Discours d'Albert de Mun
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Comte Albert de Mun, Discours prononcé à Vannes,
dans une réunion d'électeurs du
département du Morbihan, le 8 ,mars 1881 sous le titre "Dieu et le Roi"

M. de Mun n'avait jamais varié dans ses convictions royalistes, connues de tous ses amis, et auxquelles M.le comte de Chambord avait daigné rendre récemment un éclatant témoignage en lui adressant, à la suite de son invalidation, une lettre qui était en même temps un gage précieux de sa haute approbation pour son attitude

[décide de les afficher à l'occasion de la campagne pour les élections de 1881]

Demain les destinées de la France seront livrées une fois de plus aux tempêtes électorales, et déjà on prépare, par de savantes manoeuvres, la dictature qui doit en sortir comme le couronnement naturel de la République. Or ce n'est pas assez de maudire cette dictature qui s'avance et de lui crier, en se détournant d'elle, qu'elle est la honte et la perte du pays. ...
Un homme public ... s'il connaît un moyen d'échapper à cette honte et à ces ruines, s'il croit savoir où peuvent être l'honneur et le salut, il faut qu'il le dise, sous peine de manquer à sa tâche.

Messieurs, depuis dix ans la République existe en fait ; depuis cinq ans elle est officiellement organisée ; c'est un stage suffisant, une expérience assez longue, pour que nous soyons fondés à lui demander compte de ce qu'elle a fait pour le pays

D'un bout à l'autre du pays, prêtre ou religieux, magistrat ou soldat, laboureur, industriel ou artisan, père de famille ou contribuable, il y a des gens qui souffrent et qui le disent tout haut quand ils sont libres, tout bas quand ils sont gênés dans leur indépendance

la troupe des satisfaits qui ont des places et des appointements et qui, se trouvant à l'aise dans leur nouvel état, déclarent que tout est au mieux dans la meilleure des républiques. Ceux-là, si vous leur demandez ce qu'ils pensent de la situation politique, ils vous répondront sans doute par le vieux refrain de Béranger:
Quels dînés !
Quels dînés Les ministres m'ont donnés !
Oh ! que j'ai fait de bons dînés !

[Si l'on se tourne] Vers la France qui croit en Dieu, vers la France qui travaille et qui produit ? Oh ! alors, Messieurs, nous entendrons un autre langage.

Les uns vous montreront les dépenses accrues de 850 millions depuis 1876, les budgets s'élevant toujours, les crédits supplémentaires accordés presque sans discussion, et cependant l'emprunt toujours à l'état latent

Ils vous diront que l'importation des produits étrangers va toujours en augmentant dans des proportions énormes, pendant que l'exportation diminue, si bien que la balance du commerce français s'établit, pour 1880, par une perte totale de 1 milliard 507 millions.

on vous dira avec une patriotique douleur les ravages que porte dans cette généreuse armée, qui s'appelle l'armée de la France, le despotisme politique mêlant son inquisition perpétuelle à tous les actes de la vie militaire la persécution religieuse qui vient, en chassant Dieu de la caserne, ravir au soldat sa meilleure consolation, aux familles leur plus précieuse garantie, à la patrie le gage le plus certain du dévouement de ses enfants.

Voilà ce qu'on fait des institutions du pays; et faut-il vous parler de l'administration ? Hier j'avais sous les yeux un relevé des mouvements effectués dans les différents ordres de fonctionnaires depuis trois ans; il y a eu 15,956 mutations, et, dans le nombre, des milliers de révocations qui laissent toute une armée d'anciens et fidèles serviteurs du pays ... privés de ressources les plus nécessaires à leur vie et à celle de leur famille. Voilà comment on traite l'administration française ; ... on s'en sert comme d'une prime offerte aux amis par la faveur d'un parti politique.

Et puis on monte au Capitole, tandis que, s'élevant plus haut encore que ces plaintes patriotiques, la grande clameur de tous les déshérités retentit chaque jour davantage, qui demande compte à la république bourgeoise des promesses qu'elle adressait au peuple, et qui fait sonner aux oreilles des parvenus du libéralisme le glas de la question sociale
La question sociale ! Il n'y en a pas, répond le journal de M. Gambetta.

Un jour, Messieurs, nos enfants et nos neveux se refuseront à croire ce que nous avons vu : les asiles sacrés de la prière et de la charité attaqués en pleine paix, sans que rien dans ces cloîtres silencieux fût venu servir, je ne dirai pas de provocation, mais de prétexte à une telle surprise

[Dix ans après la commune] Dix ans, Messieurs, qui l'eût dit alors, à cette heure tragique où l'indignation soulevait toutes les âmes, et où la France épouvantée poussait à son réveil un long cri de repentir, d'espérance et de foi?

C'est la patiente réalisation d'un plan savamment conçu, habilement poursuivi ; c'est la guerre à Dieu, légale et méthodique, mais toujours irréconciliable et acharnée ; c'est la destruction progressive mais résolue de la religion.

Ce ne sont pas seulement les moines proscrits et dépouillés, c'est l'hospice et le bureau de bienfaisance transformés en instruments d'un parti politique; c'est la soeur de Charité chassée du chevet des mourants, l'administration du culte livrée à l'autorité civile, le prêtre obligé de se faire soldat, et le recrutement du clergé rendu presque impossible; c'est par-dessus tout la conjuration formée contre l'âme de nos enfants, la conjuration de l'article 7 et des lois Ferry, les crucifix enlevés à coups de balai dans les écoles de Paris et jetés dans des tombereaux, les Frères et les Soeurs expulsés des écoles communales ; la conjuration de la loi Paul Bert enfin, qui enveloppe dans une gratuité mensongère et ruineuse l'enseignement sans Dieu, qu'elle prétend imposer à tous par l'odieux despotisme de l'obligation.

Demain ... on aura mis la main sur les générations qui grandissent, et, dans quelques années, on aura fait un peuple sans Dieu, sans croyance et sans foi, c'est-à-dire un peuple prêt pour tous les esclavages. Voilà l'oeuvre de la République!

Oh ! je sais qu'on se défend de toute haine préconçue, et qu'à chaque violence nouvelle on s'assoit sur les ruines qu'on a faites pour reprendre haleine et parler d'apaisement. Je sais cela, et je dis, Messieurs, que c'est une comédie électorale

l'oeuvre entreprise n'est pas une oeuvre de hasard, de circonstance ou de politique, mais une oeuvre de sectaires longuement préparée dans les loges de la franc-maçonnerie

Ce n'est pas l'emportement d'un jour, c'est un système de gouvernement qui consiste à déchristianiser la France pour mieux l'asservir, à mettre partout l'État à la place de Dieu ... un système de gouvernement qui consistera, on l'espère bien, à se mettre soi-même à la place de l'État.

Sans doute la France chrétienne, la France honnête a protesté par d'admirables résistances contre la tyrannie qui la presse ... Mais je suis ici pour vous dire, parce que c'est ma conviction, que ce n'est pas assez.

Je sais très bien, et tous les catholiques savent avec moi que, si la soumission à la loi divine est la condition essentielle qui s'impose à tous les gouvernements humains, Jésus-Christ n'a pas cependant dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique ...
L'indifférence politique ; elle est dans cette erreur pratique qui, s'appliquant à un pays déterminé, y tient tous les gouvernements pour également bons.
Si cette nation est la France, la question est plus pressante, plus inéluctable encore, parce que dans l'état où la Révolution l'a mise, le gouvernement, l'ordre légal, a un si grand empire, une puissance si accablante, que, s'il est mauvais, s'il est vicié dans ses origines, dans ses doctrines et dans ses représentants, il a sur les destinées du pays une influence chaque jour plus funeste, et qu'il arrive une heure où le despotisme de l'État finit par étouffer la révolte de la conscience. ... "

La loi, la légalité a chez nous une puissance presque sans bornes, et, quand elle est maniée par des hommes que le scrupule n'arrête pas, elle devient une oppression plus forte que toutes les protestations. L'honneur se révolte et s'indigne sans doute, mais la loi impose silence à ses gémissements, et, quand une pareille expérience a été faite souvent, quand la terreur s'ajoute à la lassitude, alors, Messieurs, oui, je l'avoue, je crois que l'honneur peut succomber.

Après tant de révolutions, ... je me demande, Messieurs, ce qu'il adviendrait du brusque revirement d'une opinion affolée par l'excès révolutionnaire, ce qui se passerait ce jour-là dans ce pays où la foi est si profondément troublée, où la notion du juste et de l'injuste a reçu de si rudes atteintes, où l'habitude du fait accompli a pris un tel empire !
Je me le demande avec effroi, [si] l'indifférence politique ne nous mènerait pas alors tout droit dans les bras d'un sauveur d'aventure qui, pour prix de l'ordre matériel, nous donnerait un despotisme nouveau. Cette politique-là, cette politique de la réaction au hasard et sans principes, c'est la politique des catastrophes, et ce n'est pas la mienne.

J'ai le droit, Messieurs, de tenir un pareil langage, et je suis, en parlant ainsi, dans une incontestable légalité ; la constitution qui a organisé la République est révisable, c'est à dire qu'elle peut être modifiée, non seulement dans ses détails, mais dans la forme même du gouvernement : les déclarations les plus formelles et les plus explicites ont établi de cette manière le sens de l'article 8 des lois constitutionnelles

Est-ce que les hommes que nous avons en face de nous ne sont pas des sectaires qui ont entrepris sciemment, volontairement, la guerre religieuse, qui l'ont étudiée comme une science, qui en ont fait le drapeau de leur vie politique et le programme de leur gouvernement ? Quoi ! nous leur donnerions un prétexte ! Mais ont ils attendu d'en avoir un ... pour expulser les religieux, pour décréter l'enseignement sans Dieu ? ... pour exciter contre les catholiques toutes les mauvaises passions et pour donner en mot d'ordre à leurs troupes : " Le cléricalisme, voilà l'ennemi!"
La persécution ne tient pas à notre silence ou à nos discours

Ce passé, cette histoire illustre, c'est la tradition nationale, et je dis que c'est là qu'est le fondement nécessaire de la constitution politique ; je dis que, hors de là, il n'y a que des expédients, des remèdes d'empirique, des préoccupations personnelles ou des calculs d'égoïsme.

La tradition nationale! on n'est pas libre de la dénaturer et de l'invoquer à son gré : elle s'est façonnée dans le sillon des siècles, et depuis quatorze cents ans elle porte un nom qui la résume tout entière, avec ses grandeurs et ses revers, avec ses origines et ses transformations successives : elle s'appelle la royauté française.

Je pourrais vous dire ce que j'ai vu quand je suis allé à Frohsdorf : ... j'ai trouvé un prince admirablement chrétien dans sa vie, dans son caractère et dans ses principes, uniquement occupé de deux pensées : la France et son devoir ... ; pénétré de nos besoins et des conditions actuelles de la société, prêt à gouverner et sachant que, pour faire son oeuvre, pour réformer les moeurs et les institutions sociales de ce pays il faut d'abord lui donner un gouvernement fort, qui rétablisse l'ordre et la paix publique, qui fasse taire ceux qui les troublent et qui rende à tous la sécurité du lendemain.

Moi aussi, je pourrais vous dire que le roi c'est l'incarnation de toutes les vieilles gloires de la France ; mais j'aime mieux vous dire qu'il est quelque chose de plus grand, de plus auguste, de plus fort : il est le droit.

Messieurs, la force est une nécessité de gouvernement, et je ne suis pas de ceux qui croient qu'il faille s'en passer. Mais la force n'est pas un principe : nous avons connu son règne, et la gloire, pendant un temps, lui a fait cortège... La gloire a succombé, la force s'est émoussée, et le gouvernement s'est écroulé tout entier. La force, c'est toujours un homme, et, quand l'homme tombe, il n'y a plus rien.

Et si la force est impuissante, est-ce l'acclamation populaire, est-ce la majorité des suffrages avec tous ses caprices, toutes ses faiblesses et tous ses entraînements qui sera le fondement du pouvoir, ou bien la révolte heureuse ou l'émeute triomphante avec ses excès ou ses passions ? La majorité, c'est le droit quand elle dit : oui ; quand elle dit : non, on l'invalide.

Messieurs, nous avons connu tous ces régimes, et, depuis si longtemps que, pour ne pas reconnaître un roi, nous nous livrons à ce souverain terrible, tour à tour esclave et tyran, à ce souverain sans nom, sans corps et sans responsabilité qu'on appelle le nombre, je vous le demande, depuis que nous vivons sous cet empire redoutable, qu'y avons-nous gagné?

Ah ! je sais bien ce que nous y avons perdu. L'autorité d'abord, ... qu'on a remplacée par l'arbitraire dans le gouvernement, l'arbitraire dans l'éducation, l'arbitraire jusque dans la loi.

Dans une société fondée sur l'oubli des droits de Dieu, la confusion s'établit sur tous les droits humains, de telle sorte que la porte est ouverte tour à tour, et quelquefois tout ensemble au despotisme et à l'anarchie.

[Conséquences de la république, l'écrasement des plus pauvres ]

Voilà ce que nous avons perdu, et, je le répète, qu'avons-nous gagné ? C'est au peuple surtout qu'il faut le demander ; c'est aux faibles, à ceux qui souffrent, à ceux qui travaillent; car c'est à eux que la Révolution a tout promis, et c'est dans leur sang que la République a assis son trône.

Messieurs, je ne suis pas un enfant du peuple ; mais, ... depuis dix ans, depuis le lendemain des grandes catastrophes de 1871, j'ai vécu tout entier au service d'une idée, le salut de la classe ouvrière...son salut moral et le progrès de sa condition matérielle, tous deux inséparables dans ma conviction. J'ai vécu, je devrais dire nous avons vécu, car je ne suis qu'un des soldats de l'armée catholique qui s'est consacrée à cette tâche, nous avons vécu courbés, pour ainsi dire, sur cette pensée unique : servir la cause des travailleurs.

Mais dans ces âmes troublées, que l'appât des biens terrestres a violemment détournées des croyances surnaturelles, ce qui domine, ce qui éclate, je le répète, c'est la déception et le sentiment profond de la banqueroute révolutionnaire.

A ce peuple on a tout promis : la puissance, la richesse et l'indépendance. On ne lui a donné que le masque d'une souveraineté chimérique, et, derrière ce masque, il n'y a qu'un esclave, un esclave qui porte sur ses épaules les politiciens dont il a fait la fortune ... , un esclave qui appartient corps et âme à la fournaise industrielle où on le jette comme une marchandise.

On a tout promis à l'ouvrier. Mais son repos, sa santé, sa vieillesse, son foyer, son avenir, ses intérêts professionnels, qui s'en soucie? Après quatre vingt-dix ans, on en est à discuter s'il est convenable de lui rendre une parcelle du droit d'association que la Révolution lui a ravi ; et c'est tout ce qu'on sait faire pour essayer de résoudre cette question sociale, cette question économique qui est la question vitale du temps moderne, qui s'impose à tous les gouvernements de l'Europe, et dont l'intérêt public devrait au moins, à défaut du sentiment de la justice, faire comprendre l'importance.

Messieurs, j'ai nommé la justice. Où estelle, à l'heure où je parle ? Elle est comme la liberté ; elle est comme l'autorité, elle est morte, la Révolution l'a tuée.

Voilà la seconde raison pour laquelle je suis royaliste. C'est qu'à l'abri du droit, du principe qui m'apporte la stabilité, c'est-àdire la sécurité du lendemain, je suis sûr de voir renaître et se rétablir, ... l'autorité ...; je suis sûr de retrouver la liberté dont j'ai besoin, non pas la liberté de tout faire, de tout dire et de tout écrire, que je ne désire pas parce qu'elle n'est presque toujours que la liberté du mal, mais la liberté de la conscience, la liberté de la famille, la liberté individuelle que la république me retire ... ; je suis sûr enfin de voir entreprendre la grande oeuvre de justice que le peuple attend depuis un siècle. ...

Certes, je ne veux pas dire que la monarchie suffise à elle seule pour résoudre la question sociale, mais je dis qu'elle seule peut y travailler avec fruit ... je dis qu'elle y travaillera sans relâche, honnêtement, loyalement, non pas avec des phrases, des promesses et des formules théoriques, mais avec des principes et des institutions, avec des encouragements aux hommes de bonne volonté.

Oh! Messieurs, je sais bien ce qu'on dit ; je sais bien par quel argument on nous combat. La monarchie chrétienne, on dit que ce sera le gouvernement des curés, la dîme rétablie, les droits féodaux et les privilèges de la noblesse restaurés. Voilà ce qu'on dit, et ceux qui le croient le moins sont ceux qui le font croire aux autres... ; on se sert d'un mensonge comme d'une arme politique, et on sait bien que c'est un mensonge.

Messieurs, il faut bien répondre à ces accusations, mais il faut aussi parler sérieusement et dire ce que c'est que la monarchie chrétienne ; pour moi c'est, en deux mots, un pouvoir soumis à la loi divine, qui fait respecter Dieu et qui laisse l'Église libre dans son culte, dans sa parole, dans ses institutions et dans son gouvernement.

C'est un pouvoir honnête et soucieux du bien-être de ceux qu'il gouverne, qui épargne leurs finances et protège le travail national ; c'est un pouvoir dont l'ambition est le bien public, et qui appelle à lui, pour l'aider à le faire, tous ceux qui veulent et qui peuvent y contribuer, sans distinction d'origine, sans préoccupation du passé, à cette seule condition d'apporter avec eux une entière bonne volonté et une parfaite loyauté

J'y vois ce pays reprenant dans le monde son rang et son prestige par la dignité de son langage et de sa conduite, imposant aux empires voisins, par le grand nom du roi de France, le respect et la confiance, se plaçant avec lui à la tête des gouvernements conservateurs et montrant à l'Europe, où il a promené la Révolution, l'exemple, qu'il lui doit en retour, de la Révolution vaincue par le Christianisme.

Voilà ce que j'appelle la monarchie chrétienne, et c'est la troisième raison pour laquelle je suis royaliste. Je le suis parce que j'aime passionnément mon pays, parce que, suivant la parole de Berryer, je suis patriote.


Je regarde autour de moi, et je ne vois plus même d'abri provisoire qui puisse tenter les hésitants; ...
La république conservatrice ? M. de Freycinet disait à Bordeaux, en 1878, qu'il voulait une république où l'on ne blessât ni les personnes ni les intérêts, où l'on fût tolérant et conciliant ;
étant devenu chef du pouvoir, il a chassé les Jésuites... ; puis il a cru qu'ayant fait la part du feu, ayant sacrifié un nombre respectable d'innocents, il pourrait gouverner sans faire de victimes nouvelles ; c'est à quoi se réduisait alors la république conservatrice. M. de Freycinet est tombé sous cette illusion.
On dit que M. Gambetta est devenu aujourd'hui le représentant de la république conservatrice ... la Commune relève partout sa tête triomphante, les amnistiés s'assoient dans l'Assemblée nationale, et la république de demain montre son visage à travers les mailles largement ouvertes de la politique opportuniste.

L'empire, Messieurs, l'empire est mort, mort dans une catastrophe sans égale

Eh bien, aux désabusés de la république qui ne veulent pas de ses violences et qui n'espèrent plus dans sa modération, aux survivants de l'empire qui demandent ... un gouvernement d'ordre et d'autorité, ... aux conservateurs enfin de tous les partis de la nation, ...
à tous les hommes de travail, de foi, de liberté, qui sont soucieux de leurs intérêts, de leur religion, de l'éducation de leurs enfants, qui ont besoin, pour vivre, de la paix, de la prospérité, de la sécurité du lendemain, à tous ces hommes de bonne volonté, je dirai : Qu'attendez-vous pour venir à nous ?
La monarchie est là toute prête

La république, faites-y bien attention, où tout le monde s'unit pour combattre, à l'heure du péril, autour du chef et du drapeau commun, tous, radicaux et modérés, intransigeants et opportunistes, tous, sans distinction de nuances, d'opinions et de préférences.
Je demande que nous suivions cet exemple fécond et que tous, chrétiens et conservateurs, hommes de foi, d'ordre et de liberté, nous oubliions les nuances, les opinions, les préférences qui nous divisent pour nous rallier autour du roi et du drapeau de la monarchie nationale. [pour] contribuer à former, pour le salut de la France chrétienne, la grande armée de la conservation sociale, à qui la tradition des siècles a légué ce cri de ralliement, qui vaut tout un programme : Dieu et le roi.

A la suite de ce discours, Albert de Mun reçoit les félicitations du prétendant légitimiste, le Comte de Chambord, dit Henri V

" Il s'agit de savoir si le monde doit retourner à la barbarie et s'il ne doit pas demander compte à la Révolution de ses exécrables forfaits. Il s'agit de savoir si la stabilité d'un principe qui domine les vicissitudes humaines et qui leur survit n'est pas supérieure à toutes les combinaisons du hasard et de l'intrigue pour protéger la dignité des consciences ainsi que la liberté des âmes, et assurer à cet ouvrier qui vous est si cher et auquel vous avez si généreusement consacré votre vie, la sécurité du pain quotidien.
" On ne démontrera pas mieux que vous ne l'avez fait ces grandes vérités; on ne prouvera pas mieux, pour recouvrer tant de bienfaits perdus, la nécessité de rendre à la France son Dieu et son roi.

"HENRI.Comte de Chambord, Goritz, 25 mars 1881"

Discours du comte Albert de Mun, Paris : Librairie Ch. Poussièlgue,1902, Tome 2 , pp. 385-423