers du Sud " dans lequel il était com-promis. Le fils de celui-ci, George II (1727-60), se montra d'abord négatif à l'égard de Walpole, mais le ministre par-vint à manipuler le souverain grâce à l'aide précieuse de la reine. Un haut politique devait tout à la fois posséder des qualités d'homme de cour et d'homme de parti. ... Haut de page |