| Famine
en Ukraine
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exigences extrêmes + 32% de 1931 à 1932 Lettre d'un bolchevik à Staline : Des tortures variées pour forcer les paysans à donner leurs récoltes La réponse de Staline à Mikhaïl Cholokhov, le 6 mai 1933.: de simples abus contre des paysans qui sont des ennemis mortels du bolchevisme, la famine est une fable Interdiction de fuir la zone de famine, c'est un complot, Le témoignage d'un consul italien : Enfants abandonnés, wagons de morts vivants et cannibalisme. |
Un
bilan démographique : six millions de
morts. Une famine programmée
pour punir les régions qui avaient résisté à
la collectivisation, L'année d'après les
paysans sont remplacés par des gens rafflés dans les rues.
Les cultivateurs continuent à ne
presque pas être rétribués après la famine Une école d'inhumanité pour les cadres communistes Mussolini se tait Les radicaux socialistes français croient [volontairement] qu'il n'y a pas de famine en Ukraine Source magazine l'histoire, N° 188, mai 1995, document sur la famine en Ukraine par Nicolas Werth |
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| Une
famine programmée pour punir les régions qui avaient résisté
à la collectivisation On constate en effet une remarquable superposition des zones de forte résistance paysanne aux réquisitions de 1918-1920, à la collectivisation de 1929-1930 et des zones touchées par la famine : des 14 000 émeutes et révoltes paysannes recensées par l'OGPU en 1930, plus de 85 % ont eu lieu dans les régions "punies " par la famine de 1932-1933. Ce sont les régions agricoles les plus riches et les plus dynamiques, celles qui avaient à la fois le plus à donner à l'État et le plus à perdre du système d'extorsion de la production agricole mis en place au terme de la collectivisation forcée des campagnes, qui ont été les plus touchées par la première famine " programmée " de l'histoire Nicolas Werth, in l'histoire, N° 188, mai 1995 .. Haut de page |
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| Une
école d'inhumanité pour les cadres communistes " nos cadres qui ont connu la situation de 1932-1933 et qui ont tenu le coup ... sont vraiment trempés comme l'acier. Je pense qu'avec eux on bâtira un État comme l'histoire n'en a jamais connu " Sergo Ordjonikidze, lettre à Serge Kirov en janvier 1934 .... Haut de page |
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| Les
cultivateurs continuent à ne presque pas être rétribués
après la famine les régions frappées par la famine de 1932-1933 donnent, à l'automne 1933, une récolte honorable. Le plan de collecte est déclaré rempli, les villes et l'armée sont ravitaillées, les kolkhoziens reçoivent en moyenne, après avoir restitué à l'État l'avance de semences qui leur avait été faite au printemps, cédé aux orga-nismes de collecte la quantité de blé imposée (à six roubles le quintal, un prix dérisoire, inférieur de cinquante à cent fois au prix du marché), donné 20 % de la récolte aux stations de machines et de tracteurs, un kilo de blé par journée de travail ! Nicolas Werth, in l'histoire, N° 188, mai 1995 ... Haut de page |
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| L'année
d'après les paysans sont remplacés par des gens rafflés
dans les rues " La mobilisation des forces citadines pour les travaux des champs a pris des proportions énormes. ... Cette semaine 20 000 personnes au moins ont été envoyées chaque jour à la campagne pour une période de deux à trois semaines. ... La réquisition des hommes s'apparente à la traite des Noirs. Avant-hier on a cerné le bazar, pris tous les gens valides, hommes, femmes, adolescents et adolescentes, et on les a emmenés à la gare, encadrés par la GPU, et expédiés aux champs. ... Partout où il y a une queue, la GPU guette et intervient dès qu'elle voit que les gens "exportables "sont en nombre suffisant. " Sergio Gradenigo, consul italien de Kharkov, 20 juillet 1933, ... Haut de page |
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| Un
bilan démographique : six millions de morts Les archives démographiques et les recensements de 1937 et de 1939, tenus secrets jusqu'à ces dernières années, permettent d'évaluer l'ampleur de la famine de 1933. Géographiquement, la " zone de la faim " couvre l'ensemble de l'Ukraine, une partie de la zone des terres noires, les riches plaines du Don, du Kouban et du Caucase du Nord, une grande partie du Kazakhstan ... Près de quarante millions de personnes sont touchées par la famine ou la disette. Dans les régions les plus atteintes, comme dans les zones rurales autour de Kharkov, la mortalité est multipliée par dix, entre janvier et juin 1933, par rapport aux moyennes normales (100 000 décès en juin 1933 dans la région de Kharkov, contre 10 000 en janvier). Encore faut-il noter que de très nombreux décès n'étaient pas enregistrés. Les zones rurales sont bien sûr plus durement frappées que les villes, mais celles-ci ne sont pas épargnées : Kharkov perd, en un an, 120 000 habitants, Krasnodar 40 000, Stavropol 20 000. En dehors de la " zone de la faim ", les pertes démographiques, dues en partie à la disette, ne sont pas négligeables dans les zones rurales de la région de Moscou, la mortalité augmente de 50% entre janvier et juin 1933 ; dans la ville d'Ivanovo - théâtre de plusieurs émeutes et grèves de la faim en 1932-1933 -, la mortalité progresse de 35 % au cours du premier semestre 1933. Pour l'année 1933, et pour l'ensemble du pays, on observe un surplus de décès supérieur à six millions. Le taux de mortalité en 1933 atteint 71,6 pour mille (contre 29,5 pour mille en 1932). L'immense majorité de ce surplus de décès étant dû à la famine, on peut valablement estimer à six millions de victimes environ le bilan de cette tragédie programmée. La paysannerie d'Ukraine paie le plus lourd tribut : au moins quatre millions de morts. Un million de morts au Kazakhstan, notamment parmi la population nomade privée, depuis la collectivisation, de la majeure partie de son bétail. Un million de morts dans le Nord-Caucase et la région des terres noires. Nicolas Werth, in l'histoire, N° 188, mai 1995 ... Haut de page |
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Le
témoignage d'un consul italien : Enfants abandonnés, wagons
de morts vivants et cannibalisme |
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| Interdiction
de fuir la zone de famine, c'est un complot " [interdire] par tous les moyens les départs massifs des paysans d'Ukraine et du Nord-Caucase vers le nord et vers les villes. Après arrestation des éléments contre-révolutionnaires, les autres fuyards seront ramenés sur leur lieu de résidence ... Le Comité central et le gouvernement ont les preuves que l'exode massif des paysans vers les régions septentrionales de la Russie est organisé par les ennemis du pouvoir soviétique, les SR [socialistes révolutionnaires] et les agents polonais dans un but de propagande, "par l'intermédiaire des paysans ", contre le système kolkhozien en particulier et le pouvoir soviétique en général. " Staline, Molotov, Circulaire du 22 janvier 1933 ... Haut de page |
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| Staline
à un chef communiste local : la famine est une fable Recevant, en décembre 1932, Rodion Terekhov, secrétaire du Parti de la région de Kharkov, Staline lui dit : " On m'a fait savoir que vous êtes bon orateur, mais je vois que vous êtes aussi bon conteur. Vous avez composé une fable au sujet d'une prétendue famine, vous pensiez sans doute me fàire peur, mais ça n'a pas marché. Vous devriez plutôt laisser tomber vos activités de secrétaire régional et de membre du Comité central d'Ukraine et travailler pour l'Union des écrivains. Vous écrirez des fables et les imbéciles vous liront. " Nicolas Werth, in l'histoire, N° 188, mai 1995 .... Haut de page |
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| La
réponse de Staline à Mikhaïl Cholokhov, le 6 mai 1933.:
de simples abus contre des paysans qui sont des ennemis mortels du bolchevisme " Cher camarade Cholokhov, J'ai bien reçu vos deux lettres [Cholokhov a écrit une seconde lettre à Staline le 16 avril 1933]. L'aide que vous avez demandée a été accordée. J'ai envoyé le camarade Chkiriatov pour démêler les affaires dont vous me parlez. Je vous demande de l'aider. Voilà. Mais, camarade Cholokhov, ce n'est pas tout ce que je voulais vous dire. En effet, vos lettres donnent un tableau que je qualifierai de non objectif et, à ce propos, je voudrais vous écrire quelques mots. " Je vous ai remercié pour vos lettres qui révèlent une petite maladie de notre appareil, qui montrent qu'en voulant bien faire, c'est-à-dire désarmer nos ennemis, certains de nos fonctionnaires du Parti s'en prennent à nos amis et peuvent même devenir firanchement sadiques. Mais ces remarques ne signifient pas que je sois d'accord EN TOUT avec vous. Vous voyez UN aspect des choses, et vous ne le voyez pas mal. Mais ce n'est QU'UN aspect des choses. Pour ne pas se tromper en politique - et vos lettres ce n'est pas de la littérature, c'est de la pure politique-, il faut savoir voir L'AUTRE aspect de la réalité. Et l'autre aspect, c'est que les respectés laboureurs de voire district - et pas seulement du vôtre -faisaient grève, faisaient du sabotage et étaient prêts à laisser les ouvriers et l'Armée Rouge sans pain ! Le fait que ce sabotage était silencieux et apparemment pacifique (sans effusion de sang) - ce fait ne change rien au fond de l'affaire, à savoir que les respectés laboureurs menaient une guerre de sape contre le pouvoir soviétique. Une guerre à mort, cher camarade Cholokhov ! " Bien sûr, ces spécificités ne peuvent justifier les abus qui ont été, selon vous, commis par nos fonctionnaires. Et les coupables devront répondre de leur comportement. Mais il est clair comme le jour que nos respectés laboureurs ne sont pas des brebis innocentes, comme on pourrait le penser en lisant vos lettres. "Allez, portez-vous bien. Je vous serre la main. Votre J. Staline. " (Archives présidentielles, fonds 3 inventaire 61 ; dossier 549, f' 19z ... Haut de page |
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| Des
exigences extrêmes + 32 de 1931 à 1932 Plus la région est fertile, et plus elle sera ponc-tionnée. En 1930, l'État collecte 30 % de la production agricole en Ukraine, 35 % dans les riches plaines du Kouban (Cau-case du Nord), 33 % de la récolte du Kazakhstan. En 1931, ces pourcentages augmentent pour atteindre respectivement 41,5 %, 38,5 %, 39,5 %. Un tel prélèvement ne peut que désorganiser totalement le cycle productif : il suffit de rappeler que sous la NEP les paysans ne commercialisaient que 15 à 20 % de leur récolte, réservant 12 à 15 % pour les semences, 25 à 30% pour le bétail et le reste pour leur propre consommation. Entre les paysans, décidés à user de tous les stratagèmes pour conserver une partie de leur récolte, et les autorités locales, obligées de remplir, à tout prix, un plan de plus en plus irréaliste-en 1932, le plan des collectes est supérieur de 32% à celui de 1931-, le conflit est inévitable Nicolas Werth, in l'histoire, N° 188, mai 1995 .... Haut de page |
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| Lettre
d'un bolchevik à Staline : Des tortures variées pour forcer
les paysans à donner leurs récoltes De passage dans le Kouban, l'écrivain Mikhaïl Cholokhov, auteur du Don paisible, écrit le 4 avril 1933 à Staline Camarade Staline ! "Le district Vechenski, comme beaucoup d'autres districts du Nord-Caucase, n'a pas rempli le plan de livraison de céréales non pas à cause de quelque " sabotage koulak ", mais à cause de la mauvaise direction locale du Parti. ... " En décembre dernier; le Comité régional du Parti a envoyé, pour " accélérer " la campagne de collecte, un " plénipotentiaire ", le camarade Ovtchinnikov ... qui a pris les mesures suivantes : 1) prendre toutes les céréales disponibles, y compris " l'avance " donnée par la direction des kolkhozes aux kolkhoziens pour l'ensemencement de la récolte future, 2) répartir les livraisons dues par chaque kolkhoze à l'Etat par foyer. Quels ont été les résultats de ces mesures? Quand ont commencé les réquisitions ... les paysans se sont mis à cacher et à enterrer le blé. Maintenant, quelques mots sur les résultats chiffrés de toutes ces réquisitions. Céréales " trouvées ": 5 930 quintaux. .... Et voici quelques méthodes employées pour obtenir ces 593 tonnes -La méthode du foid. ... On déshabille le kolkhozien et on le met "au froid ", tout nu, dans un hangar. Souvent, on mettait les kolkhoziens " au froid "par brigades entières. - La méthode du chaud. On arrose les pieds et les rebords des jupes des kolkhoziennes de kérosène et on y mettait le feu. Puis on l'éteignait. .... -Dans le kolkhoze Napolovski, un certain Plotkine, " plénipotentiaire " du Comité de district, forçait les kolkhoziens interrogés à s'allonger sur un poêle chauffé à blanc, puis il les " déchauffait " en les enfermant nus dans un hangar. ... -Dans le kolkhoze Lebiajenski, on alignait les kolkhoziens le long d'un mur et on simulait une exécution. ... Je pourrais multiplier à l'infini ce genre d'exemples. Ce ne sont pas des " abus , non, c'est la "méthode "courante de collecte du blé. ... S'il vous semble que ma lettre est digne de retenir l'attention du Comité central, envoyez donc ici de véritables communistes qui auront le courage de démasquer tous ceux qui ont porté dans ce district un coup mortel à la construction kolkhozienne. ... Vous êtes notre seul espoir " Votre Mikhaïl Cholokhov. " Mikhaïl Cholokhov, auteur du Don paisible, le 4 avril 1933 lettre à Staline (Archives présidentielles, fonds 45 ; inventaire 1, dossier 827; f° 7-22) ... Haut de page |
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| Mussolini
se tait Les rapports des diplomates italiens en poste à Kharkov, à Odessa, à Novorossijk, récemment mis à jour et publiés par Andrea Graziosi I, montrent que Mussolini, qui lisait ces textes avec soin, était parfaitement informé de la situation, mais ne l'utilisa pas pour sa propagande anticommuniste. Au contraire, l'été 1933 fut marqué par la signature d'un traité de commerce italo-soviétique, suivie de celle d'un pacte d'amitié et de non-agression. Nicolas Werth, in l'histoire, N° 188, mai 1995 ... Haut de page |
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| Les
radicaux socialistes français croient [volontairement] qu'il n'y
a pas de famine en Ukraine " [je n'y ai vu que] des jardins potagers de kolkhozes admirablement irrigués et cultivés. Voici, chargées de raisins, les vignes du plant français. Les récoltes décidément sont admirables; on ne sait où loger les blés. ... J'ai traversé l'Ukraine. Eh bien !j e vous affirme que je l'ai vue tel un jardin en plein rendement ". Édouard Herriot qui, voyageant en Ukraine en été 1933 " [les rumeurs entendues ne sont que] racontars colportés par les ennemis du régime ... Notre auto a manqué d'écraser des poules de plus de quatre mois. ... Si vraiment des millions d'hommes étaient morts de faim dans ces contrées, les malheureux eussent mangé leurs poules avant de songer à se nourrir de cadavres. " L'ambassadeur de France à Moscou, qui accompagnait Édouard Herriot, télégramme à Paul-Boncourt, ministre des Affaires étrangères [qui négocie un rapprochement avec Moscou, à la suite de l'arrivée au pouvoir d'Hitler] Nicolas Werth, in l'histoire, N° 188, mai 1995 .... Haut de page |
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