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"droit de cuissage" Il semble attesté, pour tout un chacun, que le seigneur médiéval possédait le droit de passer la première nuit de noces avec l'épouse de ses sujets et de ses vassaux La pratique contemporaine du "harcèlement sexuel" (un patron salace qui abuse de sa situation pour faire à ses employées soumises un chantage au licenciement) n'est probablement pas étrangère à la diffusion (et à l'acceptation) de cette idée. En mars 1854, le libéral Dupin, présente ... Les coutumes locales du baillage d'Amiens, rédigées en 1507, paru en 1845 et 1853. L'académie [des sciences morales et politiques] y relève l'existence passée du "droit de cuissage" et en profite pour stigmatiser les moeurs de l'ancienne France. Dupin est relayé, dans sa diatribe, par tous les anticléricaux. Mais avec l'appui bienveillant des chartistes, Veuillot [directeur du quotidien catholique "l'Univers" réussit cependant à démontrer qu'il faut se garder de voir un "droit" bien établi là où il n'y a que dévoiement et gaillardise médiévale. La lecture attentive des sources "révélatrices" se révéla pour lui fortement instructive. Du "droit de cuissage", à proprement dit, aucun texte ancien ne prouvait l'existence. Telle fut la conclusion du grand pamphlétaire catholique. "La compilation de Delpit [rassemblant 72 "preuves" de ce droit], illustre un des tactiques les plus anciennes des partisans de l'existence du cuissage : l'accumulation et l'amalgame. On assemble des références et des textes, de statuts et de provenance fort variés, dont certains, en petit nombre, présentent un contenu troublant". Alain Boureau auteur d'une étude récente sur le droit de cuissage. Boureau remarquable qu'un quart de ses "preuves" relèvent ainsi de la mystification pure et simple! Au bout du compte, tout au bout du raisonnement, ne restent que 5 sources un tant soit peu troublantes sur les... 72 promises. ... La première est un texte satirique du XIIIe siècle. ... Les quatre autres sources étaient, [des] "aveux et dénombrements", c'est-à-dire une énumérations de ... droits divers établies par le vassal, dans le cas où un contentieux l'opposait à son suzerain. ... il faut être préalablement averti qu'ils ne signifient rien avant qu'ils aient été validés par une chancellerie ou une chambre des comptes. ... certains auteurs étaient parfois tentés de forcer la main aux magistrats, en s'inventant des droits imaginaires ... . Dans les cas présentés par Delpit, cette vérification indispensable n'avait pas été effectuée. Il ne reste donc plus aucune "preuve" à l'appui du cuissage. ... Il est cependant difficile de remonter le cours d'une rumeur Ici, tout semble être parti d'une confusion avec une simple taxe payée dans certaines conditions au seigneur par les paysans, lors du mariage de leur progéniture. ... le formariage, ... qui interdisait le mariage en-dehors de la seigneurie, interdiction levée selon la bonne volonté du seigneur, moyennant une compensation pécuniaire. C'est surtout au XVIIIe siècle que l'idée de ce pseudo-droit se répandit dans le peuple et les salons, grâce au talent de libres-penseurs comme Boucher d'Argis -l'inventeur du "droit de cuissage"-, ou encore Beaumarchais. ... Il atteignit son apogée lors de la Restauration et de la Monarchie de Juillet, sous la plume de Béranger ... Le retour de la royauté leur faisait craindre le retour de droits ignobles que la Révolution était censée avoir effacés. [fouler les blés en représailles, se chajjer les pieds dans les entrailles ouvertes de ses serfs, ou faire battre les marais pour faire taire les grenouilles] Cela dit, pourquoi crut-on si fort à ce prétendu droit dès le bas Moyen Age? ... Alain Boureau émet une hypothèse qui mérite que l'on s'y attarde. ... Il rappelle que l'instauration du sacrement du mariage naît au XIIe siècle et ... s'accompagne ...i du droit égal pour tous à la liberté "d'une vie matrimoniale sans entraves". ... violé en pratique par les taxes liées à la dépendance personnelle. L'apparition, vers cette époque, du caricatural "droit de cuissage" ... s'expliquerait alors comme un effet d'une réaction populaire et ecclésiastique contre les abus des seigneurs. Boureau conclut fort pertinemment : "Le droit de cuissage, donc, n'a jamais existé dans la France médiévale. Aucun des arguments, aucun des faits insinués, allégués ou brandis, ne résiste à l'analyse; à chaque fois que l'enquête a pu cerner le contexte précis d'un cas qui ne relevât pas de la falsification ou du contre-sens, elle a repéré un pur effet de discours, ressortissant à l'insinuation tactique, à la dénonciation stratégique ou la hâblerie d'intimidation, sans que ces énonciations unilatérales soient jamais intimées, ni ne produisent la moindre interaction de droit ou de fait. " Article de Paul Eric Blanrue, d'après un livre d'Alain Boureau ... Haut de page |