| La
défaite de 1940 discours de Chruchill, Mussolini et Laval et récits
de Benoist-Méchin
|
||
| Accueil | ||
| 25
mai 1940 / La conscience précoce d'une défaite
inéluctable de l'armée française en métropole 4 Juin 1940 / Chruchill réagit à la capitualtion belge et promet aux anglais du sang de la sueur et des larmes. 10 juin 1940 / Mussolini justifie son entrée en guerre par des arguments géopolitique et la logique du mouvement révolutionnaire fasciste. 15 juin 1940 / Lâchage des alliés polonais et faiblesse du personnel politique, y compris ceux qui ont une image et des velléités d'énergie comme Mandel. |
19
juin 1940 / Ils se sont battus "comme des
lions", malgré l'insuffisance des moyens 8 Juillet 1940 / Pierre Laval présente et explique aux sénateurs le projet de loi qui accorde les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain pour négocier la paix, établir un régime autoritaire, national et social et préparer une nouvelle constitution. Une armée mal préparée, mal dirigée et dépourvue des moyens et des conceptions nécessaires à la guerre moderne: des avions dispersés et pas de parachutistes Documents extraits de Benoist-Méchin, soixante jours qui ébranlèrent l'occident, Albin Michel 1956, Robert Laffont / Bouquins 1981 |
|
| 25
mai 1940 / La conscience précoce d'une défaite inéluctable
de l'armée française en métropole Conseil de guerre. L'amée du nord est perdue. A 19 heures, une réunion du Comité de guerre a lieu à l'Élysée, sous présidence de M. Albert Lebrun. Y prennent part : M. Paul Reynaud président du Conseil, ministre de la Défense nationale ; le Maréchal Pétain vice-président du Conseil ; M. Campinchi, ministre de la Marine ; M. Laurent-Eynac, ministre de l'Air ; M. Rollin, ministre des Colonies ; le général Weygand ; l'amiral Darlan ; le général Vuillemin ; le général Bühre M. Paul Baudouin. " Tous considéraient que la défaite était inévitable *, écrit William L. Langer, mais nul n'osait encore exprimer cette pensée. " Le général Weygand commence par faire l'historique des opération depuis le 10 mai jusqu'à l'encerclement du G.A. 1 dans le Nord et Belgique, " où la situation est devenue très grave ". - Ce groupe d'armées, déclare Weygand, fait face à l'ennemi à l'est, l'ouest, et au sud ; le terrain qu'il occupe est devenu si étroit qu'il ne permet pas un déploiement considérable de forces. Je n'ai pas le droit de vous cacher que la situation est capable de s'aggraver encore rapidement. " Mon dernier télégramme, envoyé cet après-midi au général Blanchar le laisse libre de ses mouvements et lui prescrit de sauver avant tout l'honneur des drapeaux dont il a la garde. J'ai le devoir d'envisager le pire, c'est-à-dire ce qui se produirait si nous ne disposions plus des troupes qui constitue le Groupe d'Armées du Nord. J'ai envisagé cette hypothèse dans m conversations avec le Président du Conseil. " A l'appui des déclarations du généralissime, Paul Reynaud lit le télégramme qu'il vient de recevoir de Churchill. " Ce télégramme, dit le Président i Conseil, confirme le retrait de deux divisions britanniques de la région d'Arras qui a mis en péril l'exécution du plan arrêté, le 22 mai, à Vincennes, par le général Weygand, en complet accord avec le Premier ministre de Grande-Bretagne et le Chef du gouvernement français. M. Churchill reconnaît dans son télégramme que l'Armée du Nord est pratiquement encerclée et que ses communications sont coupées, sauf par Dunkerque et Ostende. La ligne de défense sur la Somme subira une très forte infériorité numérique. Le général Weygand reprend son exposé et examine la situation sur le reste du front. La ligne tenue par les troupes françaises comprend la ligne Maginot, les fortifications qui suivent jusqu'à Montmédy, l'Aisne, l'Ailette, le canal Crozat et la Somme jusqu'à la mer. Le long de cette ligne, le Haut Commandement français est en train de masser toutes les forces dont il dispose, encore, y compris ses ultimes réserves. " Une ligne de défense nouvelle d'environ 280 kilomètres de long est en voie de formation, déclare le généralissime. Pour la tenir, quelles sont nos disponibilités ? " Il nous reste actuellement 48 divisions. En y ajoutant 7 divisions récupérées parmi les débris de l'Armée Corap, 1 division prélevée sur l'Armée des Alpes et 3 divisions puisées parmi nos forces d'Afrique du Nord, l'armée française disposera en tout d'une soixantaine de divisions. " Devant nous, nous avons 130 à 150 divisions allemandes, dont 9 divisions blindées. Nous sommes donc appelés à lutter à un contre trois. D'autre part, nos unités de chars sont réduites des quatre cinquièmes. Nos disponibilités en chasse et en avions de bombardement sont appelées à se réduire rapidement au cours des semaines à venir, puisque, actuellement, la bataille consomme 30 à 40 avions par jour. Le repli sur la Basse Seine et la Marne est pratiquement impossible " Que faire, dans ces conditions ? Chercher une ligne plus courte. Laquelle ? Trois possibilités se présentent 1° Une ligne qui va de la mer à la Loire, en couvrant Paris. Mais alors il faut abandonner la ligne Maginot et les 150 000 combattants qui l'occupent. 2° Une ligne plus courte englobant la ligne Maginot. Mais alors, il faut abandonner Paris. 3° Défendre une ligne transversale constituée par la Basse-Seine, la position de Paris, l'Oise, la Nonette, la Marne, l'Argonne, Verdun, Metz et la ligne Maginot. Après une bataille sur le front actuel Somme-Aisne, l'armée devrait se regrouper derrière cette position, qui a le mérite de couvrir Paris. Mais nous n'aurons pas les réserves voulues pour opérer en bon ordre, sous la pression de l'ennemi, une retraite de la ligne Somme-Aisne, vers la ligne Basse-Seine-Marne. Il n'y a pas de retraite méthodique possible, avec une pareille infériorité numérique. " Ces trois possibilités sont donc à écarter. En réalité la France n'a plus le choix. Il ne lui reste plus qu'une solution, et une seule : tenir sur la position actuelle Somme-Amiens, et nous y défendre jusqu'à la dernière extrémité. Cette position présente de nombreux points faibles, en particulier le canal Crozat et l'Ailette. Nous pourrons y être crevés. Dans ce cas les fragments constitueront des môles. Chacune des parties de l'armée devra se battre jusqu'à épuisement pour sauver l'honneur du pays. " La France, conclut le général Weygand, a commis l'immense erreur d'entrer en guerre en n'ayant ni le matériel qu'il fallait, ni la doctrine adéquate. Il est probable qu'elle devra payer cher cette coupable imprudence. Mais on ne doit penser qu'au relèvement du pays, et le courage avec lequel il se sera défendu sera un élément décisif du redressement futur. " L'armistice est envisagé dès le 25 mai. Un silence pesant succède à ces paroles. De toute évidence, il va falloir songer à mettre un terme aux hostilités. " C'est alors, déclare William L. Langer, que le mot fatidique " d'armistice " tombe pour la première fois. Et celui qui le prononce est le Président du Conseil *. " M. Paul Reynaud est en effet d'avis qu'il va falloir engager la négociation avec les Allemands. Mais à quel moment conviendra-t-il d'entamer les pourparlers ? Avant ou après la chute de Paris ? Avant ou après la destruction de nos armées? - Il n'est pas certain, déclare-t-il, que notre adversaire nous accordera un armistice immédiat. N'est-il pas indispensable d'éviter la capture du gouvernement, si l'ennemi entre à Paris ? M. Paul Reynaud pose alors une série de questions au général Weygand - Comment voyez-vous la situation du gouvernement, si les armées françaises venaient à être dispersées et détruites, comme vous venez de l'envisager ? Quelle serait alors la liberté d'examen du gouvernement français, si des offres de paix venaient à lui être adressées ? Cette liberté d'examen ne serait-elle pas plus grande avant la destruction des armées françaises ? M. Campinchi, ministre de la Marine, faisant allusion aux accords franco-anglais du 28 mars, demande si ceux-ci ne subordonnent pas la conclusion d'un armistice à l'accord préalable de l'Angleterre. - Certes, répond M. Albert Lebrun, nous avons signé des engagements qui nous interdisent une paix séparée. Nous devons toutefois, si l'Allemagne nous offrait des conditions relativement avantageuses, les examiner de très près et en délibérer à tête reposée Le général Weygand souligne qu'il comprend parfaitement la préoccupation du Président de la République. La cessation des hostilités est une question interalliée. Mais la solution extrême qu'il a envisagée tout à l'heure - la lutte jusqu'à la dernière cartouche de notre armée, afin de sauver l'honneur - est une décision grave que l'on ne peut pas prendre, non plus, sans consulter l'Angleterre, car elle en subira, elle aussi, les répercussions. Le Président du Conseil déclare qu'en raison de la gravité des circonstances, il convient d'examiner dès à présent ces différentes questions avec le gouvernement anglais. L'Angleterre n'est-elle pas menacée, comme nous, de perdre la totalité de son armée ? M. Reynaud pense que l'Angleterre " comprendra nos préoccupations ". jamais la France ne remettra ses vaisseaux de guerre aux allemands. 60 jours, p 185 ... Haut de page |
||
| 4
Juin 1940 / Chruchill réagit à la capitualtion belge et promet
aux anglais du sang de la sueur et des larmes dans grand discours devant
la Chambre des Communes. Une armée encerclée " Il y a une semaine, dit-il après avoir lu un exposé sommaire des opérations depuis le début de la campagne, je craignais que ne m'échût le lourd devoir d'annoncer le plus grand désastre militaire de notre longue histoire. J'estimais, et des juges compétents étaient d'accord avec moi, que vingt ou trente mille hommes seraient rembarqués, peut-être. Ne paraissait-il pas certain que la première Armée française tout entière et tout le Corps expéditionnaire britannique qui se trouvaient au nord de la trouée d'Amiens-Abbeville, seraient dépecés en rase campagne ou contraints de capituler ?... Ainsi, le coeur, le cerveau et la colonne vertébrale de l'armée britannique... semblaient sur le point de périr au combat, ou d'être réduits à l'ignominie d'une captivité famélique. " Capitulation belge " Soudain, sans consultation préalable, avec le moins de préavis possible, sans le conseil de ses ministres et sous sa propre responsabilité, le Roi envoya un plénipotentiaire au commandement allemand, fit capituler son armée, et exposa ainsi tout notre flanc et nos voies de retraite. " Hommage à la marine et à l'aviation, annonce de Dunkerque " 335 000 hommes, français et anglais, ont été arrachés à la mort et à la honte, et débarqués dans un pays où les attendent d'autres tâches urgentes. Cette délivrance, il faut bien nous garder de lui décerner les attributs d'une victoire. On ne gagne pas une guerre par des évacuations. ... Dunkerque fut une grande épreuve de force entre les aviations allemande et britannique. Pouvait-on concevoir, pour les Allemands, de but plus alléchant dans la guerre aérienne, que de rendre l'évacuation des plages impossible et de couler tous ces navires qui s'étalaient par centaines, presque par milliers ? Pouvait-on imaginer objectif militaire plus important et plus chargé de sens pour l'avenir de cette guerre, que Dunkerque ? Ils firent tout ce qu'ils purent... et ce fut pour eux un échec. ... Néanmoins, le salut de notre armée ne doit pas nous dissimuler un fait : ce qui s'est passé en France et en Belgique constitue un immense désastre militaire. L'armée française est affaiblie ; l'armée belge est perdue ; une grande partie des lignes fortifiées dans lesquelles tant d'espoirs avaient été placés, de précieuses régions minières et des usines en grand nombre sont tombées aux mains de l'ennemi ; cet ennemi tient tous les ports de la Manche ; et enfin, nous devons nous attendre à ce qu'il frappe un nouveau coup presque immédiatement, dirigé soit contre la France, soit contre nous-mêmes. ... Mais quoi qu'il arrive, nous marcherons jusqu'à la fin. Nous nous battrons en France, nous nous battrons sur les mers et sur les océans, nous nous battrons dans les airs avec une force et une confiance croissantes, nous défendrons notre île quel qu'en soit le prix, nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur les aérodromes, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons sur les collines, nous ne nous rendrons jamais. ... Et même si - ce que je ne crois pas un instant possible - notre île ou une grande partie de notre île devait être submergée et affamée, alors, notre Empire au-delà des mers, armé et gardé par la flotte britannique, continuerait le combat, jusqu'à ce qu'un jour, à l'heure que Dieu choisira, le Nouveau Monde, de toute sa force et sa puissance, s'avance pour secourir et libérer l'Ancien. ... L'Empire britannique et la République française, unis dans la même cause et dans le même besoin, défendront leur sol natal jusqu'à la mort, s'aidant fraternellement jusqu'à l'extrême limite de leurs forces. " 60 jours, p 268 ... Haut de page |
||
| 10
juin 1940 / Discours de Mussolini aux Italiens, qui justifie l'entrée
en guerre par des arguments géopolitique et la logique du mouvement
révolutionnaire fasciste. " Combattants de terre, de mer et de l'air, chemises noires des Légions et de la Révolution, hommes et femmes d'Italie, de l'Empire et du royaume d'Albanie, écoutez ... Une heure marquée du sceau du Destin de la Patrie sonne au ciel de l'Italie l'heure des décisions irrévocables. ... La déclaration de guerre a déjà été notifiée aux ambassadeurs de Grande-Bretagne et de France. ... Nous entrons en lice contre les démocraties ploutocratiques et réactionnaires de l'Occident, qui, de tous temps, ont fait obstacle à la marche en avant et à l'existence même du peuple italien. ... Les quelques lustres de l'histoire la plus récente peuvent se résumer en ces trois mots : promesses, menaces, chantages, Le couronnement de cet édifice a été l'assaut ignoble de la Société des 52 Etats. ... Notre conscience est absolument tranquille. ... Comme vous, le monde entier est témoin que l'Italie a fait tout ce qui était humainement possible pour éviter d'être entraînée dans la tourmente qui ravage l'Europe, mais ce fut en vain. ... Il importait de réviser les traités pour les adapter aux multiples exigences de la vie des nations et non de les considérer comme intangibles pour l'éternité. Il importait de ne pas entrer dans la stupide politique des garanties, qui s'est trouvée meurtrière surtout pour ceux qui en paraissaient les bénéficiaires. ... Il importait de ne pas repousser la proposition qu'avait faite le Führer le 6 octobre dernier, après la fin de la campagne de Pologne. ... Désormais, tout cela appartient au passé. Si, aujourd'hui, nous nous sommes résolus à affronter les risques et les sacrifices d'une guerre, c'est que l'honneur, l'intérêt, l'avenir l'imposent sans recours. C'est parce qu'un grand peuple, digne de l'être, doit considérer ses intérêts comme sacrés et ne se soustrait pas à l'épreuve suprême par laquelle est déterminé le cours de l'histoire. ... Si nous prenons les armes, c'est pour résoudre, après avoir résolu le problème des frontière territoriales, le problème des frontières maritimes. ... Nous voulons briser les entraves d'ordre territorial et militaire qui enserrent notre mer, parce qu'un peuple de 49 millions d'habitants n'est pas vraiment libre, s'il n'a pas libre accès à l'Océan. ... Cette lutte gigantesque n'est qu'une phase dans le développement logique de notre révolution. C'est la lutte des peuples pauvres et nombreux qui n'ont que leurs bras contre les affameurs qui détiennent férocement le monopole des richesses et tout l'or du monde. ... C'est la lutte des peuples féconds et pauvres contre les peuples stériles de l'Ouest. C'est la lutte deux fois séculaire de deux courants d'idées. ... Maintenant que les dés sont jetés et que nos vaisseaux sont brûlés, je déclare solennellement que l'Italie n'entend pas entraîner dans le conflit les autres peuples, ses voisins de terre ou de mer. Que la Suisse, la Yougoslavie, la Grèce, la Turquie, l'Egypte, prennent acte de mes paroles. Il dépend d'elles, et seulement d'elles que ces paroles soient, ou non, rigoureusement confirmées. ... Italiens ! ... Dans une réunion mémorable, celle de Berlin, j'ai dit que, selon les lois de la morale fasciste, quand on a un ami, on marche avec lui à fond. ... C'est ce que nous avons fait. Et c'est aussi ce que nous ferons avec l'Allemagne, avec son peuple, avec ses armées victorieuses. ... A la veille d'un événement de portée séculaire, notre pensée va vers S. M. le Roi et Empereur, qui, comme toujours, est l'interprète de l'âme de la Patrie et nous saluons aussi le chef de l'Allemagne alliée. ... L'Italie prolétarienne et fasciste est, pour la troisième fois, sur pied, forte, fière et compacte comme jamais. ... Un seul mot d'ordre, catégorique et impératif s'impose à tous, des Alpes à l'Océan Indien : vaincre. ... Et nous vaincrons pour procurer finalement une longue paix de justice à l'Italie, à l'Europe et au monde. ... Peuple italien, aux armes ! Démontre ta ténacité, ton courage et ta valeur ! " .. Haut de page |
||
| 15
juin 1940 / Lâchage des alliés polonais et faiblesse du personnel
politique, y compris ceux qui ont une image et des velléités
d'énergie comme Mandel. L'ambassadeur d'Angleterre quitte le bureau du Président, et l'on y introduit aussitôt M. Zaleski, ministre des Affaires étrangères de Pologne, réfugié en France avec le général Sikorski. M. Zaleski déclare à M. Paul Reynaud que le Président de la République polonaise serait désireux de connaître la ligne de défense adoptée par le gouvernement français. Il ajoute que le général Sikorski est toujours à son Quartier Général et qu'il continue à commander les formations polonaises engagées sur la ligne Maginot. Reynaud répond que, parmi ses collègues du cabinet, la tendance à une demande immédiate d'armistice s'accentue. Weygand a déclaré qu'il ne peut plus contenir la poussée allemande, le moral de l'armée française étant au plus bas. - Nous devons regarder la réalité en face, dit-il. Zaleski s'insurge devant une semblable décision qui serait, à son avis, catastrophique. - Pourquoi ne pas poursuivre le combat, demande-t-il, même s'il faut battre en retraite jusqu'à la Méditerranée, voire jusqu'à l'Afrique du Nord Il n'est pas possible de conclure un armistice acceptable avec Hitler ! - Malheureusement, répond Reynaud, nous sommes placés devant un cas de force majeure. Churchill lui-même nous comprend, il sait que nous ne pouvons plus tenir. Il n'insiste plus pour que nous respections les termes de notre alliance. La France, après la Pologne, s'est aperçue que les Allemands étaient trop bien préparés militairement et trop forts. Nous devons maintenant supporter les conséquences de cette situation. - Mais, dit Zaleski, avez-vous envisagé la situation du gouvernement polonais ? Que devient dans tout cela notre armée, qui s'est bien battue et qui se bat encore bravement pour couvrir la retraite des troupes françaises de l'Est ? Nous ne sommes pas une nation qui capitule. - Eh bien répond Reynaud, je ne puis vous dire que ceci : si vous voulez joindre votre cause à la nôtre et demander un armistice en même temps que nous, nous ferons tout ce que nous pourrons pour obtenir des condition aussi bonnes que possible en faveur de votre gouvernement, de votre armée et des nombreux émigrés et réfugiés polonais résidant actuellement en France. Quelles autres solutions pouvez-vous envisager ? Que pourriez-v faire ? Votre armée est au contact de l'ennemi. Vous n'avez pas assez dg bateaux et d'avions pour l'évacuer. Et même si vous en aviez assez, où prendriez-vous vos soldats ? - Mais, objecte Zaleski, vous faites grandement erreur ! Les Allemands n'accepteront pas de négociations. Aucune tractation ne sera possible ! Que que soit le chef de votre gouvernement, ils vous imposeront des condition: terribles. - Je puis obtenir, dit alors Reynaud, que la décision définitive du cabinet soit reportée à demain, mais ce délai ne pourra pas être dépassé Le gouvernement polonais a tout intérêt à prendre rapidement sa décision Scandalisé par les propos qu'il vient d'entendre dans la bouche du Président du Conseil, M. Zaleski quitte le Quartier Général de la XVIIIe, Région et se précipite à la Préfecture, pour voir M. Mandel. - Pourquoi vous et vos amis politiques n'allez-vous pas de l'avant, jusqu'au coup d'Etat, s'il le faut ? lui demande avec fougue le ministre des Affaires étrangères polonais. - Ah ! réplique M. Mandel, rien ne m'arrêterait d'agir de la sorte. Mais il ne faut pas oublier que je suis Juif. Les temps ont changé depuis l'époque où je travaillais avec Clemenceau. Les événements se sont succédés et ont laissé des cicatrices... Des gens me surveillent déjà étroitement dans la crainte que je ne fasse ce que vous venez me suggérer. Je n'hésiterais pas un instant si, parmi les politiciens et nos chefs militaires, j'avais la certitude de rallier un nombre suffisant d'hommes sûrs et résolus. Malheureusement, je ne peux rien faire. Mais il ne faut pas désespérer... Je vais m'opposer à ce que la décision soit prise aujourd'hui. Si je réussis, les délibérations prendront peut-être demain un tour plus favorable. Des échos de la conversation que M. Zaleski vient d'avoir avec le Président Reynaud se répandent comme une traînée de poudre dans les milieux diplomatiques. Les ministres belges, réfugiés à Bordeaux, en ont vent. Cette nouvelle les consterne. Si le gouvernement français se résigne à traiter avec les Allemands, quel sera alors leur rôle ? Ne risquent-ils pas de perdre la face ? 60 jours, p 403 ... Haut de page |
||
| 19
juin 1940 / Ils se sont battus "comme des lions", malgré
l'insuffisance des moyens A Saumur, en particulier, où les Allemands piétinent depuis 48 heures, de violents engagements ont lieu. Les jeunes Cadets, qui s'instruisaient avant de partir au feu, ne veulent pas laisser prendre leur école sans combat. Ils ont entendu dire à la radio, le 17 juin, qu'il faudra bientôt déposer les armes. " Ces paroles, a déclaré l'un d'eux, nous pénétraient au fur et à mesure comme autant de gouttes de feu. Nous avions décidé de nous battre quand même, tant que l'armistice ne serait pas signé, simplement pour l'honneur. " " Sous l'impulsion d'un chef ardent, le colonel Michon, l'école qui comprend 2 200 hommes va défendre la Loire, du pont de Monsoreau au pont de Gennes, sur 25 kilomètres de front. Elle n'a que son armement d'instruction : cinq chars Hotchkiss, trois automitrailleuses, quatre canons de 75, dix canons de 25, quelques mortiers de 60 et de 81 et les armes individuelles. Mais une résolution ferme et un mâle courage animent tous ces jeunes gens. " Deux jours durant, les 19 et 20 juin, ils se battent avec la frénésie d'une jeunesse au désespoir ; deux jours durant, ils arrêtent les forces allemandes sur les ponts de Saumur. Et puis, les munitions s'épuisent, leur effort est brisé. Le flot des Panzers finit par franchir la Loire. " Mais, là aussi, l'honneur est sauf. Conjointement avec 3 bataillons de Nord-Africains, sous les ordres du colonel Bellouin, des éléments de la 3 e D.L.M. et des groupes francs (en formation à Satory et repliés sur Tours), trois autres écoles participent à la bataille de la Loire : l'Ecole de Saint-Maixent, l'Ecole d'Artillerie de Poitiers et l'Ecole d'Artillerie de Fontainebleau (repliée à Jaulnay, près de Poitiers). Toutes méritent d'être honorées pour leur résistance désespérée.. " 60 jours, p 492 ... Haut de page |
||
| 8
Juillet 1940 / Pierre Laval présente et explique aux sénateurs
le projet de loi qui accorde les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain
pour négocier la paix, établir un régime autoritaire,
national et social et préparer une nouvelle constitution. Là encore, le Président Lebrun agit en homme " respectueux des procédures habituelles ". Ce texte, il le réprouve en son for intérieur; il ne se fait guère d'illusion sur ses conséquences probables. Mais puisqu'il est adopté par le gouvernement, il y apposera sa signature. Avant de lever la séance, le décret suivant est donc paraphé LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, SUR LE RAPPORT DU MARÉCHAL DE FRANCE, PRÉSIDENT DU CONSEIL, Vu l'article 8 de la loi constitutionnelle du 25 février 1875 DÉCRÈTE: Article unique: Le projet de résolution dont la teneur suit sera présenté à la Chambre des Députés par le Maréchal de France, Président du Conseil, qui est chargé d'en soutenir la discussion " La Chambre des Députés déclare qu'il y a lieu de réviser les lois constitutionnelles. " Fait à Vichy, le g juillet 1940 Albert LEBRUN. Par le Président de la République Le Maréchal de France, Président du Conseil, Philippe PÉTAIN *. Ce texte est déposé immédiatement
sur le bureau des deux Chambres. Il paraîtra le lendemain matin
au Journal Officiel. Comme le désire M. Lebrun, toutes les règles
constitutionnelles auront été respectées. |
||
| Une
armée mal préparée, mal dirigée et dépourvue
des moyens et des conceptions nécessaires à la guerre moderne:
des avions dispersés et pas de parachutistes Passons à l'aviation. Là encore nous retrouvons la même incohérence et la même dispersion. Alors que toutes les forces aériennes allemandes (plus nombreuses et plus modernes que les nôtres) sont massées en deux " flottes " autonomes, dépendant d'un commandement unique et prêtes " à assommer l'ennemi sur le point choisi * ", chez nous, le front nord est divisé en " zones d'opérations aériennes " (Z.O.A.) adaptées aux groupes d'armées et recevant les ordres du commandant de groupe en même temps que ceux, parfois contradictoires, du " commandant des forces aériennes de coopération " (le général Têtu), placé auprès du général Georges. De plus, le commandant des " forces aériennes réservées " a des formations qui agissent dans les Z.O.A. sans être sous les ordres des commandants de zone. Les commandants de groupes de chasse " à la disposition des armées " sont eux-mêmes tiraillés entre les commandants des forces aériennes de l'armée et ceux du groupement de chasse, dont les prérogatives sont mal définies, ce qui leur vaut de recevoir des contre-ordres... ou pas d'ordres du tout 20. Le résultat d'un pareil chevauchement d'attributions ne peut manquer de s'inscrire dans le ciel. C'est ainsi que dans la matinée tragique du 15 mai, le général commandant la Z.O.A. Nord (adaptée au Groupe d'Armées n° I) recevra du général Billotte l'ordre de répartir ainsi ses forces de chasse 60 % au profit du détachement Touchon, 30 % au profit de la IIe Armée, 5 % au profit de la IXe Armée et 5 % au profit de la VIIe Armée. A la même heure, et pour les mêmes forces, il recevra du général Têtu un ordre de répartition différent : 50 % sur la région de Mézières, 30 % sur la région de Sedan et 20 % sur la région de Dinant, en même temps que lui parviendront des appels directs des différentes armées. Comment nos malheureux aviateurs, déjà insuffisants en nombre, pourraient-ils être à la fois à Sedan et sur l'Escaut ? Même incompréhension, en ce qui concerne l'emploi des troupes aéroportées. Alors que la Luftwaffe comporte une division de parachutistes, commandée par le général Student, qui tomberont par grappes de cent sur Rotterdam et le fort d'Eben-Emaël, et que 100 000 jeunes allemands possèdent leur brevet de vol à voile, nous n'avons que deux groupes d'infanterie de l'air, le 601e et le 602e, stationnés respectivement à Reims et à Alger. Les 360 hommes qui les composent en tout, sont mal vus de leurs compagnons de l'armée de l'air, qui ont tendance à les considérer " comme des êtres anormaux ". A quoi pourraient servir, en effet, ces quelques parachutistes, employés en faible quantité sur des fronts occiden-taux, à grande densité d'occupation ? L'idée de l'action en masse, sur les arrières de l'ennemi n'est pas encore née dans la tête de nos dirigeants. Nos possibilités aériennes de l'époque nous interdisent même d'y songer. Le commandement de l'air a bien envisagé de créer, à partir de ces deux compagnies existantes, deux bataillons aéroportés. Mais ceux-ci n'ont pas encore été formés au début des hostilités. On songe un instant à faire sauter nos 360 hommes en Hollande, pour tenir tête à toute une division. Finalement on y renonce. Ils seront retirés de leurs avions et employés à terre, comme groupes francs dans les Vosges. 60 jours, p 754 ... Haut de page |
||