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Révolution
française
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Document
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Questions et commentaires
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CHATEAUBRIAND
et la Révolution Française
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L'atmosphère
de Paris juste avant la terreur
PARIS n'avait plus, en 1792, la physionomie de 1789 et de 1790; ce n'était
plus la Révolution naissante, c'était un peuple marchant ivre
à ses destins, au travers des abîmes, pan des voies égarées.
L'apparence du peuple n'était plus tumultueuse, curieuse, empressée
; elle était menaçante. On ne rencontrait dans les nues que
des figures effrayées ou farouches, des gens qui se glissaient le
long des maisons, afin de n'être pas aperçus, ou qui rôdaient
cherchant leur proie : des regards peureux et baissés se détournaient
de vous, ou d'âpres regards se fixaient sur les vôtres pour
vous deviner et vous percer.
La variété des costumes avait cessé ; le vieux monde
s'effaçait ; on avait endossé la casaque uniforme du monde
nouveau, casaque qui n'était alors que le dernier vêtement
des condamnés à venir. Les licences sociales manifestées
au rajeunissement de la France, les libertés de 1789, ces libertés
fantasques et déréglées d'un ordre de choses qui se
détruit et qui n'est pas encore l'anarchie, se nivelaient déjà
sous le sceptre populaire : on sentait l'approche d'une jeune tyrannie plébéienne,
féconde, il est vrai, et remplie d'espérances, mais aussi
bien autrement formidable que le despotisme caduc de l'ancienne royauté
: car le peuple souverain étant partout, quand il devient tyran,
le tyran est partout ; c'est la présence universelle d'un universel
Tibère.
Dans la population parisienne se mêlait une population étrangère
de coupe-jarrets du midi: l'avant-garde des Marseillais, que Danton attirait
pour la journée du 10 août et les massacres de septembre, se
faisait connaître à ses haillons, à son teint bruni,
à son air de lâcheté et de crime, mais de crime d'un
autre soleil : in vultu vitium, au visage le vice.
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L'Assemblée
législative à l'origine de la terreur
Installée le 1et octobre 1791, elle roula dans le tourbillon qui
allait balayer les vivants et les monts. Des troubles ensanglantèrent
les départements ; à Caen, on se rassasia de massacres et
l'on mangea le coeur de M. de Belzunce.
Le Roi apposa son veto au décret contre les émigrés
et à celui qui privait de tout traitement les ecclésiastiques
non assermentés. Ces actes légaux augmentèrent l'agitation.
Pétion était devenu maire de Paris. Les députés
décrétèrent d'accusation, le 1er janvier 1792, les
princes émigrés ; le 2, ils fixèrent à ce 1er
janvier le commencement de l'an IV de la liberté. Vers le 13 février,
les bonnets rouges se montrèrent dans les nues de Paris, et la municipalité
fit fabriquer des piques. Le manifeste des émigrés parut le
1er mars. L'Autriche armait. Paris était divisé en sections,
plus ou moins hostiles les unes aux autres. Le 20 mars 1792, l'Assemblée
législative adopta la mécanique sépulcrale, sans laquelle
les jugements de la Terreur n'auraient pu s'exécuter; on l'essaya
d'abord sur des morts, afin qu'elle apprit d'eux son oeuvre. On peut parler
de cet instrument comme d'un bourreau, puisque des personnes, touchées
de ses bons services, lui faisaient présent de sommes d'argent pour
son entretien. L'invention de la machine à meurtre, au moment même
où elle était nécessaire au crime, est une preuve mémorable
de cette intelligence des faits coordonnés les uns aux autres, ou
plutôt une preuve de l'action cachée de la Providence, quand
elle veut changer la face des empires.
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Le
culte de la guillottine
A l'époque où l'on faisait des pensions à la guillotine,
oi l'on portait alternativement à la boutonnière de sa carmagnole,
en guise de fleur, une petite guillotine en or, un petit morceau de coeur
de guillotiné ; à l'époque où. l'on vociférait
:Vive l'enfer! où l'on célébrait les joyeuses orgies
du sang, de l'acier et de la rage, où l'on trinquait au néant,
où l'on dansait tout nu la danse des trépassés, pour
n'avoir pas la peine de se déshabiller en allant les rejoindre ;
à cette époque, il. fallait, en fin de compte, arriver au
dernier banquet, à la dernière facétie de la douleur
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Orateurs
et révolution du langage
Les orateurs, unis pour détruire, ne s'entendaient ni sur les chefs
à choisir, ni sur les moyens à employer ; ils se traitaient
de gueux, de filous, de voleurs, de massacreurs, à la cacophonie
des sifflets et des hurlements de leurs différents groupes de diables.
Les métaphores étaient prises du matériel des meurtres,
empruntées des objets les plus sales de tous les genres de voirie
et de fumier, ou tirées des lieux consacrés aux prostitutions
des hommes et des femmes. Les gestes rendaient les images sensibles ; tout
était appelé par son nom, avec le cynisme des chiens, dans
une pompe obscène et impie de jurements et de blasphèmes.
Détruire et produire, mort et génération, on ne démêlait
que cela à travers l'argot sauvage dont les oreilles étaient
assourdies. Les harangueurs, à la voix grêle ou tonnante, avaient
d'autres interrupteurs que leurs opposants : les petites chouettes noires
du cloître sans moines et du clocher sans cloches, s'éjouissaient
aux fenêtres briséès, en espoir du butin; elles interrompaient
les discours. On les rappelait d'abord à l'ordre par le tintamarre
de l'impuissante sonnette ; mais ne cessant point leur criaillement, on
leur tirait des coups de fusil pour leur faire faire silence : elles tombaient,
palpitantes, blessées et fatidiques, au milieu du Pandémonium.
Des charpentes abattues, des bancs boiteux, des stalles démantibulées,
des tronçons de saints roulés et poussés contre les
murs, servaient de gradins aux spectateurs crottés, poudreux, soûls,
suants, en carmagnole percée, la pique sur l'épaule ou les
bras nus croisés.
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Marat
demande du sang.
D'après ces préséances de hideur, passait successivement
mêlée aux fantômes des Seize, une série de têtes
de gorgones. L'ancien médecin des gardes-du-corps du comte d'Artois,
l'embryon suisse Marat, les pieds nus dans des sabot! ou des souliers ferrés,
pérorait le premier, en vertu de ses incontestables droits. Nanti
de l'office de fou à la cour de peuple, il s'écriait, avec
une physionomie plate et ce demi sourire d'une banalité de politesse
que l'ancienne éducation mettait sur toutes les faces : " Peuple,
il te faut couper deus cent soixante-dix mille têtes "
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